Histoire de Montréal

Manifestations violentes et la réaction des Montréalais

Manifestations violentes et la réaction des Montréalais

Les Montréalais en ont soupé

Ecoeurés par la mauvaise foi des organisateurs de manifestations « pacifiques » qui, s’ils ne poussaient hors de leurs écoles des jeunes « foins » de 15. 16 et 17 ans pour faire nombre et porter les pancartes, verraient leurs cohortes réduites à leur importance réelle qui est loin d’être impressionnante, les Montréalais ne pourront que souhaiter l’adoption d’un règlement municipal interdisant dorénavant les assemblées, défilés ou attroupements extérieurs pouvant mettre en danger la tranquillité, la paix ou l’ordre publics. Ce règlement, le comité exécutif le soumettra mercredi au conseil qui, connaissant le sentiment de la population, laquelle voit avec douleur et consternation sa ville aux prises avec l’anarchie et le banditisme, acceptera sans doute cette recommandation.

Le « pacifisme » des manifestants sera éloquemment démontré lors d’une conférence de presse ou le directeur de la police exposera les gourdins, frondes, billes d’acier, cocktails Molotov et autres instruments saisis vendredi soir dernier. Il se trouvera encore des amants de la liberté qui refuseront de se rendre à l’évidence, mais puisque les cameramen et autres employés de Radio-Canada devant couvrir les manifestations semblent, selon toutes apparences, ne plus vouloir prendre de risques sans être protégés par une assurance spéciale, c’est qu’ils ont fini, eux aussi, de croire aux manifestations pacifiques.

Il en a coûté depuis le début de l’année autour de $5 millions à la ville de Montréal, donc à ses contribuables, pour donner à ces adeptes du « footing” (petit Larousse, p. 445) toutes les chances de marcher, au nom de la démocratie populaire. Et cela ne représente que les frais encourus pour protéger les citoyens, et non les dommages a la propriété.

Lorsque Gray, Lame-Langlois, Lemieux et Chartrand. pour ne nommer que ceux-là, nous apporteront des documents signés par leurs amis Mao. Castro et Podgorny et sant aux adversaires de leur régime le reconnaisdroit « inaliénable » de défiler dans les rues de Pekin, La Havane et Moscou chaque fois que l’envie leur en prend et d’utiliser l’arsenal de leur choix pour endommager la propriété « collective” et provoquer les forces de l’ordre, nous prêterons une oreille plus attentive à leurs discours sur la Charte des droits de l’homme.

Voici ce que disait le communiqué du Front commun d’Opération-Libération lu par Larue-Langlois. au siège de la CSX : “Considérant que le droit à la manifestation est un droit acquis, inscrit dans toutes les chartes de droits de l’homme, « y compris celle des Nations unies qu’endosse le Canada », le Front commun « n’a pas demandé ni ne demandera aucune permission à quiconque pour manifester. »

La manifestation, assurera-t-on ce jour-là, « entend être pacifique comme l’ont été toutes les manifestations organisées jusqu’ici depuis trois ans, par le comité d’aide au groupe Vallières-Gagnon ». Le plus cocasse de l’affaire, c’est de voir ces séparatistes enragés se réclamer, pour agir, d’un engagement pris par le Canada, pays auquel ils ne croient pas et qu’ils veulent précisément détruire.

C’est ce jour-là aussi que Stan Gray a fourni comme motif supplémentaire de la manifestation du 7 novembre le souci « de protester contre la répression qui s’installe même au niveau des écoles quand les autorités scolaires prennent des sanctions contre des étudiants qui ne font qu’utiliser leurs droits politiques ». Il est heureux qu’en fin de semaine, deux directeurs aient eu le courage d’exposer la vérité et de dénoncer les tactiques d’intimidation et de harcèlement utilisées par les agitateurs pour faire sortir les étudiants des écoles, entre autres les appels à la bombe et les actes de vandalisme.

Leur témoignage, selon lequel ils nient egalement « avoir jamais menacé leurs élèves de repression ou de sanctions d’aucune sorte », corrobore celui d’un nombre important de parents qui réclament à grands cris le retour à l’ordre dans les institutions d’enseignement, un contrôle plus strict des allées et venues de révolutionnaires patentés dans les écoles secondaires et les CEGEP et le renvoi pur et simple des professeurs ou administrateurs qui occupent un poste de militant dans des groupes subversifs.

Comme l’a déclaré à Mme Solange Chaivin, du Devoir, la mère de deux adolescentes : « Je suis scandalisée de voir que certains professeurs, non seulement des laïques mais aussi des religieux, sont en train de corrompre intellectuellement la jeunesse pour la rendre solidaire de leurs idées, de leur cause ».

« Je regrette tout ce gaspillage d’énergie, de temps scolaire perdu, de loisirs qui pourraient servir à améliorer les conditions sociales dans lesquelles nous vivons plutôt qu’à saper l’autorité des parents”.

Ces parents en ont soupé. Et les Montréalais, dans leur ensemble, en ont également soupé.

(Texte paru le 10 novembre 1969).

"Mais qu'est-ce qu'un révolté, Monsieur ? Quand un homme est broyé et qu'il se tait, c'est un individu normal. S'il proteste et réclame son droit, c'est un révolutionnaire !"
René Char. Le Soleil des eaux (1949). Photo de GrandQuebec.com.
« Mais qu’est-ce qu’un révolté, Monsieur ? Quand un homme est broyé et qu’il se tait, c’est un individu normal. S’il proteste et réclame son droit, c’est un révolutionnaire ! »
René Char. Le Soleil des eaux (1949). Photo de GrandQuebec.com.

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