Histoire de Montréal

Individu et sa complice conduits à la frontière

Individu et sa complice conduits à la frontière

Confidence-man à Montréal : La saison des escrocs internationaux est ouverte

Une histoire qui a eu lieu en 1932

Attention aux inconnus qui se montrent trop familiers! – Le cas malheureux de M. Sharpe

Jeudi dernier une automobile américaine portant deux personnes traversait le pont Victoria et entrait dans la ville de Montréal. Les deux occupants du véhicule étaient un homme d’âge moyen et une fort jolie femme. Tous deux, vêtus de façon impeccable. trônaient dans une voiture de grand prix.

Peu après leur arrivée dans un des grands hôtels de l’ouest, la Sûreté recevait un appel téléphonique du détective en charge de cette partie de la ville qui annonça la nouvelle de cette arrivée à son chef en lui disant qu’il croyait reconnaître un certain personnage bien connu des autorités.

Confidence-man connu

Après enquête fut vite établi que le nouveau visiteur venait en droite ligne de New-York et qu’il était bien connu dans cette ville et cans plusieurs autres grandes villes américaines comme un « confidence-man » de réputation internationale.

L’étranger, John Servo, était venu A Montréal il y a quelques années et plusieurs victimes étaient tombées dans ses filets. Cependant, dans le temps. il avait été découvert et avait dû retourner dans son pays.

Après quatre ans d’absence, il croyait pouvoir revenir ici sans crainte et recommencer de nouveau ses tristes exploits et faire de nouvelles victimes. Sa compagne était aussi connue des autorités américaines.

Les autorités décidèrent donc d’agir sans délai et l’homme fut rencontré par un détective qui lui laissa entendre que la meilleure chance qu’il pouvait faire était de reprendre le chemin de la frontière.

Indignation feinte

Certo se montra d’abord très indigné et protesta que l’on faisait erreur. Il n’était aucunement l’individu dont on voulait parler et déclara se nommer John Morris. propriétaire d’une chaine de théâtres dans des petites villes de l’État de Pennsylvanie. Il visitait Montréal en compagnie de sa femme et regrettait qu’une telle méprise put; être commise par les autorités de Montréal. Cependant quand son interlocuteur lui montra sa propre photographie, ainsi que celle de sa compagne, toutes deux provenant des filières de la police, il commença à faiblir pour finalement admettre identité.

Courte visite à Montréal

Comme aucune plainte n’avait encore été portée contre lui et que Ton voulait éviter, si possible, les frais de procédures en extradition. qui sont toujours fort coûteuses, il fallait décider Certo à retourner chez lui de son gré. C’est ce qu’il consentit à faire. Ses nombreux bagages, tous placés dans de riches valises, furent remis dans son automobile et le couple partit à destination de Plattsburgh le même soir. Afin d’être bien certain que ce n’était pas seulement un simulacre de départ que faisait l’Américain, le détective chargé de s’occuper de ce cas, décida de le suivre et automobile jusqu’à la frontière. C’est ca qu’il fit et l’officier ne revint à Montréal que quand ii fut certain que l’individu ne reviendrait plus ici.

Nombreux cas semblables

Ce cas n’est pas le seul de ce genre qui se ait produit dans Montréal depuis un an. L’an dernier quelques-uns de ces « confidence-men » purent se rendre à Montréal et réussirent à faire une couple de victimes, mais heureusement aucun citoyen de Montréal ne tomba dans leurs filets. La seule cause de ce genre qui réussit parfaitement fut celle où un M. Sharpe, venant de Kansas-City, perdit un montant de $25,000 à la suite d’une transaction au cours de laquelle il était sensé réaliser de magnifiques profits en prêtant cette somme à un ami d’occasion.

Préparatifs du filou

Sharpe était en voyage à Montréal, en compagnie de sa femme. Il devait passer environ un mois ici. M. Sharpe était le propriétaire d’une grosse ferme dans le Kansas et était assez âgé. C’était le premier voyage qu’il entreprenait depuis quelques années.

Étant à table dans un des restaurants locaux il fit la connaissance d’un homme âgé d’environ 50 ans qui déclara l’avoir déjà rencontré chez lui. L’homme lui donna même la description de sa demeure et de sa ferme, prouvant ainsi qu’il connaissait bien les lieux. Il inspira tellement confiance à M. Sharpe que ce dernier cru l’avoir connu toute sa vie. Les deux hommes visitèrent plusieurs endroits différents de la ville et des environs, se servant toujours de la magnifique automobile de l’étranger. Après quelques jours le compagnon de M. Sharpe, maintenant devenu son bon ami. commença à parler à mots couverts de certains profits énormes qu’il venait de faire à la bourse et surtout aux courses.

Un de ses frères était propriétaire d’un champ de courses dans le Kentucky. À chaque fois que l’occasion s’en présentait, ce frère télégraphiait à l’ami de Sharpe et lui disait quand il devait parier sur tel ou tel cheval. Justement le matin même il avait reçu une information et ce même après-midi le cheval avait remporté la victoire donnant un magnifique profit à ses supporteurs.

Cependant, comme M. Sharpe était intéressé et voulait parier de légers montants, son ami refusa absolument d’accepter ces paris, car son information pouvait faire défaut et l’argent de son ami serait ainsi perdu.

Tout est prêt

Après quinze jours de relations de plus cordiales, l’ami, qui donnait le nom de Braird, appela Sharpe au téléphone à bonne heure un matin de faveur et lui déclara qu’il aurait une grande faveur à lui demander. Il l’attendait dans une chambre d’un des grands hôtels de l’ouest. Sharpe, un peu inquiet, se rendit immédiatement à cet endroit. Rendu là Braird lui présenta un inconnu comme étant Je gérant d’une banque locale. Ce dernier venait d’entrer dans la chambre et déclara à Braird que, s’il ne pouvait trouver une somme de 450.000 dans le courant de la journée, la succursale américaine de la banque, se verrait forcée de ne pas lui payer les profits de $150,000 réalisés la veille dans un paris aux courses. La banque avait agi de bonne foi croyant que Braird avait réellement en dépôt dans Montréal le montant de $50.000 pour garantir sa bonne foi pour le montant qu’il avait parié sur une course internationale. Il avait gagné, mais avant de lui payer les profits réalisés, les autorités américaines tenaient à être assurées que tout avait été fait légalement.

Le gérant de la banque se retira donc en lui donnant rendez-vous pour deux heures le même après-midi. Cette nouvelle avait plongé Braird dans le plus profond désespoir. Il attendait son frère qui devait lui apporter l’argent. Ce dernier arriva peu après portant une valise. Il déclara cependant à Briard qu’ n’avait obtenu que la moitié de la somme nécessaire et qu’il lui était impossible de trouver la balance.

Quand le gérant de la barque était venu voir Braird, il venait pour lui remettre le bénéfice réalisé dans la transaction de la veille et avait également une valise supposée contenir le montant de $150, 000. En effet M. Sharpe pu voir de nombreuses liasses de billets de banque dont ceux d’en dessus étalent des billets de $100 et $500, cependant ceux-ci étaient faux.

Sharpe, saisi de pitié, décida d’aider son ami et de lui sauver la fortune réalisé la veille. Il télégraphia à sa banque à Kansas-City et leur demanda un emprunt de $25.000. La banque, sachant que son crédit était bon, ne voulut pas refuser cet emprunt. mais avant d’y consentir on téléphona à Sharpe lui disant d’être bien certain qu’on ne lui tendait pas un piège, mais sur son insistance on lui télégraphia immédiatement le montant demandé. Dés qu’il eut reçu l’argent Sharpe le remit à Braird qui le plaça entre les mains du banquier lequel se rendit dans le bureau de l’hôtel at plaça l’argent dans une boite de sûreté en présence de Sharpe. On lui remit même un double de la clef.

Le même après-midi, à l’heure à laquelle Braird devait recevoir les profits de son pari et remettre l’argent de Sharpe, plus un magnifique profit, ce dernier se rendit à l’hôtel pour apprendre que son ami était parti depuis une couple d’heures, en important l’argent avec lui. Le désespoir de la pauvre victime faisait peine à voir. Il tenta de se mettre en communication avec le gérant de la banque mais découvrit vite que ce dernier n’était que le complice de Braird et qu’il avait été la victime de deux escrocs des plus habiles.

La police fut mise au courant de tout ce qui s’était passé et après bien des efforts les bandits furent retraces. Ils comparurent ici et furent remis en liberté sous un fort cautionnement. Cependant depuis ils n’ont pas été revus et Sharpe n’a retrouvé qu’une partie de son argent. Il a dû vendre sa ferme afin de rembourser l’emprunt contracté à la banque.

(Le Petit Journal, 18 mai 1930).

Quand on est malin et enjoué comme l’écureuil, l’ont parvient à berner le plus chevronné de ses collaborateurs. (Moucrar Keïta).

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