Histoire de Montréal

L’eau-de-vie et le baron d’Avaugour

L’eau-de-vie et le baron d’Avaugour

L’eau-de-vie à Montréal et l’opposition du baron d’Avaugour

La Ville-Marie, la ville de Maisonneuve n’avait guère connu jusqu’ici les tristes ravages de l’eau-de-vie; mais la contagion, qui faisait déjà beaucoup de mal aux établissements plus anciens, s’étendit un peu de ce côté, à mesure que la population augmentait en nombre. Le gouverneur dut édicter des ordonnances sévères pour réglementer le commerce dangereux des boissons et en prévenir autant que possible les abus.

Par malheur, le gouverneur général, M. d’Avaugour, avait là-dessus des vues si opposées à celles de l’évêque de Québec et des autorités de Montréal qu’il était bien difficile de mener campagne efficace contre le troc des liqueurs fortes pour les pelleteries des sauvages. Ceux-ci faisaient de l’eau-de-vie un usage immodéré et se livraient alors à toutes sortes de dévergondages, dont les Français, comme eux-mêmes, étaient souvent les malheureuses victimes.

Le baron d’Avaugour, déjà mal disposé à l’égard du gouverneur de Montréal, ne garda plus de mesure devant l’attitude énergique de M. de Chomedey sur cette question de l’eau-de-vie, et lui fit subir toutes sortes de tracasseries. Il désavoua injustement les ordonnances rendues par M. de Maisonneuve sur le commerce des boissons enivrantes. Ce désaveu, par l’autorité supérieure, des lois nécessitées par les circonstances, était vraiment scandaleux. De regrettables conséquences suivirent bientôt cette conduite impolitique et abusive.

On constate malheureusement, par les archives judiciaires de l’époque, que la licence et l’inconduite, chez les blancs comme chez les sauvages, furent le triste résultat de la malencontreuse ingérence du gouverneur de Québec dans les affaires de Montréal.

Dans une autre occasion, M. d’Avaugour montra de nouveau la même opposition mesquine aux vues de M. de Maisonneuve. Celui-ci avait décidé d’aller en France, pour représenter à la Compagnie les impérieux besoins de Ville-Marie et pourvoir aux moyens de la défendre de façon permanente contre les Iroquois, toujours acharnés à sa perte. Dans le même temps, il était fortement question à Paris de céder à la Compagnie de Saint-Sulpice les droits et privilèges des Associés de Montréal sur l’Île et la Seigneurie.

Le gouverneur et Jeanne Mance, comme principaux intéressés dans cette importante transaction, devaient se rendre à Paris pour traiter de l’affaire.

Ils descendirent à Québec, où ils arrivèrent le 16 septembre 1662. M. de Maisonneuve ne devait pas aller plus loin. Sous le futile prétexte d’une enquête à faire à Ville-Marie, M. d’Avaugour lui commanda de rebrousser chemin, C 7) sans tenir compte des intérêts primordiaux, que le gouverneur de Montréal allait défendre là-bas. Paul de Chomedey revint donc à Ville-Marie, laissant Jeanne Mance s’embarquer seule. Il semble bien que sa présence à Paris pour une telle affaire devait pourtant s’imposer. (Journal des Jésuites, 16 septembre 1662).

L’on est surpris de voir le fondateur obéir si facilement à l’injonction injustifiable et ridicule de l’entêté et du baron. Faut-il soupçonner que par-dessus l’épaule du sieur Pierre du Bois, baron d’Avaugour, M. de Maisonneuve avait aperçu quelque influence occulte plus menaçante encore ? En tout cas, cet acte de faiblesse, au moins en apparence, est le seul que nous connaissions dans la vie publique de notre premier gouverneur. Il reste inexplicable.

Rue de Youville.
Vieux-Montréal, rue de Youville. Photo de GrandQuebec.com.

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