Histoire de Montréal

Établissement stable de Ville-Marie

Établissement stable de Ville-Marie

Établissement stable de Ville-Marie (1653 – 1660)

Paul de Maisonneuve, semble avoir douté du succès de son oeuvre. De l’avis de Mlle Mance, il résolut de passer en France (octobre 1651) pour faire connaître à la Compagnie de Montréal la triste et inquiétante situation de sa colonie. Ne pouvant compter sur aucun secours de Québec, pour lutter avec
avantage contre la barbarie sauvage, qui s’acharnait à détruire à mesure que l’on édifiait, le gouverneur avertit la fondatrice que, s’il ne réussissait pas à ramener de France au moins cent hommes, il ne reviendrait pas au pays et que tous les colons auraient à retourner dans leur ancienne patrie.

C’est alors que la Providence paraît bien être venue au secours de Ville-Marie et cela de la façon dont le marque saint Paul: en choisissant pour instrument de son action ce que l’homme, dans sa prétentieuse ignorance, estime faible et inhabile. (Il ne s’agit pas ici de miracle; mais dans la vie des peuples comme dans celle des individus, il est des moments, où l’action des causes secondes impose le silence ou fait éclater le cri de foi).

Ce fut une femme qui empêcha l’anéantissement de Montréal et en devint, par son geste héroïque, comme la seconde fondatrice: Jeanne Mance. Laissons-la nous dire elle-même dans la pure simplicité de son beau langage cette conduite admirable qui sauva notre patrie:

« ….Moi, faisant réflexion sur notre état désolant, et étant dans une grande peine et angoisse d’esprit de voir les choses en une telle extrémité, je recommandai très humblement à Dieu et à la très sainte Vierge cette habitation de Ville-Marie, sous la protection de laquelle elle est placée, la suppliant très instamment d’avoir pitié de nous et de tout ce pauvre pays désolé. Comme je savais que 22 000 livres de la fondation de l’hôpital avaient été placées chez M. de Renty, qui étaient prêtes à être remboursées, il me vint à l’esprit qu’un bon moyen pour nous tirer de cet état de faiblesse, ce serait de prendre cette somme pour l’employer à nous amener du renfort; qu’il valait mieux conserver de cette manière l’habitation de Ville-Marie que de l’abandonner, faute de secours, à la merci et aux furies insolentes des Iroquois. Que ces barbares prendraient de là sujet de se moquer de notre religion et de mépriser notre Dieu disant qu’il nous aurait ainsi abandonnés … Je voyais que ce serait une grande honte et une confusion insupportable, après ce que tant de saintes et illustres personnes avaient fait en faveur de Ville-Marie … Et je crus que Madame la Fondatrice de notre hôpital en recevrait une affliction insupportable et non pareille.

Ainsi me figurant que j’étais en sa présence, je crus lui faire un plaisir indicible en proposant à M. de Maisonneuve de prendre cette somme de 22 000 livres pour conserver aux pauvres de ce lieu les deux autres tiers… et sauver par là un pays où infailliblement Dieu serait beaucoup honoré, en retirant une infinité d’âmes des ténèbres de l’infidélité. Qu’enfin quand la fondation entière de cette bonne dame ne servirait qu’au seul bien d’avoir conservé ce pays, ce serait assez de consolation pour elle.

Après avoir fait ces réflexions en moi-même, je sentis mon esprit et mon coeur si assurés du consentement de notre Fondatrice, et si affermis dans cette conviction que je ne pus avoir là-dessus le moindre doute.

Aussi je m’en allai incontinent chez M. de Maisonneuve pour lui faire cette même proposition. » (Archives du Séminaire de Québec. Écrits de Mlle Mance).

Tournesols en hiver. Photo de GrandQuebec.com.
Tournesols en hiver. Photo de GrandQuebec.com.

1 commentaire

  1. Nicole

    2021/02/15 at 10:04

    Alors, voilà pourquoi nous avons dans le quartier Ville-Marie plusieurs résidences pour les personnes à faible revenu sous le nom « Habitations Jeune-Mance ». Il y a au moins une dizaine d’immenses immeubles avec des jardins, piscines intérieurs et terrains sportifs. Tout en mémoire de cette formidable dame.

    Son geste rappelle la  » Ballade des dames du temps jadis  » de François Villon. Cette œuvre, bien que fut écrit deux siècles plus tôt, aurait bien pu inclure le nom de Jeanne-Mance.

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