Histoire de Montréal

Montréal sortira de l’ornière

Montréal sortira de l’ornière

Situation financière de Montréal : la Ville sortira de l’ornière

La crise financière qui a amené la mise en tutelle de l’administration municipale de la Ville de Montréal était avant tout une crise de confiance. Acculée à la nécessité d’emprunter pour racheter des obligations échues et pour consolider sa dette flottante, la Ville était dans l’impossibilité de trouver de l’argent parce que ses administrateurs actuels avaient évidemment perdu la confiance des prêteurs. Montréal se trouvait dans la situation où s’était mis le gouvernement Duplessis, l’automne dernier.

On dira que le gouvernement provincial aurait pu facilement, en se portant garant de la Ville, éviter à celle-ci l’ignominie de la faillite. C’est exactement ce qui vient de faire la Province. La substitution de la Commission municipale à l’administration Houde, comme pouvoir responsable à Montréal, aura pour conséquence le rétablissement de la confiance qui faisait défaut depuis plusieurs mois.

Le gouvernement Godbout aurait-il dû procéder autrement ? Ceux qui le prétendent n’ont pas offert à ce sujet une seule suggestion pratique. M. Duplessis, à l’Assemblée législative et Mé Giroux au Conseil législatif ont déploré l’humiliation infligée, par la force des choses, aux administrateurs de la Ville, mais ni l’un ni l’autre n’a dit ce qu’il aurait fait, dans les circonstances actuelles, s’il eût été à la place de M. Godbout. Il ne pouvait plus s’agir, cette fois, de demander aux banques de prolonger la durée des prêts précédemment consentis. Il fallait trouver immédiatement plusieurs millions pour racheter des obligations dont l’échéance arrivait. Les banques refusaient cet argent aux administrateurs actuels parce que ceux-ci ne pouvaient leur présenter un budget équilibré, c’est-à-dire la promesse de finances saines. Tous ceux qui prêtent de l’argent, tous les épargnants, tous les petits rentiers, tous ceux qui possèdent un capital quelconque comprendront cette attitude des banques.

Sans doute est-il humiliant pour les électeurs montréalais de voir leurs élus dépouillés de leur a autorité. C’est une leçon. Mais qu’on n’aille pas croire que gouvernement de la province a pris plaisir à donner cette leçon aux contribuables de la Métropole. La loi qui vient de mettre Montréal sous la tutelle de la Commission municipale est une mesure que la Province a adopté avec répugnance qui a exigé de M. Godbout et de ses collègues un courage peu ordinaire. Individuellement et collectivement les ministres du cabinet et les débutés montréalais qui les ont appuyés n’ont rien à gagner dans cette affaire. Du point de vue électoral, ils savent que leur geste pourrait avoir pour eux des inconvénients si les électeurs montréalais, au lieu d’étudier froidement la situation présente, se laissent aveugler par les préjugés. Le gouvernement Godbout n’a vu que son devoir et il l’a accompli sans faiblesse, convaincu qu’il agissait dans les meilleurs intérêts des contribuables.

(Texte publié dans le journal Le Canada, lundi, 20 mai 1940).

Place Jacques-Cartier
Dis le nom de ta maison, le nom des camarades, le nom de la ville. Nomme les êtres et les choses par leur nom, pour savoir qui tu est. (Jean-Guy Pilon, Comme eau retenue). Place Jacques-Cartier de Montréal. Photographie : GrandQuebec.com.

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