Histoire de Montréal

Ce qui se passe au club de nuit

Ce qui se passe au club de nuit

Ce qui se passe au club de nuit de Montréal, en 1952

Dans une causerie humoristique intitulée (Images de Montréal », Maître Alban Flamand décrivait ainsi hier soir ce qui se passe au club de nuit :

« La danse et la musique y grouillent, frétillent, piaffent, sursautent, trépignent. Ce n’est plus un passe-temps, c’est une culture physique pour nerveux en quête d’épuisement.

Samba, rumba, boogie-woogie, fox-trot, jitter-bug, désarticulent danseurs et danseuses dans des rondes endiablées. En avant, en arrière, à gauche, à droite, en l’air, à terre, les mâles lancent les femelles et les rattrapent, les bousculent et les raccrochent, les secouent et les maîtrisent, les ballottent et les déposent, comme marionnettes, comme pelotes, comme football. »

Et au sujet du cinéma français, M. Flamand, qui parlait alors au Ritz, à un dîner du Club des anciens de Sainte-Marie, a déclaré ceci :

« Le cinéma français, tout coupé, tout morcelé, tout censuré, nous raconte des morceaux d’intrigue qui, n’ayant plus de corps, n’ont plus ni queue ni tête. »

La campagne de pureté

Nous avons encore le club de nuit et le cinéma censuré. Naguère, ce n’était pas la même chose.

Naguère, dit M. Flamand, on voyait des danseuses qui dansaient sans voile la danse des sept voiles et concurrençaient nos facultés de médecine en initiant à l’anatomie ceux dont l’anatomie n’était pas matière d’examen. Rues Vitré, Dumarais, Hôtel-de-Ville, des maisons closes ouvraient leurs volets volages. Entre Craig et Sherbrooke, ces deux nobles anglais, de Sanguinet à Saint-Laurent, ces deux grands politiques canadiens-française, il était coutumier que la politique perde sa souplesse et la noblesse sa politique.

Mais Pacifique Plante vint !

Les dés et les fées s’enfuient à toutes jambes hors nos murs, suivis de près par une Saint-Cyr haletante dont le lys célèbre n’a rien de commun, ne pas confondre, avec les vierges et le Saint-Cyr de Madame de Maintenon. »

Voici d’autres extraits de la causerie de M. Flamand.

Rue Saint-Laurent

Rue Saint-Laurent, cette frontière bilingue d’un Montréal anglais et français, le Monument National alterne les opérettes et les concours de beauté pour sexe fort. Les muscles sans esprit y succèdent aux ténors sans voix. La Corse, l’Italie, la France, la Grèce nous envoient ses Dassary, ses Guétary, ses Hyrigoyen, nous fournissons les biceps, les tendons, les tendrons. Ténorinos et petits maillots y font excellent ménage. Et notre élite populaire s’entasse pour goûter des spectacles où le chant n’est pas beau et la beauté pas harmonieuse. »

Notre comité exécutif

Il faut admettre en toute honnêteté que notre Comité exécutif se tire bien d’affaire. Il répare nos pavages en novembre afin que les gels de l’hiver puissent endommager quelque chose et pour que nos rues, l’été, ne soient pas platement uniformes. Il multiplie les feux de circulation et ne les synchronise pas, afin que l’automobiliste souvent arrêté, contemple tous les charmants aspects de nos rues. Il prohibe le stationnement un peu partout pour que ceux qui doivent stationner payent le salaire des recorders et autres officiers de de notre justice municipale. Il a étatisé la Compagnie des Tramways parce que le public était mal servi, afin de lui offrir au moins quelques abris immobiles quand il neige ou quand il pleut sur la ville. Chaque hiver il nous taxe pour l’enlèvement, l’hiver d’avant, de la neige tombée l’autre hiver d’avant. Il multiplie les règlements pour occuper ses policiers, à pieds, à motocyclettes ou à cheval, et pour dorer la « badge » du chef.

Montréal ne s’égare pas dans ce labyrinthe complexe aux issues compliquées, grâce à un coordonnateur calme, clairvoyant, énergique, grâce à son directeur des services. Elle l’a trouvé, diplomate et souriant, parmi les avocats et parmi les anciens du Collège Sainte-Marie. Notre cher et savant confrère Louis Lapointe sauve tous les jours notre ville des dangers multiples que suscitent nos quatre-vingt-dix-neuf édiles et leur comité exécutif. »

(Publié dans Le Canada, le 5 février 1952).

Vitrine de la rue St-Paul
Une vitrine de la rue Saint-Paul, photo de GrandQuebec.com

Laissez un commentaire

Votre adresse de messagerie ne sera pas publiée. Les champs obligatoires sont indiqués avec *