Histoire de Montréal

Société naissante

Société naissante

Société naissante de Montréal et la Société de Saint-Sulpice

À l’époque de la fondation de Montréal, tous les gens de métier et leurs chefs militaires ou civils travaillaient ensemble. Les travaux étaient alors considérés comme très honorables, parce que tous s’y livraient à l’envi, quel que fût leur rang ou condition. Sans parler de M. de Maisonneuve, qui aimait à se mêler aux défricheurs, Lambert Closse, major de la garnison, Charles Le Moyne, garde-magasin et interprète des sauvages, ne dédaignaient à l’occasion de mettre la main à la charrue.»

(Jean de Saint-Père, le premier notaire de Ville-Marie, également remarquable par la vivacité de son esprit, la rectitude de son jugement et la solidité de sa vertu, bâtit lui-même et couvrit sa propre maison.» (De Saint-Père fut tué par un Iroquois, qui le coucha en joue, alors qu’il travaillait sur le toit de sa maison. 25 octobre, 1657).

Gilbert Barbier, qui fut procureur fiscal, était en quelque sorte un entrepreneur général pour la construction des maisons… « La nécessité, où étaient les colons de se procurer par eux-mêmes les objets indispensables à la vie, contribuait à les rendre industrieux, adroits et habiles à faire de leurs mains une multitude de choses pour leur usage. » (Abbé Faillon: «Histoire de la Colonie française,» vol. Il, p. 196-197).

Plusieurs de ces pionniers, venus de France pauvres et inconnus, passèrent vite au premier rang de la société montréalaise, grâce à leur esprit entreprenant et aux circonstances éminemment favorables qui se trouvent toujours dans un établissement en formation dans un pays nouveau. Ainsi les familles Le Moyne, de Fèzeret, Robutel de Saint-André, Prud’homme, Millot, Gervaise et bien d’autres se distinguèrent et formèrent une élite par leurs actions d’éclat ou des initiatives heureuses dans l’ordre économique.

L’oeuvre capitale dans une entreprise de colonisation est assurément la fondation de foyers nouveaux. Grâce à la recrue de 1653, il se fit treize mariages, dont le plus bénéficiable à la colonie fut celui de Charles Le Moyne et de Catherine Thierry.

Les futurs époux n’apportaient pas toujours dans leur union une bien grande fortune, mais tous y apportaient de la vertu, du courage, de l’endurance. Le plus souvent l’on s’engageait dans le mariage en comptant surtout sur le travail et l’avenir. Si l’on passait contrat, les acquêts et conquêts prenaient plus d’importance que la dot ou le douaire. (Dans le contrat de mariage de Louis Prud’homme et de Roberte Cadois, le père de la future donnait à sa fille 500 livres (francs) plus un lit complet, cinquante aunes de toile, une vache avec son veau, six plats, six assiettes et un pot d’étain. C’était pour l’époque une dot princière).

On s’imagine ce que devait être la vie sociale de ce groupe d’excellents Français si unis par l’intime relation quotidienne des travaux en commun. Guidés par une élite, formée du Gouverneur, de M. et Mme d’Aillebout, du major Lambert Closse, du tabellion Jean de Saint-Père, des demoiselles Mance et Bourgeoys et des pères Jésuites, ils vivaient généralement dans la plus étroite intimité, s’aidant, se conseillant, s’encourageant mutuellement. Nous savons bien, par les dossiers judiciaires, que là, comme partout dans le monde, il y eut des écarts, des erreurs, des crimes peut-être; mais la répression sévère, inexorable qu’en fit la justice du temps ne montre-t-elle pas la haute valeur de la société en général, qui défendait son honneur avec tant d’énergie et savait couper dans le vif pour rester saine et empêcher la contagion ?

La Compagnie de Saint-Sulpice

Il manquait pourtant à cette naissante société française un élément de première nécessité: un clergé paroissial. Son organisation religieuse était incomplète.

Le gouverneur, profitant d’une accalmie de la furie iroquoise, passa de nouveau en France, pour s’occuper cette fois plus spécialement des intérêts religieux de la communauté. Durant son absence, Lambert Closse exerça les pouvoirs de commandant.

Parti à la fin de 1655, M. de Maisonneuve ne revint au pays qu’au mois de juillet 1657. Il ramenait avec lui quatre Sulpiciens: MM. Gabriel de Queylus, supérieur, Gabriel Souart, Dominique Galinier et le diacre Antoine d’Allet. Ces Messieurs avaient été choisis par messire Olier, pour fonder un séminaire de Saint-Sulpice à Ville-Marie et prendre charge de la paroisse. Au moment de s’embarquer, ils apprirent que leur pieux fondateur était mort à Paris (2 avril 1657). Commencée dans l’épreuve, l’oeuvre de Saint-Sulpice n’en devait être que plus féconde dans l’avenir.

Les Messieurs de Saint-Sulpice, comme on les appelait alors, habitèrent longtemps le «Château», construit par de Maisonneuve en 1650, en retrait de la rue Saint-Paul, au sud de la rue Saint-Sulpice. Le vieux séminaire, qui leur sert encore de résidence, a été commencé vers 1685.

La petite chapelle du fort ne suffisant plus à la population subitement triplée, les seigneurs avaient fait construire une église attenante à l’Hôtel-Dieu. Ce fut la première église paroissiale de Montréal, où se fit le culte public jusque vers 1678, croyons-nous. Il fut aussi établi un nouveau cimetière entre la Place d’Armes et la façade de l’église Notre-Dame actuelle, au nord-ouest du vieux séminaire. (Le premier cimetière était situé à la Pinte Callières).

Les pères Jésuites, qui avaient jusque-là exercé leur ministère à Ville-Marie, abandonnèrent aux Sulpiciens le soin d’organiser la nouvelle paroisse et quittèrent Montréal.

Le pieux gouverneur, afin de prévenir les mauvais desseins des sauvages et assurer une plus grande sécurité aux ouvriers comme aux laboureurs, forma une première association des ((Soldats de la Vierge» composée de soixante-trois membres, partagés en neuf compagnies. Chacun de ces soldats volontaires montait la garde et faisait la ronde à tour de rôle sur les limites de terres défrichées. Soeur Morin, annaliste de l’Hôtel-Dieu, affirme que plusieurs ont ainsi sacrifié leur vie dans cet exercice de la parfaite charité.

En 1657, le projet d’établir un diocèse canadien fut de nouveau mis à l’étude par les autorités civiles et religieuses, et cette fois avec succès. M. de Maisonneuve, M. de La Dauversière et la Compagnie de Montréal réussirent à convaincre les deux cours de Paris et de Rome de la nécessité de créer en ce pays une autorité religieuse supérieure. M. l’abbé de Queylus fut d’abord
choisi par les intéressés. Cependant les pères Jésuites, qui desservaient depuis trente ans les missions du Canada, proposèrent et firent agréer M. François de Laval de Montigny. Mais, par suite de contestation de juridiction, soulevée par l’évêque de Rouen, duquel avaient relevé jusqu’alors les missions canadiennes, cette affaire ne fut définitivement réglée qu’en 1659, par la création d’un vicariat apostolique, dont M. de Laval fut le premier titulaire.

(Tiré de l’Histoire de Montréal par Camille Bertrand, archiviste, paléographe aux Archives nationales, tome premier (1535-1760).

Chambre des colons. Photo de Megan Jorgensen.

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