Histoire de Montréal

Décision sur l’établissement de Ville-Marie

Décision sur l’établissement de Ville-Marie

Premiers pas pour l’établissement de Ville-Marie (Montréal)

En fait ceux qui décidèrent l’établissement de Ville-Marie n’étaient jamais venus au Canada. Ils ne paraissent pas non plus avoir eu aucune sorte de relations avec la Compagnie des Cent-Associés, sauf peut-être le baron de Fancamp. Ce ne fut donc probablement ni un fait de situation géographique avantageuse, ni un fait de route qui détermina le choix de l’île de Montréal par les intéressés. Les fondateurs avaient surtout en vue l’évangélisation des sauvages, dont la petite colonie sédentaire serait comme le centre, le foyer de rayonnement. Le complet désintéressement des initiateurs du projet confirme sur ce point les pièces officielles, dans lesquelles il est abondamment question de conversion et d’éducation des sauvages. (Archives du Séminaire de Montréal: « Titres seigneuriaux. »).

L’on s’étonne cependant que pour réaliser leurs pieux desseins, de La Dauversière, Olier, de Fancamp n’aient point envoyé des missionnaires avec les premières recrues de colons et d’artisans. Faut-il croire qu’ils comptaient sur les pères Jésuites, déjà employés à l’oeuvre des missions?… Que se passa-t-il en France durant les quinze années qui précédèrent la venue des Sulpiciens? Le saura-t-on jamais avec certitude?

Titres seigneuriaux

Le 15 janvier 1636, la Compagnie de la Nouvelle-France concédait à Jacques Girard Denis, seigneur de La Chaussée, toute l’île de Montréal, à la condition de rendre à chaque mutation hommage lige aux Cent-Associés, en leur château Saint-Louis, à Québec, et de leur présenter une médaille d’or d’une demi-once. (Le même jour la Compagnie donnait aux pères Jésuites la seigneurie de l’Île Jésus.)

Deux ans plus tard, 13 avril 1638, M. de La Chaussée déclarait, dans un acte passé au Chatelet de Paris, que l’île de Montréal appartenait à messire Jean de Lauson, et qu’il ne l’avait acceptée que « pour faire plaisir et prêter son nom au sieur de Lauson ». (Archives du Séminaire de Montréal).

Ce dernier, alors intendant de la Grande Compagnie, cédait à son tour tous ses droits sur l’Île à M. Jérôme Le Royer, sieur de La Dauversière et à messire Pierre Chevrier, baron de Fancamp, en leur « propre et privé nom, » (7 août 1640).

Tous ces titres furent déclarés nuls « faute d’exécution », et la Compagnie des Cent-Associés donna titre nouvel aux deux derniers concessionnaires, le 17 décembre 1640. («Édits et Ordonnances Royaux» 1854, vol. I, p. 20).

Enfin le 13 février 1644, Louis XIV, par son conseil de régence, émit des lettres patentes en faveur de Messieurs les Associés, établissant de manière irrévocable la Compagnie de Montréal, fondée par MM. de La Dauversière et de Fancamp.

Dans toutes ces pièces officielles, il est bien marqué que le but des donateurs est de « favoriser l’instruction des pauvres sauvages dans la connaissance de Dieu et de les attirer à une vie civile.)) Tel fut le caractère primordial de la fondation de Ville-Marie, dont les origines se rattachent à la civilisation de la vieille France catholique.

Il n’est pas ici question de préoccupations d’affaires, d’intérêts pécuniaires, d’échanges commerciaux.

Les Lettres patentes royales, qui sont comme la Grande Charte de Montréal, portent l’empreinte d’une pure entreprise de civilisation chrétienne, où donateurs et donataires n’ont qu’un but, la conversion des sauvages, qu’un idéal, l’irradiation du génie français.

Un long mémoire, publié à Paris en 1643, en défense contre les attaques que subissait déjà l’oeuvre naissante, prouve de toute évidence les intentions parfaitement désintéressées de tous les personnages qui ont participé au grand oeuvre de la Compagnie de Montréal. (17) Cet ouvrage a été réédité dans les Mémoires de la Société Historique de Montréal de 1880, 9e livraison. Il a pour titre: « Les véritables motifs de Messieurs et Dames de la Société Notre-Dame de Montréal, pour la conversion des Sauvages.» M. Olier en est probablement l’auteur.

(Extrait de Histoire de Montréal par Camille Bertrand, archiviste, paléographe aux Archives nationales, tome premier (1535-1760).

Vieux-Montréal. Photo de GrandQuebec.com.
Vieux-Montréal. Photo de GrandQuebec.com.

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