Histoire de Montréal

La bravoure de Normanville

La bravoure de Normanville

Un petit épisode de l’histoire de Montréal

D’après Pierre-George Roy, Toutes Petites Choses du Régime Français, 1944.

La bravoure de Normanville

M. Dollier de Casson, dans son Histoire de Montréal, nous donne un exemple de la bravoure de Thomas Godefroy de Normanville. C’était un peu le genre du temps « Ces Français accoutumés à la chevalerie et à l’honnêteté des Européens, ne se mettaient pas assez en garde contre les ruses et les tricheries des Sauvages qui se fichaient des lois de l’honneur ».

Au printemps de 1648, plusieurs Iroquois se présentèrent à la vue du fort de Montréal. Ils semblaient vouloir engager des pourparlers avec les Français. Charles Lemoyne et Godefroy de Normanville, aussi brave l’un que l’autre, décidèrent d’aller rencontrer ces Iroquois.

Aussitôt, trois Iroquois se détachèrent du groupe et vinrent à leur rencontre. Godefroy de Normanville, malgré les conseils de Lemoyne, s’avança trop loin. Il est vrai que les trois Iroquois n’avaient pas d’armes mais Lemoyne soupçonnait une ruse de leur part et il cria à son compagnon: « N’avancez pas ainsi avec ces traîtres ». Godefroy de Normanville, avec toute l’imprudence de la jeunesse, continua à avancer, et il se trouva tout à coup enveloppé par plusieurs Iroquois. Quand il s’aperçut de sa faute, il était trop tard pour fuir. Heureusement, Charles Lemoyne ne perdit pas son sang-froid.

Il coucha en joue les trois Iroquois qui étaient près de lui et il leur dit dans leur propre langue qu’il tuerait le premier qui bougerait si Godefroy de Normanville n’était pas remis en liberté tout de suite. Se voyant pris, les Iroquois essayèrent d’un autre stratagème. L’un d’eux demanda la permission à Lemoyne d’aller chercher Godefroy de Normanville.

Lemoyne accéda à sa demande mais, comme de raison, le traître ne revint pas, Lemoyne contraignit alors les deux autres Iroquois à se rendre au fort en leur disant qu’il tirerait sur eux s’ils tentaient de fuir. Les deux prisonniers furent mis aux fers dans une des chambres du fort. Comme ces deux hommes étaient des membres importants de la tribu, les Iroquois se réunirent en conseil et, dès le lendemain matin, Godefroy de Normanville fut remis en liberté. Charles Lemoyne qui était l’honneur même, voulut se montrer généreux, et il insista auprès des chefs militaires de Montréal pour remettre les deux Iroquois en liberté. Ce qui lui fut accordé.

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Premier assaut iroquois. Plaque installée dans le Chalet de la Montagne. Photo : © GrandQuebec.com.

Utilisation du nom de Normanville au Québec

Thomas Godefroy de Normanville, accompagnant son frère aîné Jean Godefroy de Lintot, arriva dans la vallée du Saint-Laurent vers 1626. Normanville était né vers 1610 à Lintot, dans le Pays de Caux, en Normandie. Il tenait son nom d’une autre commune normande, Normanville, sise dans l’actuel département de la Seine-Maritime, à une quinzaine de kilomètres au nord de Lintot, et à environ 40 km au nord-ouest de Rouen, chef-lieu du département.

Le nom de cette petite commune vient du nom de personne Normannus et du mot villa (domaine, puis village), formation du tout début du bas Moyen Âge. Interprète sous Champlain, Godefroy de Normanville vécut avec les Amérindiens entre 1629 et 1632, la colonie française étant alors occupée par les Anglais des frères Kirke. Il s’installa par la suite à Trois-Rivières et continua son métier d’interprète. Parlant l’algonquin, l’iroquois et probablement le huron, Normanville sut rendre de fort précieux services à la Nouvelle-France, encore à ses balbutiements. Ainsi, en 1651, il fit partie de la première expédition française qui se rendit dans les hauts du Saint-Maurice, vraisemblablement jusqu’à la rivière Matawin, à quelque 80 km au nord de Trois-Rivières.

Normanville mourut en août 1652, prisonnier des Iroquois qui l’avaient capturé, puis maltraité, après qu’ils eurent attaqué une équipe volante de miliciens, commandée par le gouverneur de Trois-Rivières, Guillaume Guillemot dit Du Plessis-Kerbodot. En 1956, afin de rendre hommage à Godefroy de Normanville, les autorités toponymiques québécoises donnèrent son nom à un canton de la Côte-Nord, situé à une dizaine de kilomètres à l’ouest de la ville minière de Fermont, près de la frontière du Labrador terreneuvien. C’est d’ailleurs dans le secteur méridional du canton de Normanville que l’on trouve la mine à ciel ouvert de Mont-Wright, l’une des plus informatisées au monde, d’où est extrait tout le fer produit au Québec.

La mine, exploitée depuis le début des années 1970 par la Compagnie minière Québec-Cartier, se situe près de la route qui relie Baie-Comeau, se situe près de la route qui relie Baie-Comeau à Ferment et à Labrador City, cette dernière se trouvant dans le Labrador terreneuvien. Les toponymes Normanville et De Normanville désignent également un secteur résidentiel de Trois-Rivières, un parc public de Montréal et quatre rues, respectivement à Repentigny, L’Ancienne-Lorette, Montréal et Trois-Rivières.

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