Histoire de Montréal

Six morts tragiques

Six morts tragiques

Six morts tragiques à Montréal

Un citoyen de Contrecoeur succombe dans un hôpital de Montréal dans des circonstances encore indéterminées. – Un homme est tué par une auto conduite par un homme à l’emploi d’un candidat. – Un organisateur électoral meurt subitement. – Un policier est tuée instantanément. – Un inconnu meurt soudainement près d’un poil et un autre succombe après avoir été blessé en revenant d’une assemblée. Coups de feu tirées sur la voiture d’un candidat

Six morts violentes ou subites survenues en moins de vingt-quatre heures, sont attribuées directement ou indirectement à l’élection provinciale d’hier. Un citoyen de Contrecoeur est décédé dans une institution de Montréal, après avoir été blessé dans des circonstances encore indéterminées, la veille de l’élection, à la suite d’une assemblée politique ; un homme a été tué par une auto mise au service d’un candidat ; un des organisateurs d’un candidat de l’union Nationale, est décédé subitement; un agent motocycliste de la Circulation municipale a perdu la vie dans un accident qui s’est produit à la suite de travail électoral ; un inconnu qui portait l’adresse d’un poll dans ses goussets, est décédé subitement sur le trottoir et finalement, un sexagénaire est décédé, hier, à l’hôpital, des suites d’un accident survenu à l’issue d’une assemblée politique.

S’agit-il d’un accident ?

Un décès tragique qu’on pourrait attribuer directement à la campagne électorale qui s’est terminée hier, d’une façon si éclatante, est survenu, vers 4 h 30, hier après-midi, dans un hôpital de la Métropole canadienne. Il s’agit d’un homme presque sexagénaire qui aurait été mortellement blessé, la veille, en sortant du lieu d’une assemblée politique qui aurait été tenue dans le village de Contrecoeur. Le défunt est M. Albert Boisjoly, âgé de 59 ans, qui demeurait à Contrecoeur.

Vers 11 heures, hier matin, on a mandé de Contrecoeurs, une ambulance de l’hôpital Sainte-Jeanne-d’Arc de Montréal, afin d’y faire le transport de M. Boisjoly, à cette institution. Le voyage aller et retour, a été fait sans retard, de sorte que, un peu après 1 heure 30 hier après-midi, le blessé était déjà hospitalisé. Il avait apparemment la base du crâne fracturée et les médecins ont vainement tenté de lui conserver la vie.

Le chroniqueur policier du journal « Canada », qui avait appris que M. Boisjoly avait été blessé dans une chute quelconque qui se serait produite à la sortie d’une assemblée politique, s’est mis en communication avec le lieutenant-colonel P.-A. Piuze, commissaire de la Sûreté provinciale du Québec.

Monsieur Piuze, qui n’avait pas encore été averti de cette affaire, a communiqué lui-même, sans délai, avec les autorités à Contrecoeur, et il a appris que M. Boisjoly avait été blessé, non pas hier matin, mais mardi soir. Le commissaire a appris de plus, que la victime avait reçu les premiers soins d’un médecin de Contrecoeur. Mais comme ce dernier semblait connaître peu de choses au sujet de l’accident, le lieutenant-colonel Piuze a immédiatement donné instructions au sous-inspecteur Anatole Roch, du district de Sorel de la Sûreté provinciale du Québec, de faire une enquête approfondie sur les circonstances exactes entourant l’affaire qui a coûté la vie à la victime.

Le commissaire a toutefois exprimé l’opinion qu’il semblait s’agir d’un accident pur et simple.

Accident funeste

Le tragique décès de M. Charles-A.Archambault 34 ans, 156, rue Notre-Dame, Lachine, survenu aux petites heures hier matin, dans des circonstances que nous relations dans notre édition d’hier, pourrait être attribué plus ou moins directement à l’élection. Il a été renversé par une auto conduite par Creighton Patton, 36 ans, 5225 ouest, rue Sherbrooke, dans un accident qui s’est produit rue Sherbrooke, à l’avenue Walkley, dans le quartier de Notre-Dame-de-Grâce. Ce dernier a déclaré à la police qu’il travaillait à la campagne électorale, pour le compte de M. Gerald Almond, candidat de l’Union Nationale dans le comté de Notre-Dame-de-Grâce, au moment de l’accident.

Patton a comparu hier matin, devant le juge Langlois, sous l’accusation d’avoir négligé d’arrêter après l’accident d’auto qui a causé la mort de M. Archambault. L’inculpé a plaidé non coupable et son procès a été fixé au jeudi 2 novembre prochain. Le juge a exigé un cautionnement personnel de $500 et un dépôt de $50 en attendant.

Décédé soudainement

Monsieur Alexandre-L. Brabaut, 45 ans, 1245, rue Saint-Hubert, un des organisateurs de la campagne électorale de l’honorable Henri Auger, candidat de l’Union Nationale et député sortant dans Saint-Jacques, est décédé subitement à son retour à son domicile, en revenant des quartiers-généraux de M. Auger. Un verdict de mort naturelle a été rendu, hier, en Cour du coroner.

Policier tué

L’agent Adélard Allard, qui faisait partie du service de la Circulation municipale, a perdu la vie tragiquement, vers 5 heures 30 hier matin, dans un accident qui s’est produit rue Dorchester, près de la rue Mansfield. Il avait travaillé la nuit entière à des préparations policières relativement aux élections. La motocyclette qu’il pilotait, s’est écrasée contre une borne de sécurité. Un témoin a déclaré que le policier avait tourné la tête afin de déterminer si la circulation était entièrement libre, rue Mansfield, avant de s’y engager. Il a été projeté sur la chaussée et s’est fracassé le crâne dans l’accident.

Le défunt était âgé de 46 ans et il habitait 670, rue St-Hubert. Le corps a été transporté à la morgue et remis un peu plus tard, aux parents du défunt, car un verdict de mort accidentelle a été rendu, hier matin, par un jury sous la présidence de Me Richard-L. Duckett, le coroner du district de Montréal.

Son dernier vote

Un inconnu qui portait l’adresse d’un poll dans ses goussets, indiquant qu’il avait voté ou qu’il allait le faire, s’est affaissé et est décédé subitement vers 1 heure 30 hier après-midi, en passant à l’angle des rues Frontenac et Hochelaga. Le cadavre a été transporté à la morgue, pour fins d’identification, d’autopsie et d’enquête du coroner.

Il s’agit d’un homme d’une cinquantaine d’année, pesant 200 livres et mesurant 5 pieds 8 pouces de grandeur. Il porte un paletot et un gilet gris, un pantalon bleu, un chapeau de feutre brun et des chaussures noires.

Sa dernière assemblée

Monsieur Napoléon Valiquette, 62 ans, qui demeurait à Saint-Faustin, est décédé hier matin, à l’hôpital Victoria de Montréal, des suites de blessures reçues dans un accident survenu, à Saint-Jérôme, dans la nuit de lundi à mardi. D’après les renseignements recueillis par les policiers de Saint-Jérôme, M. Valiquette revenait d’une assemblée politique, un peu avant 1 h, mardi matin, au moment de l’accident qui lui a coûté la vie. En traversant la chaussée entre des véhicules voyageant lentement, il s’est engagé dans la trajectoire d’une auto, conduite par M. Gaétan Latour, de Saint-Eustache, qui se dirigeait vers le sud, rue Laviolette. Le sexagénaire a reçu les premiers soins du Dr. Marleau, de Saint-Jérôme, puis il a été transporté à l’Hôtel-Dieu de Montréal. Il fut, plus tard, transféré à l’hôpital Victoria, où les chirurgiens ont vainement tenté de lui conserver la vie. Le défunt était un employé du collège au Sacré-Coeur, à Saint-Jérôme. Le cadavre a été transporté à la morgue de Montréal, pour enquête du coroner.

Coups de feu tirés sur l’auto d’un candidat

Des altercations de nature diverse se sont produites, hier, ici et là, à Montréal, mais l’incident électoral le plus dramatique, s’est produit vers 2 heures hier après-midi, dans le comté Saint-Louis. Me Louis Fitch, candidat de l’Union Nationale dans ce comté, a déclaré aux policiers et aux détectives qu’un inconnu avait tiré quatre coups de feu dans la direction de son auto près de son comité central, situé à l’angle de l’avenue Mont-Royal et de la rue St-Urbain. Les détonations auraient été entendues par plusieurs personnes. M. Fitch, qui était dans la voiture avec trois autres personnes, n’a pas été blessé. On aurait découvert sur la voiture de Me Fitch un trou de balle. L’affaire a été confiée à la Sûreté municipale, pour enquête judiciaire.

Au palais de Justice

La journée du vote a été plutôt calme, hier, au palais de Justice. Une douzaine de prévenus ont été accusés d’avoir violé diverses sections de la loi électorale. La plus sensationnelle affaire a été la descente de la police judiciaire provinciale au domicile de M. Roger Senécal, 3520 est, rue Sherbrooke, à bonne heure hier matin, à la suite d’une plainte signée par M. G. Farah-Lajoie, investigateur au service du procureur-général, qui déclarait au juge Amédée Moet, signataire des mandats de perquisition et d’amener contre six suspects, avoir raison de croire à la préparation de « documents, papiers, cartes, listes et feuilles, devant servir à la commission du délit de supposition de personne. »

Monsieur Georges Caron, candidat dans Montréal-Maisonneuve, s’est empressé de protester contre ce qu’il a qualifié de « manœuvre de bandits » et contre l’arrestation de cinq de ses principaux organisateurs sur une plainte « absurde et mal fondée ». Les inculpés, représentés à l’auditoire par Maître Alban Flamand, ont protesté de leur innocence et des cautionnements de $200 ont été fixés pour la mise en liberté des accusés dont le procès aura lieu le 2 novembre.

Trois des inculpés, une fois revenus de leur surprise, se livrèrent à la police judiciaire provinciale. Deux ont ensuite été appréhendés au comité central de M. Caron à 3 heures 30 hier matin.

(Ces nouvelles datent du 26 octobre 1939).

« Fragilité, ton nom est femme ! » (William Shakespeare, Hamlet). Image : © Megan Jorgensen.
« Fragilité, ton nom est femme ! » (William Shakespeare, Hamlet). Image : © Megan Jorgensen.

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