Histoire de Montréal

Danger d’une nouvelle explosion de l’épidémie

Danger d’une nouvelle explosion de l’épidémie

La moindre imprudence amènerait une nouvelle explosion de l’épidémie

Ainsi s’exprime le docteur Boucher, dans un communiqué qu’il adresse au public au sujet de la « désinfection après l’épidémie » – Conseils à suivre à la lettre – Un grand ménage. – Moins de cas dans les hôpitaux.

132 cas et 93 décès, samedi et dimanche. Total : 16598 cas et 2,904 décès.

Le docteur S. Boucher, directeur du Service de Santé, lance au public de très important avis que voici :

La désinfection après l’épidémie

L’épidémie d’influenza diminue et semble arriver à sa fin. Il n’en faudrait pas cependant conclure que le danger est disparu. Il est possible que des cas isolés survivent ça et là et la moindre imprudence pourrait amener une nouvelle explosion de l’épidémie.

Il convient donc que la population se mette dans des conditions hygiéniques parfaites et que pendant un certain temps encore, elle évite d’elle-même autant que possible les rassemblements inutiles et les promiscuités des foules, quand même les prescriptions actuelles auraient été levées.

La première précaution à prendre est de faire un nettoyage général de tous les logements, magasins, ateliers, manufactures, salles publiques, théâtres, églises, bureaux, gares, maisons d’éducation, etc. des voies publiques et privées, des voitures particulières et des voitures publiques.

On devra donner une attention toute spéciale au nettoyage des ruelles, à la désinfection des ordures ménagères au chlorure de chaux.

La désinfection des maisons où il y a eu des cas de grippe doit être faite par ceux qui les occupent. Il n’est pas nécessaire que cette désinfection soit faite au moyen des désinfectants puissants qui obligent les occupants à abandonner leurs maisons pendant plusieurs heures. Il suffit de faire un nettoyage complet, ce qu’on appelle ordinairement Un Grand Menage.

  • On enlèvera les vieux papiers et on lavera les planchers, les boiseries et les meubles au savon et à l’eau chaude.
  • On fera un lavage général des objets de literie, du linge de toilette.
  • On se débarrassera des rebuts de toute sorte et on brûlera les vieux papiers et les chiffons.
  • On emploiera l’eau de Javel pour laver le linge qui n’est pas détérioré par son usage. L’aération et l’exposition du linge au soleil est le meilleur mode de désinfection.

Les caves, greniers, placards, les alentours de la maison, les hangars devraient être l’objet d’un nettoyage aussi soigneux que la maison.

Les personnes qui ont eu l’influenza et celles qui ont été en contact avec des malades devront se gargariser avec de l’eau salée et se faire des pulvérisations avec la même solution dans le nez et la gorge.

Les personnes enrhumées ou qui ont un coryza devront se couvrir le nez et la bouche quand elles toussent ou éternuent et ne jamais parler aux gens face à face. Elles devront se servir de gargarismes et de pulvérisations jusqu’à la guérison complète de la toux ou du coryza.

La défense de cracher à terre sur les trottoirs, sur le parc des voitures ou des endroits publics existe en tout temps, mais on devra l’observer plus particulièrement au temps actuel. La police a d’ailleurs reçu l’ordre de se montrer sans pitié pour les délinquants.

En dernier lieu il faut toujours se souvenir que les personnes qui ont eu l’influenza ne sont à l’abri ni d’une rechute ni d’une réinfection. L’immunité acquise par une attaque ne dure que peu de temps et il est même possible qu ces personnes soient, plus que d’autres susceptibles à un nouvel envahissement par le microbe.

Ce n,est que par la coopération de tous qu’on parviendra à faire disparaître l’épidémie. Qu’on s’entr’aide et, au besoin, qu’on ne craigne pas de rapporter les cas d’infractions aux règlements de santé.

S. Boucher, Directeur du service de Santé Municipal de Montréal.

Les chiffres

On a enregistré pour la journée d’hier, à l’hôtel-de-ville, 16 nouveaux cas d’influenza et 35 décès dont 28 par influenza et 7 par pneumonie. Ces rapports sont évidemment incomplets, comme il arrive, tous les dimanches.

Samedi, le nombre des nouveaux cas a été de 116, et celui des décès, de 58 dont 41 par influenza, et 17 par pneumonie.

Le docteur Boucher considère que la situation est très satisfaisante. Il n’est pas en mesure de dire maintenant jusqu’à quand les règlements imposés par le Bureau de Santé vont rester en vigueur. Il pourra se prononcer, après avoir pris connaissance des statistiques de mercredi.

Les statistiques d’aujourd’hui seront relativement élevées, comme elle le sont tous les lundis. Cela provient du fait que les médecins, en très grande majorité ne rapportent pas les cas le dimanche.

L’épidémie de petite vérole

L’épidémie de petite vérole, qui a sévi durant quatre à cinq mois, en 1885, dans notre ville alors qu’une population de 167,500 âmes, a fait 3,164 victimes. Aujourd’hui, la population est quatre fois plus grande, de sorte que le taux de la mortalité, en 1885, a été plus élevé puisque l’influenza, qui est sur son déclin, n’a jusqu’ici fait que 2,904 victimes, ici.

Cependant il est à considérer que l’épidémie actuelle ne dure que depuis un peu plus d’un mois, ce qui prouve que celle-ci est beaucoup plus aiguë qu’en 1885.

Moins d’appels

Il est facile de voir que les choses vont beaucoup mieux par la diminution qui se produit dans le nombre des appels d’ambulance. Dans la journée d’hier, on n’a fait que 18 demandes d’admission au bureau central des hôpitaux. Huit malades ont été transportés à l’hôpital d’urgence Meurling, 8 à l’hôpital Notre-Dame, 1 au Grenadiers’ Guards et 1 à l’hôpital d’urgence Sainte-Justine. Les médecins à nombreuse clientèle annoncent également qu’il y a beaucoup moins de cas.

Le Canada, 4 novembre 1918).

Rue de l'Hôpital de Montréal. Photo de GrandQuebec.com.
Rue de l’Hôpital de Montréal. Photo de GrandQuebec.com.

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