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Claude Levasseur se pend

Claude Levasseur se pend

Claude Levasseur, l’un des trois évadés de Drummondville, se pend dans sa cellule

L’un des plus dangereux criminels québécois depuis ces deux dernières années, Claude Levasseur, a été trouve mort, pendu au bout d’un câble électrique, dans sa cellule de l’aile centrale, au pénitencier Saint-Vincent-de-Paul, vers 9 h 20 hier matin.

L’individu, tristement célèbre par son palmarès, soit plusieurs hold-up, au moins un meurtre, deux évasions et quelques petites « fusillades insignifiantes », avait déjà été condamné à mort, mais sa peine avait ensuite été commuée en emprisonnement à vie, outre plusieurs autres années de détention qui, autant que faire se peut, s’accumulaient en raison de sa dernière évasion et de quelques autres petits faits d’armes, tels les vols à main armée…

Levasseur, qui devait fêter son 32e anniversaire en septembre prochain, purgeait donc une peine d’emprisonnement vie pour le meurtre de M. Ernest Marier, gérant de la Caisse populaire de Saint-Germain-de-Grantham, comté de Drummond, commis durant l’été de 1965.

Trouvé mort au 3e appel

Un porte-parole du pénitencier Saint-Vincent-de-Paul a déclaré hier que Levasseur s’est pendu à l’aide d’un câble électrique reliant des écouteurs à un poste de radio de cinq bandes (comme en ont maintenant tous les détenus dans leur cellule) qu’il s’était enroulé autour du cou, après l’avoir fixé à un crochet à vêtements, à environ six pieds du sol.

Ce câble électrique mesure environ deux pouces et demi de diamètre.

Au premier appel pour la messe, à 8 heures, hier matin, tout comme au deuxième pour le déjeuner, à 8 heures 20, Levasseur dormait. Mais au troisième une heure plus tard, les gardiens l’ont trouvé pendu.

Parmi ses affaires, on a découvert une lettre d’adieu adressée à ses parents.

Au même pénitencier, le jeune frère de Claude Levasseur, Jacques, âgé d’environ 30 ans, purge également une peine de détention à perpétuité.

Claude, selon un responsable de Saint-Vincent-de-Paul, était mal accepté de ses co-détenus, depuis sa capture, le 8 mai dernier. Ceux-ci lui tournaient presque le dos, alléguant qu’il s’était livré trop facilement à la police. Certains prétendaient même, semble-t-il, que Levasseur avait « vendu » des comparses.

Dans cette atmosphère, ajoutée à l’intense chaleur des derniers jours dans les cellules (les 110 degrés Fahrenheit) auraient même été atteints), le suicide de cet homme qui se croyait une sorte de « héros » parmi les gens de son milieu, trouverait son explication.

La prison de Ste-Rose-Lima vers les années 1960. Photo libre de droits.

Ré-évasion

Il y a moins de trois mois, soit le 30 avril dernier, Levasseur avait été amené au Palais de justice de Drummondville, où il devait témoigner en faveur d’un comparse qui répondait à une accusation de meurtre.

Il s’agissait en l’occurrence de Jean-Jacques Gagnon, qui se défendait lui-même à l’accusation du meurtre de Jean-Paul Chandonnet, un homme d’affaires de Sherbrooke, dont le corps enduit de chaux vive avait été découvert près de cette ville, le 24 septembre 1965.

Ce meurtre était relié à la gigantesque affaire de fraudes, d’incendies criminels et de meurtres que l’on a surnommé « Affaire Darabaner ».

Donc, Levasseur, qui s’était déjà évadé, en 1962, de l’Institut Leclerc, à Saint-Vincent-de-Paul, a profité du fait qu’il était détenu en compagnie de deux autres gars de sa trempe. Gaston Plante, 41 ans et Yves Simard, 23 ans, pour fausser compagnie à ses gardiens, au Palais de justice de Drummondville. Il a scié un barreau de sa prison, et hop… la liberté !

Il était 2 h 45 de l’après-midi,le 20 avril ; Moins de 24 heures plus tard, trois bandits armés et masqués commetaient un hold up à Granby.

À travers la province, tous les policiers se donnèrent le mot. Capturer à tout prix, de quelque façon que ce soit, les trois évadés. En fait, ceux-ci n’avaient rien à perdre. Plante, alias Armand Saint-Arnaud, qui s’était évadé, de façon spectaculaire, il y a quelques années, de la prison de Trois-Rivières, devait terminer ses jours en prison, car il avait été reconnu criminel d’habitude, et Simard, qui avait déjà purgé deux ans d’emprisonnement pour avoir aidé un copain à s’évader, purgeait six ans de détention pour vol à main armée.

Fusillade meurtrière

Le 8 mai dernier, donc, les policiers, qui suivaient toutes les pistes possibles, réussirent à retracer celle de Levasseur. Le sergent-détective Gilles Jean, 36 ans, de la Section des enquêtes criminelles de la police de Montréal, mit la main au collet de l’individu alors qu’il se trouvait en galante compagnie, dans un appartement d’une maison de rapport située au 5395, boulevard Rosemont.

Pris par surprise, Levasseur n’opposa pas la moindre résistance. Mais une heure plus tard, le même sergent-détective était abattu de quatre balles à la poitrine, tirées d’une chambre voisine. Après un long siège, d’autres policiers découvrirent vers 1 h 15 du matin, le 9 mai, le corps d’Yves Simard, baignant dans son sang. Cerné, le jeune individu s’était tiré une balle à la tempe avec son revolver de type Luger, après avoir abattu le policier. Il est mort, tout comme le sergent-détective Jean, à son arrivée à l’hôpital.

Levasseur qui était soupçonné des meurtres de Gilles Bienvenu et d’Albert Ouimet, commis le 3 mai dernier à la porte du Petit Baril, boulevard Saint-Laurent, et de Roger Larue, 39 ans, tué le 8 mai au Catari Bar-Salon, a par la suite été condamné à cinq ans d’emprisonnement, ce qui en fait n’ajoutait rien à sa peine.

Comme les policiers s’y attendaient, la capture de ces individus a donné lieu à une fusillade mortelle.

Le sergent-détective Jean, qui était policier depuis 14 ans, était le père de 4 enfants. Des milliers de personnes ont assisté aux funérailles civiques.

Et Gaston…

Restait Gaston Plant, dit « Simone ». La chasse à l’homme s’est poursuivie. Plus de 200 descentes de vérifications d’identité ont été ordonnées.

Traqué partout, l’individu a finalement été repéré et capturé vers 8 h du soir le vendredi 14 juin, dans une conciergerie située au 699 rue Delinelle, dans le quartier Saint-Henri. Sa liberté avait duré 45 jours. Un revolver de calibre .38 a été trouvé en sa possession, mais il n’a pas résisté à son arrestation. Plate est le seul survivant du célèbre trio d’évadés.

Quatrième suicide

Avec la mort de Levasseur, il s’agit du quatrième suicide à survenir chez les détenus, depuis deux semaines, dans la région de Montréal.

Hugues Lapointe, 28 ans, du 6524 rue Casgrain, s’est enlevé la vie en se pendant à l’aide de sa ceinture, alors qu’il était détenu en attendant de répondre à une accusation de refus de pourvoir, le 7 juillet dernier, au quartier de détention de la police de Montréal.

Le mardi 9 juillet, Raymond Savard, 25 ans, du 11,023 rue Saint-Julien à Montréal-Nord, détenu en rapport avec un vol avec violence de $11, s’est enlevé la vie en se pendant à l’aide d’une chemise dans une cellule du poste #4.

Et Guy Saint-Cyr, 23 ans, du 2284 Chemin du Souvenir, qui était sous surveillance policière, pour des motifs qui n’ont pas été dévoilés, à l’Hôtel-Dieu, a profité de l’absence momentanée de son gardien pour se darder le cœur à l’aide d’une épingle à couche, le lundi 15 juillet dernier.

Il est à souligner qu’un autre Montréalais, Maurice-Raymond Desjardins, 39 ans, père de trois enfants, s’est suicidé le 13 juillet dernier dans une prison de Dayton, en Ohio, où il attendait de comparaître pour répondre à l’accusation de trois vols à main armée.

Et ceci, sans compter les dizaines d’autres suicides, dont quatre au cours de la dernière fin de semaine, qui ont été signalés par la police, au Québec, pendant la longue période de chaleur.

Levasseur avait déjà déclaré qu’il savait « combien de temps il lui restait à vivre » lors de l’enquête du coroner relativement à la mort tragique du sergent-détective Jean.

Le corps de Levasseur a été transporté à la morgue de Montréal où une autopsie doit être pratiquée aujourd’hui. L’enquête du coroner aura lieu au cours des prochains jours.

L’enquête dans cette affaire a été confiée aux sergents-détectives Denis Prémont et René Gauthier, de l’Escouade des homicides de la Sûreté du Québec.

(Cette nouvelle date du 22 juillet 1968).

Claude Levasseur. Photo du journal La Presse, 22 juillet 1968.
Claude Levasseur. Photo du journal La Presse, 22 juillet 1968.

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