Histoire de Montréal

Une société secrète de locataires à Montréal

Une société secrète de locataires à Montréal

Une société secrète de locataires de Montréal jure de tuer la dame qui mène le racket du logement (notre histoire)

La lenteur des autorités gouvernementales à régler la crise du logement semble avoir fait naître à Montréal une société secrète qui se dit armée et prête à se livrer à des actes criminels contre les profiteurs du scandale de la vente des clefs et des ameublements: cette incroyable mesure de “légitime défense” nous a été révélée, cette semaine, par une lettre d’un pauvre père de famille qui projette de tuer de sa main la dame qu’il considère comme l’âme dirigeante de ce «racket»!

L’auteur de cet appel urgent et pathétique est un simple travailleur dont la famille est réduite à vivre dans un logement infect, où sa fillette a contracté une maladie grave.

«Si ma-chère enfant meurt de cette maladie, ou si nous n’avons pas trouvé un logement bon marché d’ici la fin d’avril, cette dame qui pratique le crime depuis dix ans mourra de ma main le jour suivant,» écrit-il dans son désespoir.
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Et il ajoute que les autres membres de la société dont il ferait partie sont rendus à bout et résolus à utiliser le même moyen.

«On criera que nous sommes des communistes, mais nous sommes chrétiens et le serons toujours,» affirme-t-il.

Une liste noire

Après avoir répété que le dame figure en tête de la liste des victimes de la société, notre correspondant poursuit: « C’est juré sur la tête de nos enfants qu’il nous faut les protéger contre les voleurs de son espèce… Elle est peut-être une «big shot» aux yeux de plusieurs, mais pour nous elle est la plus vile des créatures… qui ont fait cesser de battre bien des cours de mamans et d’enfants…»

Toujours selon la lettre, la prétendue société secrète de victimes d’infâmes agents d’immeubles suit toutes les allées et venues de la dame. Notre informateur signale : «Qu’elle se cache en Floride ou ailleurs, elle est épiée à chaque pas qu’elle fait… Les pauvres qu’elle exploite connaissent ses tractations… Elle s’attend à faire des affaires d’or avec l’expropriation de la rue Dorchester…»

Et le signataire affirme qu’il ne ne pas quand il ne badine pas quand il la menace de mort: «L’heure est trop grave.. Vous (c’est-à-dire la dame) avez toujours eu le bon côté de la vie. C’est maintenant la fin… On ne marche plus, on n’a pas d’argent, on le garde pour manger, mais si on est dehors au mois de mai… À vous de décider.”

Système d’espionnage

La lettre souligne que la dame aura beau essayer de faire faire par d’autres sa «sale besogne»: «On réglera votre compte quand vous reviendrez, quand bien même ce serait dans un an: vous payerez votre crime au moment où vous y attendrez le moins…» 

«À plusieurs reprises, dans la lettre, le signataire espère que la menace à laquelle ladite société secrète se voit obligée de recourir sera portée à la connaissance de la dame, qu’il surnomme Al Capone canadienne, et de ses complices. Il supplie aussi les autorités d’agir et de «ne pas leur (les membres de la société) laisser commettre un meurtre. Il fait remarquer qu’il y a en dehors de leur groupe de nombreuses autres victimes du scandale de la vente des clés et des ameublements.

«On n’est pas assez riches pour payer des $800 et des $1,500 pour des vieilleries pires que les nôtres», note-t-il. Et il continue: «Alors, on se tasse, on souffre et on meurt dans des taudis, des hangars et des garages. Ça fait dix ans que je vis, comme ça, et j’en ai assez. C’est pas la charité qu’on veut, mais la justice. Si on ne nous la donne pas, on va la prendre avec les «guns» qu’on cache.»

Petites annonces

Ce qui est plus révoltant, comme le dit notre correspondant, c’est que les spécialistes de la vente des clés et de l’ameublement recruteraient leurs victimes à l’aide de petites annonces publiées chaque jour dans les journaux. En voici un exemple, tiré de la rubrique «Logements à louer» Rue X, loyer 827. Ameublement $1,500. En voici un autre : «Si vous achetez nos meubles, nous vous trouverons un logement.»

Que les terribles accusations exposées dans la lettre de notre correspondant soient vraies ou non. et que les menaces qu’il profère soient fondées ou non, il reste que la crise du logement existe bel et bien depuis longtemps. Les autorités civiles et ecclésiastiques ont maintes fois déploré les ravages qu’elle cause dans la vie familiale dés économiquement faibles. Et il semble malheureusement vrai que de tristes individus tirent de cette tragique situation le plus de revenus possibles, en monopolisant en quelque sorte le marché du logement.

Appel aux autorités

Les honnêtes gens seront probablement d’accord avec notre informateur quand il déplore la non-intervention des autorités dans ce commerce illicite, sinon illégal.

«Si l’on se donnait la peine d’arrêter les grands coupables,» recommande-t-il, «tous les autres spéculateurs de cette espèce auraient la frousse et reviendraient peut-être-au bon sens. Mais non, le «racket» continue de plus belle, sans aucun danger pour les profiteurs.»

C’est dans ces conditions génératrices de la misère la plus épouvantable qu’est née la prétendue société secrète dont parle notre correspondant. Et c’est dans une regrettable position de «légitime défense» qu’elle veut porter du yeux du public l’inquiétant manifeste qui se résume à peu près en ces mots: «Pour nous autres, les pauvres, qui gagnons notre pain à la sueur de notre front, le temps est venu de prendre nos affaires en mains, comme on l’a fait dans d’autres pays. et c’est au revolver |. qu’on à décidé de parler, à l’avenir!»

(Cette nouvelle nous parvient du février 1953, article paru dans Le Petite Journal).

Bientôt le petit appartement s'encombra, à ne pas laisser la place aux meubles, de vieux tableaux noirs si grands pour la plupart qu'ils ne pouvaient tenir aux murs avec leurs cadres. Tout cela était baptisé Raphaël, Vinci, André del Sarte ; ce n'étaient que chefs-d'oeuvre devant lesquels le père tenait souvent sa fille pendant des heures, lui imposait ses admirations, la lassait de ses extases. (Frères Goncourt Germinie Lacerteux). Photographie de Megan Jorgensen.
Bientôt le petit appartement s’encombra, à ne pas laisser la place aux meubles, de vieux tableaux noirs si grands pour la plupart qu’ils ne pouvaient tenir aux murs avec leurs cadres. Tout cela était baptisé Raphaël, Vinci, André del Sarte ; ce n’étaient que chefs-d’œuvre devant lesquels le père tenait souvent sa fille pendant des heures, lui imposait ses admirations, la lassait de ses extases. (Frères Goncourt Germinie Lacerteux). Photographie de Megan Jorgensen.

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