Histoire de Montréal

Montréal dans les années 1930

Montréal dans les années 1930

Montréal d’aujourd’hui (en fait, dans les années trente du XXe siècle. La ville vue par l’historien Camille Bertrand, texte publié en 1942)

Ceux qui ont vu Montréal en 1890 sont émerveillés du prodigieux accroissement de sa population et de l’agrandissement de son territoire. Sa population de 210,000 d’alors était resserrée dans les vieux quartiers, compris entre la rue Atwater et le village Hochelaga et qui ne s’étendaient guère au-delà de la rue Mont-Royal. Aujourd’hui, sa population dépasse de beaucoup le million, y compris les villes de Verdun, d’Outremont, de Westmount, enclavées dans son territoire, et dont les citoyens vivent tous de l’économie générale de Montréal, sans en partager les charges et les impôts. La ville occupe aujourd’hui un bon tiers de toute l’Ile, soit toute la partie centrale, entre le fleuve et la rivière des Prairies.

Jusqu’à la fin du siècle dernier, la montagne et ses versants étaient restés fermés au développement de la métropole. Seuls les Messieurs de St-Sulpice, qui en étaient les propriétaires, y avaient leurs séminaires, leur collège et leur ferme. A partir de 1895, l’envahissement du mont Royal commence par tous les côtés à la fois, et les classes aisées, anglaise et canadienne, abandonnent en masse le vieux Montréal pour Outremont, Westmount, Notre-Dame de Grâces, Mont-Royal, Notre-Dame-des-Neiges. Beaucoup d’institutions se sont depuis avisées de suivre ce courant d’ascension, laissant dans les faubourgs ceux qui n’avaient pas les moyens de monter. Ainsi la masse des Canadiens, classe moyenne et classe pauvre, est restée dans la partie basse de la ville.

Mais ce remue-ménage bourgeois dans les nouveaux centres fashionables provoqua dans tous les métiers du bâtiment une activité fébrile. Cette prospérité miroitante attira vers la ville des milliers de paysans des campagnes environnantes, qui vinrent grossir démesurément le prolétariat montréalais. Cet excédent de population amena une nouvelle expansion de la ville. Cette fois ce fut vers les plateaux du nord-ouest et du nord que les citadins portèrent leurs pénates. Les grandes artères Bleury, St-Laurent, St-Denis, Amherst, Papineau, Delorimier, Frontenac furent poussées jusqu’à la rivière des Prairies et dans leurs cadres vinrent s’établir en quelques années les quartiers St-Jean, St-Denis, St-Edouard, Villeray, Montcalm, Rosemont et Mercier.

Antérieurement à la poussée gigantesque vers la montagne et sur les plateaux du nord-ouest, Montréal avait vu se déplacer son centre commercial du bas de la ville. De la place Philipps à la rue Peel, la rue Ste-Catherine, reçut les maisons de commerce de détail des rues St-Jacques et Notre-Dame, auxquelles vinrent s’ajouter de nombreux établissements nouveaux. Sa parallèle, la rue Dorchester, se peupla d’églises et de somptueuses maisons d’habitation, jusqu’à la rue Atwater. Les vieilles rues Notre-Dame et St-Jacques devinrent alors ce qu’elles sont restées depuis, un centre, où se sont groupés les grandes institutions financières et bancaires, les magasins de commerce en gros, les maisons de bourse et de spéculation.

C’est aussi le centre de l’organisation judiciaire, flanquée de multiples bureaux d’avocats et de notaires. Quant à l’industrie, elle s’est développée dans le voisinage des quais, de la Pointe-St-Charles à Montréal-Est.

Tout cela s’est fait en l’espace d’une cinquantaine d’années. Il semble que pour un avenir assez long, l’assiette de l’économie générale de Montréal soit maintenant stabilisée.

Ce quartier des affaires, comme on l’appelle, retient l’attention du voyageur par le caractère particulier d’un grand nombre de ses établissements, en bordure des rues St-Paul, Notre-Dame, St-Jacques et des petites rues qui les traversent entre Bonsecours et McGill. A part quelques édifices gigantesques et modernes, aux lignes uniformes et sans style, les constructions, de quatre à cinq étages, ont en général un certain cachet d’architecture original, digne d’être remarqué.

La solidité massive des maisons est corrigée, ou si l’on aime mieux, embellie par des ouvrages de sculpture, des motifs d’ornements, taillés dans la pierre et qui ne manquent pas de beauté. Colonnes, chapiteaux, architraves, frises et figures de toutes sortes mettent fort heureusement en relief la façade des établissements de commerce et de finance. Et l’on sent qu’une même préoccupation d’esthétique a présidé à ces constructions, qui datent presque toutes de la deuxième moitié du siècle dernier.

On remarque à peu près le même style dans les maisons d’habitations de la même époque, sur les rues parallèles Lagauchetière, Dorchester, Ste-Catherine et Sherbrooke, surtout celle-ci, entre Bleury et Atwater.

Le caractère saillant de cette architecture dénote assurément l’existence d’une école d’art, dont nous ignorons l’histoire, mais dont l’œuvre est heureusement parvenue jusqu’à nous. Cette école d’art est aujourd’hui complètement disparue.

En dehors de ce milieu ancien, où les Anglais dominent incontestablement, on serait bien en peine, à quelques exceptions près, dans l’Est et le Nord de la Ville par exemple, de retracer les mêmes préoccupations d’architecture ou de simple urbanisme civique.

Quant au nouveau Montréal, développé dans la plaine du Mont-Royal, dans les quartiers St-Denis, St-Edouard, Villeray, on ne remarque plus que la fantaisie la plus hétéroclite qui vient se plaquer sur la façade des uniformes cages plates à deux ou trois étages. Tout cela défie la description, l’analyse ou la synthèse.

Les chocs culturels stimulent la créativité (Lindsay Owen-Jones, homme d’affaires britannique). Photo de GrandQuebec.com.

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