Des nouvelles pas fraîches

Amende pour le tabac

Amende pour le tabac

Couteau à tabac que l’on prend pour un rouet

Devant le juge Amédée Monet, avec un brave bourgeois qui hachait son tabac

Didier Venne, 6768, rue de Normanville, brave bourgeois de 60 ans qui possède au plus haut degré le culte du bon tabac canadien, haché de la façon clinique, pressé dans les jarres de grès dans lesquelles on dépose des tranches de pomme pour donner de l’arôme au doux pétun des Indiens, saura le 15 novembre 1940 s’il a violé l’article 150 des règlements « consolidés » couvrant le tabac et les cigares, en gardant chez lui un couteau à hacher le tabac, sans obtenir au préalable un permis à cet effet.

Hier (pour jeudi, le 13 novembre 1940), devant le juge Amédée Monet, la poursuite, représentée par Maître Roch Pinard, produisit le couteau en question. Cet exhibit causa une surprise. Le greffier crut revoir le rouet de sa grand’tante. Les uns songèrent à ces chevaux de bois, des autres à la miniature d’un paquebot transatlantique. Maître Richard Robert, avocat de la défense, affirma au tribunal que tout amateur de bon tabac doit avoir le droit de garder le couteau qui fait son affaire et conclut en expliquant que Venne venait d’être acquitté par le juge Maurice Tétreau de l’accusation d’avoir eu en sa possession du tabac non estampillé selon la loi. El le juge Monet de déclarer :

Si mon collègue a libéré l’inculpé d’une accusation de possession de tabac, comment puis-je le trouver coupable d’avoir eu en sa possession le couteau qui a servi à hacher le même tabac ? Je vais prendre l’affaire en délibéré, pour rendre mon jugement le 15 novembre.

Maître Roch Pinard déclara aussitôt :

La loi est sévère. Dura lex sed lex, même pour les couteaux à tabac. Le législateur a fait cette loi, et l’on m’a demandé de voir à son application. Le prévenu a enfreint la loi, même si le délit est infime. Il a enfreint l’article 150 des règlements consolidés concernant les tabacs, et l’article 108 de la loi d’Accise le rend passible d’une amende. Je laisse le tout à la discrétion du tribunal.

Mes parents - j'aime mieux le dire tout de suite, pour qu'on ne les accuse pas d'indifférence à mon égard - avaient établi une raffinerie de phosphore dans un appartement du cinquième étage… Alphonse Allais (1891) Histoires chatnoiresques À se tordre. (Phototographie de Megan Jorgensen.
Mes parents – j’aime mieux le dire tout de suite, pour qu’on ne les accuse pas d’indifférence à mon égard – avaient établi une raffinerie de phosphore dans un appartement du cinquième étage… Alphonse Allais (1891) Histoires chatnoiresques À se tordre. (Photographie de Megan Jorgensen.

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