Histoire de Montréal

Disparition d’une fille de 17 ans

Disparition d’une fille de 17 ans

Son père reçoit une lettre de la main noire

Le ravisseur de la jeune fille exige une rançon de $2,000 – L’inconnue aurait contraint Gisèle Mathieu à écrire des lettres à ses parents. – On est encore sans nouvelles


Unes disparition, qui semble être la plus mystérieuse et la plus étrange qui se soit jamais produite dans Montréal, nous a été communiquée.

Une jeune fille, du nom de Gisèle Mathieu, serait disparue de chez elle, rue Saint-Hubert, il y a deux semaines, dans les circonstances les plus extraordinaires.

Jeune fille de 18 ans

Gisèle Mathieu, très jolie blonde d’à peine dix-sept ans, dont le père est manufacturer, demeurait cher ses parents qui jouissent d’une assez jolie aisance. Elle ne travaillait pas. Gisèle sortait tous les après-midi, soit pour aller au théâtre ou pour aller dans un magasin. Tous les jours on pouvait la voir dans un restaurant populaire près de la rue Saint-Denis. Elle allait à cet endroit en compagnie d’un ou d’une amie afin de prendre une crème glacée.

Un nouvel ami

Il y à quelque temps, elle était avec une de ses amies quand elle fit la connaissance d’un jeune homme nouvellement arrivé à Montréal. Le jeune homme était un Européen et occupait une position dans une maison d’importation. Le nouvel ami semblait appartenir à une assez bonne famille et immédiatement il commença à fréquenter Gisèle assez assidument. Des relations très suivies s’établirent entre les deux jeunes gens et la jeune fille avoué finalement à sa mère qu’elle aimait le jeune homme.

La mère, consciente du devoir qui lui incombait, conseilla à la jeune fille de ne pas faire de folie et avant de laisser voir son amour au jeune homme, de s’assurer qu’il était honnête. Elle demanda donc à Gisèle de ne pas le voir trop souvent pendant que son père s’informait sur les antécédents du jeune homme. Gisèle accepta le conseil de sa mère et fut deux où trois jours sans revoir son ami. Elle ne sortit pas de la maison, Cependant la jeune fille, à qui son ami avait probablement avoué son amour, ne pouvait demeurer pus longtemps sans Je voir.

Ils continuèrent donc de se rencontrer tous les jours comme auparavant. Cependant le jeune homme cessa de se rendre à la demeure de Gisèle, craignant de se voir défendre toute rencontre avec son amie.

Elle disparaissait

Pendant près de quinze jours les relations continuèrent donc ainsi.

Finalement un soir, il y a quinze jours, la jeune Ille ne rentra pas chez elle et son père fut plongé dans la plus profonde inquiétude. La douleur de la pauvre mère, craignant les pires malheurs pour sa fille, faisait peine à voir.

Le père partit donc de chez lui pour se rendre à la Sûreté afin de porter une plainte, mais, après quelques minutes de marche, il revint chez lui sans se rendre chez les détectives. Il craignait d’ébruiter cette affaire et de faire ainsi tort aux autres membres de la famille. La disparition ne fut donc pas annoncée aux autorités. M. Mathieu décide de faire des recherches lui-même. Pendant ce temps il annonça aux amis de la famille que Gisèle était en voyage chez un oncle demeurant dans le nord de la province.

Lettre de la jeune disparue

Après quelques jours de recherches les plus actives et sans résultat, M Mathieu reçut une lettre supposée signée par sa fille. Dans cette lettre la jeune fille disait qu’elle était partie seule de chez elle, car elle ne voulait pas que ses parents la forcent à abandonner ses amis. Elle se disait ennuyée de ne rien faire et déclarait vouloir tenter de gagner sa vie, sans avoir l’aide de personne. Elle demandait également à son père de lui pardonner son escapade, déclarant que tout était pour le mieux. Gisèle promettait d’écrire très souvent à ses parents. Elle était satisfaite de sa nouvelle vie et ne donnait cependant pas d’adresse.

« L’âme innocent »

Pendant tout ce temps, le jeune homme était toujours à Montréal, continuant son travail. II se montrait cependant très inquiet de ne plus rencontrer Gisèle aux endroits coutumiers. Finalement, après plusieurs jours, il décida de se rendre chez le père de la jeune fille et de s’informer. M. Mathieu fut des plus surpris de le voir, croyant que sa fille était partie sur les conseils du jeune homme. Ce dernier parvint cependant à convaincre le père qu’il n’était pour rien dans cette disparition et qu’il l’ignorait absolument. Il promit d’aider de toutes ses forces dans les recherches.

« La main noire »

La jeune fille écrivit trois lettres, puis finalement toute communication cessa et la famille fut de nouveau plongée dans l’inquiétude. Une lettre écrite au crayon et adressée d’une écriture qui semblait déguisée fut alors reçue par le père. Cette lettre disait: « Si vous voulez revoir votre fille, venez demain à dix heures du soir, à un endroit qui vous est désigné plus bas, en ayant soin de tenir à la main une enveloppe dans laquelle devra se trouver la somme de $2,000. Il est absolument inutile de prévenir la police, car si vous le faites nos précautions sont prises et nous le saurons. Nous vous surveillons. Si l’argent n’est pas versé, attendez-vous à ne plus entendre parler de votre fille.

Un signe s’étalait au bas de cette lettre qui était écrite sur du papier d’emballage. S’était une main noire. À côté un poignard était grossièrement dessiné. Venait ensuite la description de l’endroit où M. Mathieu devait rencontrer les enleveurs.

Épouvante du père

M. Mathieu fut alors épouvanté et vit sa fille coupée en morceaux et brûlée par des bandits mystérieux. Cependant, craignant de voir les bandits mettre leur menace à exécution, il n’avertit pas les autorités. Ii fut cependant exact au rendez-vous et se fit accompagner du jeune homme. Aussi loin que les deux compagnons pouvaient voir, nul être humain n’était visible. Une heure se passa dans une attente fiévreuse. Le jeune homme tenait dans sa main le revolver qu’il avait emporté hors la connaissance du père de la jeune fille et celui-ci agitait une lettre afin d’obéir aux ordres de la Main Notre.

Faux rendez-vous

Personne ne vint cependant. Le pauvre malheureux père a-t- été victime d’une farce macabre ou les bandits ont-ils décidé de fuir en voyant que le père n’était pas seul? Mystère ! Le pauvre père revint chez lui découragé afin de décider s’il devait prévenir les autorités. Nous sommes informés, à la dernière minute, que celles-ci n’ont pas encore été prévenues. Cependant la famille continue ses recherches.

Est-ce un européen

Dans la période de chômage et de misère générale que nous traversons, la jeune fille a-t-elle été la victime d’un de ces anciens résidents de l’Europe centrale qui l’aurait enlevée afin d’extorquer une forte somme d’argent à la famille pour se procurer de quoi manger?

Dans un pays comme le nôtre, il est assez difficile d’admettre cette théorie. Cependant, d’après une lettre des plus mystérieuses reçue par les parents éplorés, Is chose est peut-être probable. Aussi quel- qu’un au courant de cette disparition. Aurait peut-être conçu l’idée odieuse de s’amuser aux dépens du malheureux père en lui faisant croire que cette disparition était l’oeuvre de la Main Noire, Le tout demeure un mystère qui ne peut être expliqué pour le moment.

(Reportage publié dans le journal Le Petit Journal, le 27 avril 1930).

 

Jeune fille
Une jeune fille. Photo de GrandQuebec.com.

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