Québec musical

Subventions aux sociétés de musique

Subventions aux sociétés de musique

Les 99 votent des subventions à quelques sociétés de musique

Il n’y a que cinq dissidences – déclarations du maire et de plusieurs conseillers sur la nécessité qu’il a d’encourager les arts à Montréal.

À la presque unanimité des voix, les 99 ont voté hier (ke 3 novembre 1943)  soir les subventions suivantes que leur recommandait d’une façon toute particulière le comité exécutif : $5,000, à la Société des Concerts symphoniques de Montréal ; $2,000, à l’oeuvre des Festivals de Montréal ; $1,500. à la Société des Amis de l’art ; $500, au Montreal Women’s Symphony Orchestra ; $500, à la Little Symphony of Montréal ; $250, aux Petits Chanteurs de la Paix, et, dans un autre domaine, $1,000, à la colonie de vacances des Grèves.

Comme il fallait s’y attendre, cela a provoqué un débat auquel de nombreux conseillers et le maire ont participé. Répondant à certains des 99 qui soutenaient que, s’il était bien beau d’encourager les arts, il fallait d’abord songer à secourir les nécessiteux, le premier magistrat a dit : « Montréal doit s’occuper de ses malheureux, c’est entendu. Et il s’en occupe le mieux qu’il peut. Il ne doit pas, cependant, pour cela négliger les mouvements artistiques qui rendent chez nous d’immenses services à la population en général. Métropole du Canada, Montréal n’a pas le droit de rester indifférent devant l’oeuvre de ceux qui s’intéressent à répandre le plus possible le goût du beau que depuis quelque temps des milliers de jeunes gens vont au concert et qu’ils y prennent de bien meilleures leçons que celles qu’ils pouvaient auparavant trouver dans la rue ou ailleurs. Le goût des arts tue le goût des choses brutales. Ce que nous allons donner ce soir, car je suis certain que nous le donnerons, nos artistes ont déjà fait plus que nous le rendre. »

Monsieur Raynault a aussi suggéré que le conseil municipal cherche à obtenir du gouvernement provincial qu’il abolisse la taxe d’amusement, chaque fois que cela pourra aider un peu nos sociétés d’art. Il a aussi avancé l’idée que l’on forme un comité composé peut-être des critiques d’art des journaux, qui se chargerait de diriger l’administration municipale dans la distribution des octrois qu’elle se propose d’accorder chaque année dorénavant pour prendre le goût de la bonne musique à Montréal. « Nous avons bien une Commission athlétique, a-t-il dit là-dessus. Je ne vois pas pourquoi nous n’aurions pas aussi un comité des beaux-arts. »

Cette dernière suggestion lui a valu une boutade de M. Camille Côté : « Permettez-moi, M. le maire, a dit ce dernier, de vous donner un conseil d’ami. Il y a huit mois que je fais partie du comté des parcs et des terrains de jeux et ce comité n’est pas encore réuni une seule fois. Créer un comité municipal des beaux-arts ce serait le meilleur moyen de nuire à la cause dont vous vous faites l’avocat. »

Le conseiller Eugène Gaudry a aussi dit, au cours de la discussion : « C’est bien beau de fournir de la musique et des camps de villégiatures à nos enfants mais il faut encore les aider à voir clair. Et je dis ceci parce que dans la liste des subventions que la Ville accorde à certaines institutions, on paraît avoir oublié l’École d’optométrie. Cette dernière reçoit tous les enfants pauvres qui ont besoin de verres. Je crois qu’elle distribue à peu près gratuitement de 900 à 1,000 paires de lunettes bon an mal an. Ne serait-on pas justifiable de l’aider dans cette œuvre ? »

Monsieur Dave Rochon a aussi qu’il s’opposait aux subventions accordées à nos sociétés musicales parce que l’argent que l’on donne ainsi provient de la caisse du service municipal du bien-être social qui, selon lui, n’a rien à voir à la musique.

Maître Jean-Marie Savignac, après avoir reconnu que le geste que l’on demandait aux 99 de poser était, à n’en pas douter, un geste bienfaisant, à, toutefois, tenu à affirmer qu’il serait peut-être préférable d’encourager les organisations qui combattent la tuberculose avant de subventionner les sociétés de musique. Il a fait remarquer, de même, que l’orchestre municipal, qui compte parmi ses musiciens plus de 60 p. c. d’employés de la Ville, méritait lui aussi un octroi et qu’on le lui en accordait pas.

Il a donc proposé que l’on réduisit de $1,000 la subvention de $5,000 accordée à la Société des Concerts symphoniques et que l’on remit ces mille dollars à l’orchestre des fonctionnaires. Il a retiré cette proposition, quand MM. J.-O Asselin et George C. Marler, président et vice-président du comité exécutif, lui eurent donné l’assurance que l’orchestre municipal obtiendrait lui aussi un peu d’argent.

Maître George C. Marler a affirmé que c’était faire une excellente chose que d’encourager nos sociétés de musique. Il a dit être allé aux concerts du samedi de la Société des Concerts symphoniques et y avoir vu des milliers d’enfants y faire preuve, pour la musique, d’un enthousiasme qui l’a bouleversé. Il a ajouté : « Nous voudrions faire beaucoup plus que nous faisons et pour les malheureux et pour nos sociétés d’art. Malheureusement, dans la situation où nous sommes, nous devons limiter notre désir de doner. Nous cherchons donc à accorder un peu de justice à tout le monde.

« C’est là une tâche difficile et nous vous prions de nous aider à l’accomplir. »

:e conseiller Michael Buhay a dit encore : « L’homme ne vit pas que de pain. Il lui faut aussi des joies spirituelles et morales. Il lui faut de la culture. Mettons la culture à portée du peuple et quand il en aura tâté un peu il n’endurera plus la misère, car il saura la reconnaître mieux. Je ne suis pas souvent de l’avis du comité exécutif mais je l’approuve de tout cœur dans la décision qu’il a prise d’accorder des subventions à nos sociétés d’art musical. »

Monsieur Aimé Parent, un commissaire, a dit : « Nous ne pouvons que nous réjouir du progrès artistique que nous constatons un peu partout à Montréal de ce temps-ci. Nous pouvons apporter une modeste contribution à ce progrès. Ne perdons pas cette occasion que nous avons de faire bien. Je tiens à souligner ici que le renouveau musical dont nous sommes témoins coïncide avec un grand renouveau littéraire. Jamais nos maisons d’éditions n’ont été aussi nombreuses et n’ont publié autant de livres de grande classe qu’elles le font actuellement. En encourageant la musique nous aidons à faire de Montréal la métropole artistique du Canada. »

Le conseiller Guy Vanier a été le dernier à parler. Il a insisté sur le fait qu’il convenait plus que jamais de donner une préoccupation idéale aux jeunes. Plus il y aura de jeunes gens au concert, moins on en trouvera à la cour des jeunes délinquants ou dans nos écoles de redressement.

Cinq conseillers ont exprimé leur dissidence lorsque l’on a demandé le vote sur la question des subventions à accorder à nos sociétés musicales. Ce furent MM. Dave Rochon, J.-H. Délisle, Hervé Brien, Clinton Henderson et Pierre DesMarais.

À minuit, la séance du conseil se poursuivait toujours. On discutait des rapports de l’exécutif concernant des octrois de pensions, des votes de crédits et des approbations de règlements.

(Cette nouvelle date du 4 novembre 1943).

L'artiste n'est artiste qu'à la condition d'être double et de n'ignorer aucun phénomène de sa double nature (Charles Baudelaire). Photo de Megan Jorgensen.
L’artiste n’est artiste qu’à la condition d’être double et de n’ignorer aucun phénomène de sa double nature (Charles Baudelaire). Photo de Megan Jorgensen.

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