Histoire de Montréal

Incendie du Quartier chinois

Incendie du Quartier chinois

Incendie du Quartier chinois de Montréal en 1950

n million de dégâts, 4 morts, 10 disparus – On compte aussi 40 blessés dans l’incendie de notre quartier chinois

Au moins quatre personnes ont perdu la vie, et une quarantaine d’autres ont été plus ou moins grièvement blessées, hier matin (le 2 mars 1950), lors d’un funeste incendie de $1,000,000 qui a ravagé tout un pâté d’immeubles du vieux quartier chinois de la métropole. En outre de ce tragique bilan, on croit à la possibilité qu’une dizaine d’autres personnes ensevelis sous les décombres recouverts d’une épaisse couche de glace, car il faisait un froid des plus vifs au moment du sinistre. Un de ceux qui perdirent la vie est M. Ling Sue, chinois de 66 ans, qui, les vêtements en flammes, se tua en sautant sur le sol, du haut d’un troisième étage.

Les corps calcinés de trois autres victimes – dont on ne connaît pas encore l’identité – furent retirés des débris quelque six heures après le début du terrible incendie, et aussi transportés à la morgue de la rue Saint-Vincent, pour fins d’identification et d’enquête du coroner. Il s’agit dans ce dernier cas de deux adultes, dont une femme, et une adolescente, apparemment tous trois des Chinois ou des Japonais.

Cause inconnue

Cette incendie – dont la cause est jusqu’ici indéterminée – et qui détruisit virtuellement toutes les bâtisses sises dans le quadrilatère borné par le boulevard Saint-Laurent, la rue Clark et les rues Dorchester et Lagauchetière, se déclare peu après 0 heures, du matin, dans l’édifice de trois étages qui abrite, au sous-sol, le café « Lotus Garden ».

En l’espace de moins d’un quart d’heure, trois alertes furent données. Environ 500 pompiers d’une trentaine de casernes combattirent les flammes avec acharnement pendant plusieurs heures, avec une multitude de puissantes lances, avant de pouvoir finalement maîtriser les éléments au début de l’après midi. On donna le « retour » à 1 h. 19 ce qui signifie qu’à ce moment, la situation était sous maîtrise, et que les sapeurs de plusieurs casernes purent alors réintégrer leurs casernes respectives en cas d’urgence en d’autres quartiers.

Une explosion

Une explosion se produisit au commencement de l’incendie, est les flammes se propagèrent avec une rapidité vertigineuse. Le travail de la brigade fut fortement compliqué par le fait que le thermomètre marquait une température de huit sous zéro à ce moment.
Sauve qui peut !

Des occupants des immeubles mentionnés se sauvèrent, les uns en traversant en courant des couloirs remplis de fumée acre, d’autres en sautant sur le sol du haut de fenêtre des étages supérieurs, quelques-uns utilisant des draps et des couvertures noués afin de pouvoir atteindre le sol enneigé. Plusieurs personnes se fracturèrent une jambe ou un pied ; un homme se fractura la colonne vertébrale et un autre reçut des lésions internes.

Gisant blessées et en légers vêtements de nuit, sur la chaussée glacée, de nombreuses victimes durent attendre là du secours de policiers et autres, qui les placèrent dans des ambulances. On les transporta tous à l’édifice du centre de l’hôpital Général de Montréal, à St-Luc, à Notre-Dame et à Victoria.

Partie de cartes

Cinq jeunes Chinois – garçons de table dans ce quartier – et qui étaient alors à jouer aux cartes dans un club du voisinage, furent parmi les premiers à se lancer sur la chaussée, quand l’incendie accompagné d’une formidable explosion, se produisit.

Ces garçons de table coururent alors vers un immeuble en construction, où ils se procurèrent sans délai plusieurs échelles pour fins de sauvetage. À cette occasion, ils sauvèrent quatre hommes emprisonnés dans la neige, sur le toit d’un immeuble. Il faisait excessivement froid à ce moment, cependant qu’un des hommes secourus n’avait alors qu’une serviette en guise de vêtements.

Pompiers blessés

Deux pompiers du service des incendies de Montréal furent également légèrement blessés au cours des manoeuvres.

Monsieur Adalbert Cayer, 1094, rue St-Dominique, contremaître à l’emploi de la ville de Montréal, venait d’arriver aux entrepôts des accessoires de déneigement, rue Clark, quand les flammes se déclarèrent de l’autre côté de la chaussée.

Avec l’aide de deux confrères, MM. Antoine de Souligny et J. Shart, il effectua le sauvetage d’une demi-douzaine de personnes, en utilisant une petite échelle.

« À deux ou trois reprises, je transportais dans la rue des personnes en grand danger, qui avaient pu atteindre le toit d’un garage, et j’ai empêché une fillette de se tuer, au moment même où elle allait se lancer sur le pavé. De même que des femmes qui allaient agir de la même façon » déclarait hier, M. Cayer.

On a exprimé l’opinion, hier soir, que l’explosion d’une fournaise à l’huile aurait été la cause de cet horrible sinistre, qui, non seulement fit de nombreux blessés, mais jeta aussi sur le pavé des centaines de personnes.

Une enquête

La commissaire des incendies, Me Jean Saint-Germain, ouvrira une enquête, la semaine prochaine, dans cette tragique affaire. Le lieutenant-détective Joseph Laroche, de la Sûreté municipale, et attaché à la Cour du coroner, a déclaré qu’il faudrait plusieurs jours avant de pouvoir déblayer les débris qui bloquent actuellement le sous-sol du café Lotus Garden et d’un hôtel contigu, soit dans l’immeuble desquels l’incendie semble avoir pris naissance.

Campagne de secours

Une campagne de secours pour aider les sinistrés sera faite, incessamment, selon M. Gordon Yuen, personnalité bien connue de la communauté chinoise. M. Yuen a déclaré que c’était le premier incendie de cette envergure, dans le quartier chinois à sa connaissance.

Parmi les personnes portées disparues, on remarque Mme Pat Hank Chang, 28 ans, et sa sœur, Joyce, qui est âgée de 17 ans. Il est possible que ce soit leurs cadavres calcinés qui reposent présentement sur les dalles de la morgue, parmi ceux dont on ne connaît pas encore l’identité.

À l’hôpital

Furent transportés à l’édifice du centre de l’hôpital Général de Montréal, M. Wo Wung, 72 ans, de l’hôtel Lotus Garden, qui souffre de graves brûlures, et dont l’état est grave ; M. Harry Lowe, 21 ans, du même endroit, visiteurs de New York, en visite, ici, qui souffre de brûlures et de fracture à une jambe ; M. Howe Louis, 29 ans, 1059, rue Clark, lacérations et coupures multiples, et M. Mie Koga, 40 ans, de l’hôtel Lotus Garden, qui a des vertèbres fracturées.
À l’hôpital Notre-Dame, on a transporté d’urgence Mlle Liliane Séville, 32 ans, de l’hôtel Lotus Garden qui a possiblement l’épine dorsale fracturée, et M. Willie Tow, 40 ans, du même hôtel, qui a de graves brûlures généralisées.

Quatre autres blessés purent quitter cette même institution après avoir été pansés au dispensaire.

Monsieur Eng Wahfey, 42 ans, de l’hôtel Lotus, fut blessé à la colonne vertébrale en sautant sur le sol, du haut d’une fenêtre, et on le transporta à l’hôpital Saint-Luc où il est maintenant en observation en attendant le résultat de radiographies prises afin de déterminer s’il y a fracture.

Deux autres personnes – notamment le pompier René Plaisance, 22 ans, de la caserne #20 (rue Craig), purent quitter cet hôpital, après avoir été pansés.

Monsieur Wah Fong, 46 ans, 1012, rue Clark, qui se fractura également une jambe en sautant du haut d’une fenêtre, fut transporté à Victoria, pour hospitalisation.

Les recherches dans les décombres sont excessivement dangereuses et les pompiers travaillent avec grand soin, car il y a toujours possibilité que des murailles des édifices détruits s’écroulent subitement.

Pour en apprendre plus :

portes du quartier chinois
La porte d’entrée du quartier chinois de Montréal. Photographie de GrandQuebec.com.

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