Histoire de Montréal

Six années de la petite guerre

Six années de la petite guerre

Six années de petite guerre entre les Français et les Iroquois (1692-1698)

Montréal n’en avait pas fini avec les Iroquois. La guerre dura encore six ans. Les établissements indiens en subirent presque tous les ravages et les saccagements.

La résistance des tribus étant enfin vaincue, les Iroquois se décident à faire la paix définitive et durable, ( 1700).

En novembre 1692, une expédition, commandée par MM. d’Aillebout de Manteht, de Courtemanche et de La Noüe, est envoyée aux cantons des Agniers pour rendre aux sauvages leurs visites précédentes. Le régiment de 625 Canadiens, enrôlés volontaires à Montréal, attaque avec fureur deux villages iroquois et s’empare de 380 prisonniers sans tuer presque personne. Cette capture en masse, que les aborigènes n’avaient jamais subie de la part des blancs, provoqua une forte commotion parmi les groupes voisins. Atteints dans leur fierté d’hommes libres, ils accourent pour délivrer leurs frères, engagent un combat désespéré avec leurs ravisseurs. Résultat: plusieurs morts ajoutés aux prisonniers déjà pris.

L’expédition victorieuse reprend le chemin de Montréal, poussant devant elle son troupeau de captifs (Relation par M. de Champigny, 4 novembre 1693. — Archives de la Marine: « Collection Moreau St-Méry », vol. 5, folio 52).

L’année suivante, (1693) quelques Onneiouts, en maraude à la tête de Pile, prennent une petite revanche et font prisonnier M. de La Valtrie, qui s’était imprudemment aventuré dans les parages. On les vit encore par la suite dans les environs de Montréal, mais leur présence causa plus d’appréhension et d’inquiétude que de réels dégâts.

Le trois avril 1696, la population de Montréal assistait au supplice du feu auquel avaient été condamnés quatre Iroquois onnontagués, pris on ne sait dans quelle circonstance. « On amena ces quatre hommes sauvages, qui étaient frères, et les plus beaux hommes que j’aye vus de ma vie, ensuite les Jésuites les baptisèrent et leur firent quelques légères exhortations. Cette sainte cérémonie étant finie, on les prit et on les sacrifia à des supplices dont ils sont les inventeurs. On les lia tout nus à des poteaux enfoncés de trois à quatre pieds en terre, et là, chacun de nos sauvages alliés, ainsi que plusieurs français s’armèrent de morceaux de fer rouge avec lesquels ils leur grillèrent toutes les parties du corps. Leur supplice dura six heures, pendant lesquelles ils ne cessèrent de chanter des exploits de guerre, en buvant de l’eau-de-vie… Ainsi finirent ces malheureux avec une constance et un courage inexprimable. On m’assura que ce que je voyais n’estait qu’un faible échantillon de ce qu’ils nous font souffrir quand ils nous ont faits prisonniers. » (« Lettres Inédites », — Extrait de « À travers les Registres », par l’abbé C. Tanguay, p. 81).

Les malheureux furent inhumés le même jour dans le cimetière de Ville-Marie. Triste autodafé, dont les motifs nous sont inconnus. (« Ont été enterrés quatre Iroquois de la nation des Onnontagués dans le cimetière de cette paroisse lesqls auant qu’on les fit brûler auoient receu le St baptesme, au moins trois le quatriesme qui auroit été baptisé en son pais, se confessa, témoins presque toute la ville qui accourut pour les veoir brûler, (signé) Caisse faisant les fonctions curialles.» — Extrait des registres de Notre-Dame, au 3 avril 1696).

Frontenac résolut de mettre fin au malaise qui paralysait le commerce avec les pays d’en Haut. Le roi d’ailleurs conseillait au gouverneur de conclure une paix durable avec les Iroquois, si cela était possible, ou de les écraser pour de bon si l’on ne pouvait rien en obtenir.

Les postes éloignés, mis au courant de l’énergique détermination de Louis XIV et de Frontenac de terminer la guerre d’une façon ou d’une autre, se préparèrent à combattre. Un grand conseil fut tenu à Michillimakinac entre M. de La Mothe-Cadillac et les nations sauvages, amies des Français: Outaouais, Cris et Hurons.

Il s’ensuivit une expédition, conduite par le grand chef Onaske contre les Iroquois, dont il leva 30 chevelures et captura 32 guerriers.(Relation, 1696. — Archives de la Marine: «Collection Moreau St-Méry », vol. 5, folio 365).

Pour continuer le mouvement d’offensive, commencé par ses alliés, Frontenac partit de Montréal au mois de juillet 1696 avec une armée de 2 000 hommes, réguliers et miliciens. L’expédition était surtout dirigée contre les Onnontagués de l’Est, les plus turbulents et les plus forts des Cinq-Cantons iroquois. Le gouverneur, qui commandait lui-même son armée, avait composé son état-major de MM. de Callières, de Ramezay, de Vaudreuil, de La Durantaye, de Muy, de Dumesnil, de Subercase, de Grandpré, du Lhut, presque tous militaires de Montréal. La plupart des milices avaient aussi été enrôlées dans le district. Le groupe des sauvages, qui s’était joint à l’armée, était sous les ordres immédiats de Le Moyne de Maricourt, Le Gardeur de Beauvais, et de Bécancour. (Relation, 1696. — Archives de la Marine: «Collection Moreau St-Méry », vol. 5, folio 365.)

Devant ce déploiement de forces, imposantes à leurs yeux, les Onnontagués brûlèrent eux-mêmes le fort que les Anglais les avaient aidés à construire et s’enfuirent dans les bois. M. de Vaudreuil, envoyé au village des Onneiouts, leurs voisins, mit le feu aux cabanes et détruisit la récolte de maïs encore sur pied. Les deux mille hommes de troupes ne purent accomplir aucune autre besogne, les ennemis s’étant dispersés à leur approche.

Frontenac venait de renouveler l’aventure de La Barre et Denonville; mais les résultats devaient être bien différents. Les Iroquois, comme d’habitude, s’étaient dérobés au combat, mais pour éviter la destruction complète de leurs villages, ils avaient fait savoir à Frontenac qu’ils étaient disposés à quitter les Anglais pour venir en grande partie, sinon tous, se fixer au milieu de leurs frères chrétiens, déjà établis à la mission du Saut-Saint-Louis.

Environ soixante seulement, déjà néophytes sans doute, rachetèrent leur promesse; les autres regagnèrent leurs villages au départ du gouverneur. ( « Relation par M. de Champigny », 18 octobre 1697. — Archives de la Marine: «Collection Moreau St-Méry », vol. 6, folio 1).

Il n’est pas douteux cependant, qu’affaiblis par plusieurs années de guerre et peu secourus par leurs amis d’Orange, les Iroquois avaient perdu beaucoup de leur audace et de leur arrogance. En 1698, ils envoyèrent même des délégués à Montréal pour amorcer des propositions de paix. Le gouverneur ne croyait plus à la sincérité et à la bonne foi des Cinq Nations. Il renvoya les ambassadeurs sans rien conclure.

Au printemps de 1698, au retour des vaisseaux, un certain sieur Abraham, venu à Montréal avec quelques Flamands, annonça que la paix avait été signée en Europe entre les deux couronnes (Traité de Ryswick, septembre 1697). On en avait donc fini avec les Anglais.

Débarrassé de ce côté, le Canada pouvait maintenant imposer ses conditions aux Iroquois, privés de leurs puissants alliés. Deux ans plus tard, toutes les tribus signaient la paix générale.

La guerre sauvage avait duré près de soixante ans, avec plus ou moins de violence et Ville-Marie en avait subi les plus rudes assauts.

Iroquois sur la place d'Armes dans le Vieux-Montréal. Photo de GrandQuebec.com.
Iroquois sur la place d’Armes dans le Vieux-Montréal. Photo de GrandQuebec.com.

1 commentaire

  1. Nicole dit :

    On comprend donc que Montréal est bâti sur les terres des Iroquois, mais, comme il n’en reste personne de ces « sauvages », il n’y a lieu de demander pardon. Les Afro-Américains sont beaucoup plus chanceux, même s’ils n’étaient pas les Premières Nations en Amériques.

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