Histoire de Montréal

Histoire de Montréal : Faits divers

Histoire de Montréal : Faits divers

Faits divers dans l’histoire de Montréal, entre 1850 et 1860

(d’après Camille Bertrand, tiré du livre « Histoire de Montréal », publié en 1942)

En même temps que l’histoire générale et officielle enregistre les grands événements et retrace les courants politiques et sociaux, où se débattent les hommes, une autre plus modeste se déroule en même temps, qui est faite de gestes journaliers, accomplis dans le rythme régulier, uniforme et parfois bien monotone de la besogne quotidienne de chacun. N’est-ce pas Sainte-Beuve qui disait que pour écrire l’histoire complète d’un peuple, il faudrait connaître le foyer de chaque famille, la croissance de chaque arbre de la forêt ?

Une telle entreprise n’est guère réalisable. Il faut se résigner, en attendant mieux, à raconter les faits et gestes qui sortent de l’ordinaire courant de la vie, les entreprises nouvelles qui surgissent, et à saisir la portée des actes imprévus, à rappeler les événements fortuits et malheureux, qui obligent à reprendre la tâche. Sur le plan de la vie régulière et ordonnée, se détachent souvent des incidents heureux ou malheureux, des occurrences imprévues que les hasards de la vie multiplient sous nos pas. Tout cela défie la synthèse et se classe dans la simple chronique.

Tel est le caractère des pages qui suivent, où l’on raconte les faits divers en succession.

En 1850, Montréal se prépara à prendre part à l’exposition universelle de Londres, qui devait avoir lieu l’année suivante. Dans ce but, une grande foire fut montée au nouveau marché Bonsecours, où furent exposés les produits de la ferme et des manufactures. Pendant une semaine, la population du district et des environs visita les divers étalages; et le soir du 17 octobre, il y eut banquet officiel, danse et grand feu d’artifice. Toute la ville était en fête. Ce jour-là plus de 25,000 personnes s’étaient rendues à l’exposition, la première tenue à Montréal.

Leurs commentaires sur les produits exposés permirent aux organisateurs de choisir les plus beaux spécimens qui furent envoyés à l’exposition anglaise.

Cinq ans plus tard, on organisa une seconde exposition canadienne au même endroit, en vue de l’exposition universelle de Paris de 1855. Cette foire remporta un succès identique à la première. Le pavillon canadien en France était sous la direction d’un M. Alfred Perry. Cette fois le Canada se vit décerner 93 médailles pour ses plus beaux exhibits.

En 1853, la visite d’un prêtre apostat fut l’occasion d’un incident qui faillit prendre les proportions d’une émeute. Gavazzi, étranger italien, donnait, dans le temple « Zion », des conférences religieuses, où il attaquait les croyances catholiques, quand un groupe de Canadiens ardents se mirent en tête d’empêcher le prédicant de déblatérer contre ses anciens coreligionnaires. Le désordre, commencé dans la rue, gagna le temple, où les perturbateurs s’attaquèrent à la fois aux auditeurs aussi bien qu’à l’orateur. Un détachement du 26e régiment fut immédiatement appelé pour rétablir l’ordre. Mais la passion religieuse était telle dans les deux groupes d’adversaires que les militaires durent user de la force pour faire cesser les coups de violence portés de part et d’autre. Le combat terminé on releva une trentaine de blessés et quelques morts. Les manifestants, matés sur ce terrain, se rendirent à l’hôtel-de-ville, en haut du marché Bonsecours, et exercèrent leur fureur sur un portrait du maire Wilson, en découpant dans la toile la tête et les épaules du premier magistrat, qui avait eu recours à la force armée pour mâter la foule en délire. Le résultat le plus clair de cette échauffourée populaire, fut de jeter dans la population mixte de Montréal des sentiments de haine réciproque, qui se manifesteront de façon regrettable plus tard dans l’affaire Guibord, par exemple (1870) et l’incartade des orangistes, durant la procession eucharistique de 1885.

Toutes ces passions religieuses sont aujourd’hui heureusement disparues et Montréal n’a pas à regretter tout le mal qu’elles nous ont fait.

À l’été de 1855, la France reparut sur nos bords. Le navire de guerre « la Capricieuse », commandé par l’amiral de Belvèze, entrait dans le port de Montréal, aux acclamations de toute la population française. Il y avait cent ans que pareil spectacle n’était offert aux regards réjouis du peuple canadien. L’amiral français avait surtout pour mission d’étudier sur place les moyens de rétablir des relations plus suivies, des rapports d’affaires entre la France et son ancienne colonie. L’heure était en effet favorable pour une reprise de contact entre les deux pays, alors que l’Angleterre et la France étaient unies dans la guerre de Crimée.

De lait la prise de Sébastopol (sept. 1855) avait été l’occasion de réjouissances publiques également partagées par les Anglais et les Canadiens de Montréal. Aussi, lorsque le 39e régiment britannique, qui avait servi dans la guerre de Crimée, fut transféré à Montréal l’année suivante, toute la population fit-elle aux vétérans une grandiose réception. Quand les deux vaisseaux, le « John Munn » et le (( Québec )> entrèrent dans le port, une salve d’artillerie salua les vainqueurs de Sébastopol. Sur les quais, civils et militaires se mêlèrent au milieu des acclamations de la foule. Adresses, parade militaire, arcs de triomphe, banquets marquèrent cette journée mémorable.

La dernière guerre avait comme ravivé l’esprit militaire au pays et un groupe de citoyens furent autorisés à former le 100e Régiment royal du Prince de Galles, composé de 600 hommes. Après quelques mois d’exercices à l’île Ste-Hélène, le premier régiment canadien régulier s’embarqua pour l’Angleterre et fut versé dans l’armée britannique permanente.

De 1856 à 1858, une suite d’incendies et d’explosions vinrent s’ajouter aux sinistres de 1850-1852. Ces tristes événements ne manquèrent pas d’augmenter le désarroi économique. De fait ces années-là furent marquées par un arrêt dans l’accroissement de la population et le développement de la ville. Ce fut, on peut le croire, le commencement de l’émigration des nôtres vers les Etats-Unis alors en pleine prospérité.

Dans l’après-midi du 6 avril 1856, un réservoir à gaz d’éclairage, situé rue Dalhousie, fit explosion. Toute l’installation fut détruite et ensevelit sous ses ruines quelques employés, occupés à localiser une fuite de gaz.

Deux mois après, un autre spectacle faisait accourir les foules sur les quais, pour être témoin cette fois d’un épouvantable désastre. En ce temps-là, les trains du Grand-Tronc traversaient le fleuve sur un bateau-passeur. Au moment où le bateau démarrait du quai de Longueuil, les chaudières à vapeur sautèrent et tous les passagers furent projetés pêle-mêle parmi les débris de ferrailles et de bois déchiquetés. L’accident, dû à la négligence du mécanicien, dit-on, causa la mort de 35 personnes et en blessa grand nombre d’autres.

Au mois de février, le Burnside Hall, le célèbre laboratoire du Dr Dawson, fut la proie des flammes. C’était une annexe de l’Université McGill et l’on résolut tout de suite de le reconstruire. Les autorités du McGill se chargèrent aussitôt de ce soin; elles y installèrent le premier High School, ouvert le 7 octobre 1856.

Le 10 décembre de la même année: le feu s’attaqua à la cathédrale anglicane du Christ Church, située rue Notre-Dame, sur le site de l’ancienne prison française.

Ce temple avait été construit vers 1805 et comptait parmi les plus beaux édifices d’architecture du temps. Lors de sa destruction, il n’était déjà plus au centre du quartier résidentiel anglais et il fut décidé de le reconstruire sur le coteau, où s’était établie la population protestante. Le 21 mai 1857, on posait, au milieu de cérémonies religieuses officielles, la pierre angulaire du nouveau temple, au coin des rues Ste-Catherine et de l’Université. C’est l’un des plus beaux de la métropole.

Au mois de juin 1757, la nouvelle d’une catastrophe sur le Saint-Laurent jeta dans la consternation la ville entière. Le vapeur (( Montréal », parti de Québec le 27 au soir, portant 500 émigrés écossais, avait pris feu durant la nuit, amenant des scènes d’horreur indescriptibles.

On fit d’inutiles efforts pour jeter le vaisseau à la côte; on ne réussit qu’à le faire échouer sur des hauts-fonds de roche. Le « Napoléon », qui se trouvait dans les parages, se porta au secours du vaisseau en flammes; mais les chaloupes, mises à l’eau, ramenèrent surtout des cadavres à bord du « Napoléon ». Des 253 victimes arrachées aux flots, une quinzaine seulement furent inhumées à Montréal, les autres le furent à Québec. Parmi les rescapés, un jeune garçon de 14 ans, attira surtout l’attention de ceux qui assistèrent aux funérailles des naufragés. Il était le seul survivant d’une famille de 10 personnes. La Société écossaise St-André et le Y.M.C.A. se chargèrent du malheureux orphelin.

L’année 1859 s’ouvrit par un incendie, qui détruisit de nouveau la cathédrale St-Jacques, le 4 janvier. L’église fut reconstruite par le Séminaire qui se chargea aussi de la paroisse. Mgr Bourget décida de reconstruire ailleurs la cathédrale, la basilique actuelle, au carré Dominion.

Dès 1856, les citoyens, si cruellement éprouvés par les calamités de toutes sortes des années précédentes s’étaient remis à la besogne, avaient repris la tâche de rebâtir leur ville. « Cette année-là, dit un auteur (A. Syndham: Sketches of Montréal, p. 145) est remarquable par l’activité intense déployée pour l’embellissement et le progrès matériel de Montréal. Au pavage nouveau des rues commerciales, on ajouta la réfection en macadam des avenues et des chemins qui y donnent accès.

De jolies fontaines ont été aménagées à divers endroits, de belles plantations d’arbres ont été faites devant les maisons d’habitation. Partout s’élèvent d’élégantes maisons neuves, de beaux magasins sont en cours de construction. Dans le port, le grand quai, réservé aux vapeurs océaniques, est maintenant terminé ainsi que sont inaugurés les spacieux édifices du Grand-Tronc, à la Pointe-St-Charles. Ouvriers, techniciens, manufacturiers et marchands contribuent largement à toutes ces entreprises qui se multiplient avec une célérité magique.

En mars 1860, le Conseil des Arts et Manufactures entreprit la construction d’un grand bâtiment central pour la tenue d’une exposition annuelle des produits manufacturés de toutes sortes. Les travaux, poussés avec activité, furent terminés dès l’été. L’édifice, situé rue Ste-Catherine, avait de larges proportions en vue de développements futurs. Ce genre d’entreprise publique est, si l’on peut dire, pour le commerce et l’industrie, ce qu’est un examen de fin d’année pour une école bien organisée.

C’est l’occasion d’établir la somme des progrès accomplis et le moyen de deviser d’améliorations nouvelles. L’entreprise n’est généralement pas payante au jour même; mais les résultats du lendemain sont incontestablement fructueux. Depuis trente ans ou plus, la ville de Montréal s’est privée de cet actif réel dans sa vie économique.

Aucun de nos administrateurs n’a réussi à rétablir ce rouage important de la machine économique. Tous ceux qui ont voulu tenter l’aventure se sont vus rebuter par les hommes de la finance et les chefs de l’industrie. En 1860, l’on avait plus d’audace et d’esprit d’entreprise.

Vieux port
Le Vieux-Port de Montréal. La soirée. Image de Megan Jorgensen.

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