Histoire de Montréal

Montréal poursuit ses pompiers

Montréal poursuit ses pompiers

Grève des pompiers : Montréal poursuit ses pompiers récalcitrants

Les autorités municipales de Montréal, ont décidé d’intenter des actions pour outrage au tribunal à chacun des pompiers en séance d’étude depuis jeudi matin.

M. Gérard Niding, président du comité exécutif de Montréal, a déclaré que ces actions ont été signifiées depuis samedi au domicile de chacun des pompiers concernés. M. Niding n’a pas voulu préciser le nombre de ces poursuites. Il a cependant laissé entendre que les premiers pompiers à être convoqués par la Cour supérieure le seraient demain ou jeudi.

Ces actions pour outrage au tribunal font suite à l’attitude des pompiers qui n’ont pas obéi à l’injonction obtenue par la Ville de Montréal lès obligeant à reprendre le travail. La loi prévoit une amende maximum de $50,000 ou un an de prison pour celui qui ne donne pas suite à un ordre de la cour. M. Niding a expliqué que l’administration aurait recours à toutes les procédures légales pour forcer les pompiers à réintégrer les casernes.

Il s’est abstenu de répondre à une question, à savoir si l’administration prendra des mesures spéciales pour pénaliser les pompiers en séance d’étude en ne leur payant pas les journées pendant lesquelles ils n’ont pas travaillé.

Soulignons que dans les trois autres cas de grève dans l’histoire des pompiers de Montréal, en 1918, 1943 et 1969, les pompiers furent toujours payés pour les journées ou les heures passées en “séance d’étude” et laissant les citoyens sans protection.

Les pompiers arrivent 2 heures en retard

Après avoir souligné la « conscience professionnelle » des quelques 60 pompiers qui, malgré la grève, se sont rendus sur les lieux d’un incendie, hier soir, au 4605 boulevard Grand, le nouveau directeur du Service des incendies, M. René Plaisance, a émis l’opinion que les flammes auraient causé beaucoup moins de dommages dans des circonstances normales.

Au lieu d’une dizaine de familles chassées de leurs logis, il n’y en aurait eu que trois ou quatre.

Quand on connaît la rapidité d’intervention et l’efficacité des pompiers de Montréal, il ne fait pas de doute que ce sinistre aurait été plus rapidement maîtrisé.

Le directeur Plaisance, qui dirigeait son premier incendie dans ces circonstances pénibles, est d’accord sur ce point. Mais, hier soir, les pompiers n’ont battu aucun record de vitesse et la situation aurait facilement pu avoir des conséquences tragiques.

L’incendie a débuté vers 11 h. 10, hier soir, et ce n’est que vers une heure du matin que les pompiers sont arrivés sur les lieux, aux applaudissements de la foule qui, quelques minutes auparavant, émettait des commentaires plutôt désagréables à leur égard.

Une quarantaine de minutes plus tard, le sinistre était maîtrisé et les pompiers se rassemblaient pour retourner à leur centre d’entraînement, rue Notre-Dame, abandonnant tout l’équipement sur place.

« Quand les deux premiers officiers sont arrivés sur les lieux, tout le sous-sol était en flammes. On peut dire que c’était un incendie sérieux mais dans les circonstances normales, il aurait été facile de limiter les dégâts au sous-sol et peut-être au rez-de-chaussée », a déclaré le directeur Plaisance. Les deux hommes ont rapidement été débordés et les boyaux et les extincteurs qu’ils transportaient dans leur voiture n’ont pas été suffisants pour empêcher les flammes de grimper dans les murs et de se propager jusqu’au toit.

Officiers et volontaires à l’oeuvre

C’est alors la confusion totale. Pendant que les policiers s’occupent de l’évacuation des locataires menacés, citoyens et chauffeurs de taxi se transforment en pompiers. À la demande des officiers, le chauffeur de taxi Bernard Harris se rend à la caserne la plus proche pour y quérir une échelle qu’il transporte sur le toit de sa voiture.

M. Harris a révélé qu’un autre chauffeur de taxi, M. Gordon Brown, toujours à la demande des officiers, s’est rendu à la même caserne chercher des boyaux. « La police est arrivée et les a obligés à sortir les boyaux de la voiture », a ajouté M. Harris, furieux.

D’autres officiers arrivent et avec l’aide de citoyens, parviennent à conduire un premier camion sur les lieux. Vers minuit et 15, il y a un seul camion sur place, et quatre automobiles du Service des incendies.

Des citoyens dirigent la circulation, d’autres tentent de raccorder les boyaux, d’autres tentent de faire fonctionner la pompe. La tension et la nervosité sont à leur paroxisme et à quelques reprises nous voyons des volontaires qui en viennent presque aux coups parce qu’ils ne s’entendent pas sur la manoeuvre à effectuer. De leur côté, les officiers sont débordés devant l’incendie qui prend de l’ampleur.

Vers minuit et 35, un premier volontaire s’effondre à demi-suffoqué et une ambulance de la police le transporte à l’hôpital. Cinq minutes plus tard, on commence à voir une rougeur au-dessus du toit pendant que les citoyens sont toujours aux prises avec les boyaux. Les membres de la Protection civile forment maintenant un fort contingent mais ils ont autant de difficultés quelques autres volontaires.

Vers minuit 55, un deuxième camion apparaît et puisqu’il transporte,une échelle télescopique, il permet aux secouristes de travailler plus à l’aise sur le toit.

Les volontaires n’hésitent pas à grimper les boyaux dans cette échelle. Vers 1 heure, les premiers pompiers arrivent sur les lieux avec une unité de secours et un camion. La foule manifeste son soulagement en applaudissant.

Les pompiers arrivent

Les pompiers assistaient à un spectacle quand le directeur-adjoint a communiqué avec le président de leur Association, M. Jacques Morin, pour lui faire part de la gravité de la situation. M. Morin a interrompu la représentation et a transmis la communication aux membres qui n’ont pas hésité à répondre à l’appel.

M. Morin s’est lui-même précipité sur les lieux dans la voiture du reporter Claude Poirier pendant que d’autres faisaient de même dans leur voiture personnelle ou en montant dans des voitures de police.

En cours de route, ils se sont arrêtés dans les casernes numéros 1 et 2 et c’est vêtus de leurs vêtements civils qu’ils sont arrivés boulevard Grand, dans l’ouest de la métropole. Par là suite, les camions se succèdent à un rythme rapide et en peu temps on peut en compter une bonne douzaine. Il s’est écoulé environ une vingtaine de minutes entre l’appel du directeur adjoint et l’arrivée des premiers pompiers. Officiers et volontaires sont visiblement épuisés mais ce n’est qu’après discussion que certains citoyens laissent leur place aux pompiers. Ces citoyens auraient aimé montrer aux pompiers qu’on pouvait se passer d’eux…

On remarque également une certaine animosité entre des officiers et les pompiers. « On n’est pas en devoir ; on vient seulement rendre service », déclare un des premiers pompiers à se présenter sur les lieux. « On n’est pas des assassins », réplique le président Morin à un citoyen qui en a long sur le coeur. Et le dialogue s’engage entre les deux hommes sur un ton assez élevé : « Je suis un homme d’affaires. J’habite Montréal et je paie les taxes les plus élevées au Canada. Je ne suis pas d’en payer plus et s’il y a une nouvelle augmentation, je déménage à Toronto », déclare l’homme qui dit être conseiller en relations publiques. « Qui aurait été responsable s’il y avait eu un mort?” demande un autre citoyen à M. Morin.

« C’est le système dans lequel on vit qui est responsable. Et qui contrôle le système?” demande à son tour M. Morin. La discussion s’engage ensuite entre M. Morin et le directeur Plaisance, qui déclare: “Les pompiers ont prouvé leur conscience professionnelle”.

Et vers lh40, ce matin, l’incendie est maîtrisé quand on entend un pompier crier: « Tout le monde à la salle ».

Les autres pompiers enchaînent en criant: « On lâche pas! On lâche pas! » Sur ce slogan, les pompiers quittent les lieux aussi rapidement qu’ils sont venus, abandonnant tout le matériel sur place, aux yeux des officiers découragés et épuisés.

Les pompiers de la banlieue pourraient être conscrits

En même temps que la Ville de Montréal rendait publique, hier matin, la démission du directeur de son service des incendies, M. Elphège Hamel, le conseil de la Communauté urbaine de Montréal (CUM) adoptait des – mesures spéciales, effectives jusqu’au 20 décembre, décrétant l’assistance entre Ief’ municipalités de la CUM, dans les cas d’urgence.

Le règlement adopté par les membres du conseil municipal de Montréal et les maires de banlieue ordonne aux pompiers de banlieue de se rendre sur les lieux d’un sinistre grave à Montréal s’ils en reçoivent l’ordre du conseil de sécurité publique de la CUM ou du chef intérim de la CUM, M. René Plaisance, lequel fut nommé directeur par intérim du service des incendies de Montréal, hier matin.

Les pompiers de banlieue, et même ceux de Montréal, qui refuseraient d’obéir à l’ordre de leur chef ou du conseil de sécurité publique, seraient passibles d’une amende de $100, pour la première offense, et de $500, pour une deuxième infraction, ou d’une peine d’emprisonnement de 60 jours.

Il s’agit là d’un amendement apporté à la dernière minute par le comité exécutif de la CUM. Le président de l’exécutif, M. Lucien Saulnier, n’apas précisé quand cet amendement fut décidé, on sait toutefois que les pompiers de banlieue ont tenu une assemblée, dimanche soir, au cours de laquelle ils se sont déclarés solidaires de leurs confrères de Montréal.

À certains maires de banlieue qui protestaient contre ces amendes, M. Saulnier a rétorqué que le règlement adopté serait une “farce” s’il ne prévoyait pas des amendes aux contrevenants éventuels.

Un tarif élevé

Le règlement prévoit également que, pour les services rendus par une municipalité, le tarif horaire pour une autopompe et le personnel requis est le $1,717.93, tandis que celui d’une échelle aérienne ou autre camion et le personnel requis est de $1,550.20.

Ces tarifs ont suscité beaucoup de commentaires chez les maires de banlieue. Quelques-uns sont intervenus pour signifier à l’exécutif de la CUM qu’ils étaient trop élevés. M. Saulnier a cependant indiqué que ce sont là les tarifs imposés habituellement par la Ville de Montréal aux municipalités qui demandent l’aide des pompiers de la métropole et qu’il n’était que normal d’imposer les mêmes tarifs à Montréal qui se voit dans la possibilité de faire appel aux pompiers de banlieue.

Les maires de banlieue craignaient que des ententes conclues entre certaines villes de banlieue, dans le cas d’un incendie d’importance, tombent suite à l’adoption de ce règlement mais M. Saulnier les a rassurés sur ce point. Ledit règlement vise avant tout à prévenir des cas d’urgence à Montréal.

Sécurité des pompiers

Quelques maires de banlieue ont fait écho au « danger » auquel s’exposeraient les pompiers des villes voisines de Montréal en venant combattre un incendie dans la métropole. « Envoyer nos pompiers à Montréal pendant que les 2,400 pompiers montréalais sont en grève, c’est envoyer nos pompiers à la guerre », a lancé l’un d’entre eux :

Le président du comité exécutif de Montréal, M. Gérard Niding, a lui-même affirmé aux maires de banlieue que la police de Montréal suivait la situation de très près et que les pompiers de banlieue pouvaient compter sur « toute la protection nécessaire » s’ils doivent se rendre dans les rues de Montréal.

Les pompiers sont convaincus que M. Hamel a démissionné pour les appuyer moralement. Il ne fait aucun doute, dans l’esprit des quelque 2,400 pompiers montréalais, que le directeur Elphège Hamel a remis sa démission pour les appuyer moralement.

Plusieurs pompiers sont d’avis que leur directeur a décidé de prendre sa retraite plutôt que d’agir comme briseur de grève en dirigeant les pompiers de la banlieue dans la métropole. Peu après l’annonce officielle de sa retraite, M. Hamel s’est rendu au Centre d’entraînement des pompiers où sont réunis, depuis jeudi dernier, les membres de l’Association des pompiers.

C’est dans un tonnerre d’applaudissements et de cris de joie que les pompiers ont accueilli M. Hamel, qu’ils considèrent « comme un père plutôt qu’un chef. »

M. Hamel a expliqué qu’il s’était rendu, rue Notre-Dame, à la demande de trois pompiers qui s’étaient présentés chez lui alors qu’il venait d’enlever sa cravate et qu’il s’apprêtait à prendre une bouchée.

« On a sonné à la porte; c’était trois pompiers qui m’ont dit que la salle me réclamait », en ajoutant « si vous ne venez pas les “gars” vont venir vous chercher. »

Porte-parole du président

M. Hamel a par la suite parlé aux pompiers: “Normalement, je ne suis pas émotif; mais aujourd’hui j’ai une double émotion. Je suis à la retraite. » « On veut pas! On veut pas! », de lancer en coeur les quelque 1,000 pompiers présents dans la salle à ce moment. « J’ai toujours obtenu l’appui de chacun, » souligne M. Hamel, en ajoutant qu’il n’était pas préparé à leur parler, car il avait été pris d’assaut. En réponse à un pompier, il a déclaré qu’il avait toujours été satisfait de leur rendement.

« Ce n’est pas à moi de décider de votre sort »

Après s’être entretenu durant quelques secondes avec le président de l’Association des pompiers, M. Jacques Morin, M. Hamel a pris le micro et a dit: « Je suis le porte-parole de votre président. Il n’y a pas une possibilité d’amender votre décision? » « On lâche pas », lance alors la salle.

« Pensez pour Te mieux, pensez aux citoyens, pensez aux-familles », répond M. Hamel.

Celui-ci a quitté la salle assis sur un banc humain que des pompiers avaient formé avec leurs bras, pendant que d’autres chantaient en coeur: « Il a gagné ses épaulettes… » Par la suite, on a aperçu de grosses larmes couler des yeux de M. Hamel, qui était directeur du Service d’incendie de Montréal depuis 1967. À un certain moment, un journaliste lui a demandé si on pouvait considérer sa présence comme étant un appui moral aux pompiers. « Je l’espère, enfin, je ne sais pas quoi penser… »

Raison de santé

Joint au téléphone, M. Hamel a déclaré qu’il avait décidé de prendre sa retraite pour raison de santé.

“Il y a environ deux ans et demi j’ai souffert d’une dépression. J’ai été absent durant quelques mois. J’avais demandé à M. Lucien Saulnier l’autorisation de prendre ma retraite.

« J’ai remis ma démission avant de retomber malade. Je crois qu’après 33 ans et trois mois de service j’ai le droit de me reposer un peu. »

Montréal, le soir. Photo de GrandQuebec.com.

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