Histoire de Montréal

L’immigration freine le déclin

L’immigration freine le déclin

L’immigration à Montréal freine le déclin

Montréal continue néanmois de s’appauvrir et reisque de descendre sous le million d’habitants

La ville de Montréal continue inexorablement de perdre des habitants au profit de la banlieue, mais son déclin a été freiné au cours des dernières années par une arrivée massive d’immigrants. En fait, seule l’immigration internationale a sauvé Montréal de « l’humiliation » de voir sa population tomber sous le chiffre magique d’un million d’habitants. Cependant, cet apport démographique n’a pas stoppé l’appauvrissement de Montréal, parce que les gens qui emménagent en ville ont des revenus inférieurs à ceux qui en sortent.

Selon des données compilées spécialement par Statistique Canada pour le compte de La Presse, la ville de Montréal (le territoire de la municipalité) comptait le 1er juillet dernier 1 031 963 habitants, une baisse de 1,3 % par rapport à 1991. Au cours des cinq années précédentes, le déclin avait été plus prononcé avec une diminution de 1,7 %.

Les données de Statistique Canada incluent les résidents non permanents, c’est-à-dire les étrangers en visite temporaire comme les étudiants et certains travailleurs, ainsi que les revendicateurs du statut de réfugié. En excluant ces étrangers qui ne sont pas officiellement des immigrants, la population de Montréal se tient tout juste sur la ligne du million. Les estimations de l’agence des statistiques doivent être confirmées par les résultats du dernier recensement mené le 14 mai 1996, mais dont les données ne seront publiées qu’en avril prochain.

C’est l’arrivée massive dans la ville de Montréal de près de 100 000 immigrants internationaux depuis 1991 (la ville attire 45% de tous les immigrants au Québec, et l’île de Montréal plus de 80 %) qui a freiné le déclin démographique de la métropole. En même temps, l’étalement urbain sur la Rive-Sud et au nord de la rivière des Prairies ralentissait aussi (voir le graphique) en raison notamment du vieillissement de la population montréalaise. Ce sont d’abord les ménages jeunes qui déménagent en banlieue éloignée (l’âge moyen est de 39 ans dans la Communauté urbaine de Montréal et de 37 ans dans l’ensemble de la grande région métropolitaine).

S’il a ralenti, le déclin démographique de Montréal ne s’est tout de même pas arrêté, de telle sorte que le poids de la ville centrale continue de diminuer dans l’ensemble métropolitain (35,1 % de la population de la région habitait la ville de Montréal en 1986, mais 30,7 % l’an dernier).

D’autre part, les nouveaux arrivés à Montréal ont des revenus inférieurs aux gens qui partent pour la banlieue, selon le démographe Jacques Buy, des services de recherche de la Ville de Montréal. De telle sorte que la ville continue de s’appauvrir malgré l’apport de l’immigration.

Montréal a ainsi perdu deux milliards de dollars de revenus familiaux en raison des migrations vers l’extérieur de la ville pendant la seule année 1990. Il s’agissait de 12 % de tous les revenus annuels des ménages montréalais, signale le démographe, qui croit que les pertes s’accroissent d’année en année.

« Montréal n’a pas la capacité de retenir les ménages ayant des revenus supérieurs », commente M. Buy en signalant que la ville reçoit aussi les immigrants les plus pauvres. Il est à noter que les immigrants ne connaissent pas la langue française deux fois sur trois, modifiant d’autant le paysage linguistique souvent explosif de la métropole.

Sous le million d’habitants

D’autre part, le « sauvetage » démographique réalisé par les immigrants à Montréal au cours des dernières années n’est pas près de se répéter et la ville risque de descendre bientôt sous le million d’habitants.

Le gouvernement du Québec a en effet réduit considérablement les admissions d’étrangers, qui sont maintenant deux fois moins nombreuses qu’au début des années 1990. Seuls les demandeurs de l’asile politique, généralement les plus pauvres des immigrants, continuent d’affluer en grand nombre au Québec et à Montréal surtout.

Le principal pôle économique

Au cabinet du ministre d’État à la Métropole, Serge Ménard, on admet que l’immigration n’a ralenti que temporairement le déclin démographique, mais on insiste sur le fait que l’importance de Montréal n’est pas liée seulement à son poids démographique. « Montréal demeure le principal pôle économique et exerce une grande attraction culturelle », souligne le porte-parole du ministre, Simon Lacroix.

Il n’en reste pas moins que l’étalement urbain, surtout dans la couronne nord où la croissance de la population a dépassé largement les 50 % en plusieurs endroits depuis dix ans, a déjà commencé à faire sentir ses effets notamment dans les domaines de la santé et de l’éducation, puisque hôpitaux et écoles suivent naturellement les flux démographiques.

(Ce texte a paru dans le journal La Presse le 14 février 1997).

Mémorial à l'immigration à New York. Image de GrandQuebec.com.
Mémorial à l’immigration à New York. Image de GrandQuebec.com.

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