Histoire de Montréal

Misère des chômeurs à Montréal

Misère des chômeurs à Montréal

La grande misère des chômeurs dans le Montréal qui a faim !

Il y a, dans notre ville, des centaines de sans-travail dont la situation est pénible – visite de notre reporter dans les places publiques – Fiers et charitables quand même

La situation des chômeurs à Montréal en 1930 (texte de l’époque)

Ceux qui vivent dans le confort ignorent presque tout de la vie. Comment pourrait-il en être autrement, puisque la misère leur est inconnue? Très peu de nos lecteurs comprennent l’horrible pauvreté, car le destin les a favorisés. ls peuvent difficilement savoir ce que signifient vraiment la faim, l’abandon, le chômage, le désespoir. Et pourtant, la misère est grande, à Montréal même! Le mot « chômage » est pleinement d’actualité, puisque d’après les statistiques récentes, le nombre des sans-travail augmente d’une façon inquiétante.

Dans les parc publics

Et cette misère peut être observée, par quiconque veut se donner la peine de regarder. Allez dans les parcs publics, au carré Viger, par exemple. Regardez sur les bancs. Vous y verrez des misérables qui se chauffent au soleil. Plus le soleil est resplendissant, plus leur désespoir est apparent. Mais on ne se soucie guère de leur présence. Les passants sont pressés. Les enfants jouent, tout en grignotant des friandises. Très souvent, les gueux regardent avec envie ce qu’ils mangent. Parfois, l’un d’eux se baisse et ramasse furtivement le croûton ou le trognon de pomme qu’un petit garçon rieur vient de jeter. Car ils ont faim. Ils n’ont pas d’ouvrage. Qui donc leur viendra en aide ?

Des milliers de sans-travail

Les statisticiens savants nous disent: « les conditions du chômage sont les plus inquiétantes depuis 1921. Les chiffres du premier avril dernier révèlent qu’un grand nombre de personnes sont sans emploi.

Parfait! Mais si l’on se contente de lire des phrases semblables sans voir des chômeurs, on ne réalise pas la portée véritable de telles statistiques.

Des milliers d’hommes sans emploi, dans une ville prospère! Vous tous qui travaillez et qui touchez un salaire à la fin de la semaine, vous vous rendez sûrement compte de ce qui arriverait, si ce salaire vous était brusquement retiré?

Pauvre homme !

Voyez cet homme, assis sur le bout d’un banc, la tête dans les mains. Le reporter du “Petit Journal” lui a parlé. Comme il regardait ses pieds tout en répondant, on l’entendait à peine.

Il a une femme et quatre enfants. Il avait un assez bon emploi dans une manufacture. Les temps tranquilles sont venus. Chaque jour de paye, il redoutait d’être congédié. Il regardait anxieusement dans le fond de son enveloppe, avec la peur d’y voir le petit billent dont la présence est lourde de significations.

Puis ce jour fatal est venu!! Depuis, il en à fait des pas: ses chaussures sont usées. Il marche dans des pantoufles. Pas d’ouvrage nulle part ! Sa femme travaille un peu, mais elle est malade, Les enfants ne mangent pas à leur faim…

En disant ces derniers mois l’homme éclats en sanglots, la tête dans les mains. Nous l’avons photographié dans cette attitude, comme témoignage indéniable de la grande misère des chômeurs. Et ils sont comme cela des milliers.

La charte publique

Ces hommes mangent un peu partout. comme ils peuvent. Un grand nombre n’ont pas de domicile. Lorsqu’ils ont quelques sous, une gargote fait leur affaire; sinon, ils sont nourris par ces “fourneaux économiques” que la charité de quelques institutions entretient.

Rien de plus lamentable que la longue file de ces chômeurs, rangés le long d’un mur et attendant leur tour pour manger une assiettée de soupe. Plusieurs d’entre eux semblent avoir honte. La plupart du temps, ce sont justement ceux-là qui méritent le moins leur sort.

L’un d’entre eux, un homme de; chantier bâti en hercule, disait à la personne qui lui servait son repas: C’est la première fois que je demande la charité!” Et il écrasait de sa main puissante des larmes de rage qui lui coulaient sur les joues.

Car ce qui est terrible, c’est que lorsque le chômage devient intense, il y a d’admirables travailleurs dans la misère, et qui ne parviennent pas à en sortir malgré tous leurs efforts. Mettez-vous à leur place et demandez-vous quels peuvent être leurs sentiments !

Que doit penser un honnête travailleur, père de famille et digne de respect qui se voit réduit à rôder autour des poubelles pour nourrir un peu ses enfants? Les tomates trop mûres et la viande faisandée ne sont pas précisément ce qu’il faut pour relever le courage fléchissant d’un ouvrier ?

Charitables quand même

Mais ces hommes dénués de tout observent quand même une grande solidarité. Celui qui possède un morceau de pain le partage avec son compagnon de misère. L’autre jour, le reporter du “Petit Journal” eut connaissance d’un cas typique de la façon dont ils s’entraident les uns les autres. Un mendiant tendait la main. Personne ne s’occupait de lui. Passe un chômeur à l’air honnête et franc, malgré la pauvreté de ses vêtements. Celui-ci s’arrête devant le mendiant, sort une pièce de 25 cents de sa poche et lui dit :

– Remets-moi 15 cents. Mon vieux: sans ça, je ne saurais où Coucher ce soir, car c’est tout ce que je possède !

N’est-ce pas que c’est admirable ? Mais attendez, ce n’est pas tout :

Une femme avait vu la scène de loin. Voyant le chômeur se pencher sur le mendiant, elle imagina qu’il voulait le voler et appelle en hâte un agent de police qui passait justement. Il y eut des explications orageuses et finalement, dans un geste d’orgueil, le sans-travail dit à la femme :

– Pour vous prouver que je n’ai rien volé, donnez seulement 5 cents à ce mendiant et je lui remets la balance de ma monnaie.

Elle releva le défi. l’air penaud… et le pauvre chômeur donna eu au mendiant ses 13 cents, tout ce qui lui restait au monde! Où coucha-t-il ce soir-là? Sans doute à la belle étoile! Un tel homme (et 1l n’est pas le seul comme cela) n’est-il pas digne de notre admiration et de notre pitié ?

Quelques chiffres

Espérons que la situation pénible du chômage pourra s’améliorer bientôt. Le Canada n’est pas le seul pays à en souffrir.

Depuis trois ou quatre mois des pays situés en des points du globe très distants souffrent simultanément d’une dépression industrielle, qui se manifeste notamment par une recrudescence du chômage.

Il faut se rappeler que l’hiver 1929 a été très froid en Europe tandis que l’hiver 1930 à été doux. Le fait que le nombre des chômeurs est, dans la plupart des pays plus élevé (parfois même beaucoup plus élevé) pour 1830 que pour 19:9, est donc très significatif.

Parmi les pays d’Europe l’Allemagne accusait, pendant la première moitié de mars 1830, 2,503,000 chômeurs d‘environ 16 pour cent) bénéficiant d’indemnités de chômage, au lieu de 2,502,600 pour la période correspondante de 1829.

En Grande-Bretagne le nombre des chômeurs s’élevait à 1.621.530, le 17 mars 1930 (c’est-à-dire à une époque de l’année où l’amélioration saisonnière se fait déjà sentir, contre 1,132 454, le 18 mars 1929 et 1,127 622 en mars 1928.

En Italie, les dernières statistiques se rapportent au mous de février 1930. Le nombre de personnes enregistrées comme entièrement sans travail s’élevait alors à 456.628, contre 489.347 en février 1929 et 413,233 en février 1928

Aux États-Unis, les statistiques provisoires élaborées par la Fédération américaine du travail montrent que 22 pour cent des membres de la Fédération étaient sans, travail en février 1930, contre 15 pour cent en février 1929 L’Alexander Hamilton Institute’s Bureau of Business Conditions” estime le nombre des chômeurs à quatre millions et demi. D’autre part, dans trente-deux villes qui ont fait connaître à la “Family Association”, le nombre de familles que le chômage involontaire a mises dans la nécessité de demander l’assistance des sociétés philanthropiques, ce nombre à passé de 7,300 en janvier 1929, à 21,600, en janvier 1930, soit une augmentation de 200 pour cent. Cette élévation brusque est une confirmation des autres symptômes de crise.

Au Canada, pas plus qu’aux États-Unis, il n’existe de statistique officielle du chômage ; mais la proportion des chômeurs parmi les membres des syndicats a passé de 6,6 pour cent, en décembre 1928, à 11,4 pour cent en décembre 1929. Le nombre indice de l’emploi était de 111.6 au 1er février 1930 au lieu de 110,5 au 1er février 1929 et 163 au 1er février 1928 (base 1926 = 100). Compte tenu de l’accroissement de la population, la faible hausse survenue de 1929 à 1930, dénote un chômage considérable.

Chantier de construction. Photo de Grandquebec.com.
Chantier de construction. Photo de Grandquebec.com.

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