Histoire de Montréal

Inondations et incendies à Montréal

Inondations et incendies à Montréal

Les inondations et les incendies à Montréal au XIXe siècle

Inondations

À tous les fléaux qui s’abattaient sur Montréal au XIXe siècle, s’ajoutaient celui des inondations du printemps et celui des incendie. Montréal, favorisé d’un port naturel pour les importations européennes et la distribution des marchandises dans les territoires de l’ouest, était malheureusement exposé chaque année, à cause de la faible inclinaison de ses rives, à subir le débordement des eaux du St-Laurent.

C’est probablement en 1848 que se produisit la plus forte inondation que Montréal ait connue.

En effet, du 14 au 17 janvier, toutes les rues de la Pointe-St-Charles et du Griffintown, les parties les plus basses de la ville, furent couvertes de cinq à dix pieds d’eau, mêlée d’immenses blocs de glace, démolissant des constructions de toutes sortes. Les habitants durent se réfugier aux étages supérieurs de leurs maison pour échapper au fléau. Un grand nombre d’animaux, chevaux et bêtes à cornes, périrent dans les étables. Rendus au maximum de la crue des eaux, les flots envahisseurs se déversèrent dans la petite rivière St-Pierre et dans la grande coulée de la rue Craig, en plein centre de la ville à cette époque, charriant dans leur impétueux torrent glaces, animaux morts et débris de maisons renversées. Les dommages matériels avaient été considérables.

Dans la suite, sans atteindre cette ampleur, la débâcle du printemps causa presque chaque année de sérieux ennuis et de coûteux retards aux diverses industries de la navigation et du débardage. Mais dès la première année du gouvernement Laurier, sous l’énergique impulsion du ministre des travaux publics, M. Israël Tarte, la Commission du Havre dressa un vaste plan de travaux, de quais en pierre élevés et protégés par une longue jetée parallèle à la rive, construite au large, pour assurer à notre port tous les avantages d’un immense bassin naturel, protégeant la ville contre toute inondation future.

Destructions par le feu

Ce chapitre des calamités, que Montréal eut à subir au milieu du siècle dernier, se continue par la destruction de milliers de maisons par le feu. De 1844 à 1852, la ville fut la proie de violents incendies, dont les premiers furent l’œuvre d’incendiaires.

Dans la nuit du 17 juillet 1844, le feu se déclarait dans les combles du palais de justice actuel. Pour la première fois depuis le tragique incendie de 1734, pour lequel une négresse avait été pendue, Montréal connut l’œuvre d’un incendiaire, dont le crime fut découvert et puni.

Malgré tous les efforts des pompiers, le feu gagna tout l’étage supérieur de la bâtisse. On s’aperçut bientôt que les boyaux de caoutchouc, qui recevaient l’eau des pompes, étaient coupés à plusieurs endroits. Mis en éveil par ces coupures uniformes, on finit par découvrir qu’un nommé Carolus Lepage, arrivé récemment des Etats-Unis, était l’auteur du méfait. A l’enquête qui suivit, Lepage fut convaincu du crime d’incendiaire et condamné à quinze ans de prison. Son prétendu complice, Félix Mercure, fut cependant remis en liberté. Lepage avoua, qu’au moyen d’une lame d’acier tranchant, fixée à sa chaussure, il coupait les conduites, tout en feignant d’aider au travail des pompiers. On a vu que, cinq ans plus tard, l’hôtel du gouvernement croulait à son tour, victime des entreprises criminelles de conjurés politiques, qui ne furent pas autrement inquiétés.

De 1850 à 1852, quatre autres sinistres firent une immense trouée suivant une trajectoire, à travers la ville, du sud-est au nord-est. Il s’agissait cette fois de purs accidents.

Dans la matinée du 15 juin 1850, le feu éclata dans l’arrière boutique d’un charpentier nommé McNevin, dans la rue Nazareth. Deux cent sept maisons furent alors détruites, dont l’église épiscopalienne St. Stephen. Les pertes, s’élevant à quelques centaines de milliers de dollars, étaient couvertes par 23,000 livres d’assurance.

Les sinistrés demandèrent au gouvernement de leur consentir un prêt collectif pour les aider à reconstruire leurs maisons. Ils venaient à peine de commencer les travaux de reconstruction, que le 23 août, le feu jaillissait de nouveau de la maison d’un nommé Shepherd, sise sur la rue Craig. Attisées par un fort vent de l’est, les flammes gagnèrent les rues St-Laurent et St-Charles-Borromée (aujourd’hui Clark), détruisant tout le pâté de maisons entre Craig et Vitré, soit environ une centaine de bâtisses.

Malgré ce double bilan de la destruction par le feu, Montréal n’était pas à bout de ses épreuves.

Le 7 juin 1852, une autre boutique de charpentier, sise rue St-Pierre, prit feu; et les débris en flammes dispersés par le vent, multiplièrent les foyers de destruction. La jolie église écossaise St. Andrew fut la première victime.

Mais bientôt toutes les maisons, comprises entre les rues St-Pierre, St-François-Xavier, St-Paul et St-Sacrement, furent réduites en cendres. Le feu se communiqua aussi à plusieurs bâtisses des rues Capitale et des Commissaires.

Sur la rue St-Paul tout fut complètement rasé entre les rues St-Pierre et St-Joseph (aujourd’hui St-Sulpice).

L’antique Hôtel-Dieu et l’église Notre-Dame furent gravement menacés. On réussit cependant à les protéger en faisant sauter les maisons avoisinantes.

Mais l’incendie le plus désastreux que Montréal ait éprouvé est sans conteste celui du 9 juillet 1852. Commencé, on ne sait comment, dans une maison de la rue St-Laurent, le feu se propagea dans un amas de cabanes en gagnant l’ancienne rue Mignonne (aujourd’hui Démontigny); puis, rejeté par une bourrasque du sud-ouest dans la direction nord-est jusqu’aux rues St-Denis et Craig, l’incendie rasa toutes les maisons comprises dans la quadrilatère St-Laurent, Mignonne, St-Denis et Craig. Il ne resta debout que quelques rares maisons de pierre, dont l’Hôpital Général protestant, situé sur la rue Dorchester, en plein centre du sinistre. La cathédrale catholique et le palais épiscopal avaient été détruits.

Vers les cinq heures du soir, une nouvelle alarme fit accourir les citoyens dans une autre partie de la ville, assez rapprochée cependant des ruines encore fumantes du faubourg St-Laurent. Le feu venait de s’allumer au coin des rues Notre-Dame et carré Dalhousie, dans le bel édifice de M. Hayes. C’était une grande construction en pierre de quatre étages, avec salle de théâtre à l’arrière.

Là aussi, le feu gagna vite les maisons voisines et presque toutes furent détruites jusqu’au chemin Papineau entre La Gauchetière et le fleuve.

La terrible conflagration de 1852 avait anéanti de onze à douze cents bâtisses de toutes sortes et les pertes étaient incalculables. On les estima dans le temps à plus de £200,000. Elles devaient de beaucoup dépasser ce chiffre. Devant ce désastre, la population resta atterrée.

Des souscriptions publiques aux États-Unis et en Angleterre furent ouvertes pour venir en aide aux nombreux sinistrés canadiens. Le manque d’eau fut la cause de l’énorme étendue du désastre. Le réservoir de la côte à Baron (carré St-Louis) avait été vidé pour permettre l’installation de conduites d’eau plus grandes.

L’on comprend que ces désastres successifs, les plus considérables que Montréal ait éprouvés en l’espace de deux années, aient jeté la population entière dans le plus grand désarroi. Ils marquèrent un arrêt dans l’économie générale de la ville. Mais bientôt, des préoccupations d’un autre ordre occupèrent l’attention du public montréalais.

Incendies de 1856 à 1858

De 1856 à 1858, une suite d’incendies et d’explosions vinrent s’ajouter aux sinistres de 1850-1852. Ces tristes événements ne manquèrent pas d’augmenter le désarroi économique. De fait ces années-là furent marquées par un arrêt dans l’accroissement de la population et le développement de la ville. Ce fut, on peut le croire, le commencement de l’émigration des nôtres vers les États-Unis alors en pleine prospérité.

Dans l’après-midi du 6 avril 1856, un réservoir à gaz d’éclairage, situé rue Dalhousie, fit explosion. Toute l’installation fut détruite et ensevelit sous ses ruines quelques employés, occupés à localiser une fuite de gaz.

Deux mois après, un autre spectacle faisait accourir les foules sur les quais, pour être témoin cette fois d’un épouvantable désastre. En ce temps-là, les trains du Grand-Tronc traversaient le fleuve sur un bateau-passeur. Au moment où le bateau démarrait du quai de Longueuil, les chaudières à vapeur sautèrent et tous les passagers furent projetés pêle-mêle parmi les débris de ferrailles et de bois déchiquetés. L’accident, dû à la négligence du mécanicien, dit-on, causa la mort de 35 personnes et en blessa grand nombre d’autres.

Au mois de février, le Burnside Hall, le célèbre laboratoire du Dr Dawson, fut la proie des flammes. C’était une annexe de l’Université McGill et l’on résolut tout détruite de le reconstruire. Les autorités du McGill se chargèrent aussitôt de ce soin; elles y installèrent le premier High School, ouvert le 7 octobre 1856.

Le 10 décembre de la même année: le feu s’attaqua à la cathédrale anglicane du Christ Church, située rue Notre-Dame, sur le site de l’ancienne prison française.

Ce temple avait été construit vers 1805 et comptait parmi les plus beaux édifices d’architecture du temps. Lors de sa destruction, il n’était déjà plus au centre du quartier résidentiel anglais et il fut décidé de le reconstruire sur le coteau, où s’était établie la population protestante.

Le 21 mai 1857, on posait, au milieu de cérémonies religieuses officielles, la pierre angulaire du nouveau temple, au coin des rues Ste-Catherine et de l’Université. C’est l’un des plus beaux de la métropole.

Au mois de juin 1757, la nouvelle d’une catastrophe sur le Saint-Laurent jeta dans la consternation la ville entière. Le vapeur « Montréal », parti de Québec le 27 au soir, portant 500 émigrés écossais, avait pris feu durant la nuit, amenant des scènes d’horreur indescriptibles.

On fit d’inutiles efforts pour jeter le vaisseau à la côte; on ne réussit qu’à le faire échouer sur des hauts fonds de roche. Le « Napoléon », qui se trouvait dans les parages, se porta au secours du vaisseau en flammes; mais les chaloupes, mises à l’eau, ramenèrent surtout des cadavres à bord du « Napoléon ». Des 253 victimes arrachées aux flots, une quinzaine seulement furent inhumées à Montréal, les autres le furent à Québec. Parmi les rescapés, un jeune garçon de 14 ans, attira surtout l’attention de ceux qui assistèrent aux funérailles des naufragés. Il était le seul survivant d’une famille de 10 personnes. La Société écossaise St-André et le Y.M.C.A. se chargèrent du malheureux orphelin.

L’année 1859 s’ouvrit par un incendie, qui détruisit de nouveau la cathédrale St-Jacques, le 4 janvier. L’église fut reconstruite par le Séminaire qui se chargea aussi de la paroisse. Mgr Bourget décida de reconstruire ailleurs la cathédrale, la basilique actuelle, au carré Dominion.

Dès 1856, les citoyens, si cruellement éprouvés par les calamités de toutes sortes des années précédentes s’étaient remis à la besogne, avaient repris la tâche de rebâtir leur ville. « Cette année-là, dit un auteur3 est remarquable par l’activité intense déployée pour l’embellissement et le progrès matériel de Montréal. Au pavage nouveau des rues commerciales, on ajouta la réfection en macadam des avenues et des chemins qui y donnent accès.

De jolies fontaines ont été aménagées à divers endroits, de belles plantations d’arbres ont été faites devant les maisons d’habitation. Partout s’élèvent d’élégantes maisons neuves, de beaux magasins sont en cours de construction. Dans le port, le grand quai, réservé aux vapeurs océaniques, est maintenant terminé ainsi que sont inaugurés les spacieux édifices du Grand-Tronc, à la Pointe-St-Charles. Ouvriers, techniciens, manufacturiers et marchands contribuent largement à toutes ces entreprises qui se multiplient avec une célérité magique.

Angus
Caserne de pompiers d’Angus. Photo de Grandquebec.com.

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