Histoire de Montréal

Création des parcs publics de Montréal

Création des parcs publics de Montréal

Les parcs publics de Montréal, leur création et développement

À cette question des voies de circulation se rattache celle des parcs publics qui sont de première nécessité dans une ville industrielle de l’importance de Montréal. Sur ce point les administrations antérieures ont droit à la gratitude reconnaissante des contemporains. L’opinion publique aidant, les édiles du temps passé ont su doter notre ville de jardins publics, de carrés ombragés et charmants, qui permettent aux habitants des quartiers populeux et trop souvent malsains d’aller sous les arbres, parmi le gazon et les fleurs, se désintoxiquer les poumons des miasme de leurs mauvais taudis.

Le premier en date fut le carré Viger, dont le terrain fut cédé gratuitement à la ville par MM. Jacques Viger, le premier maire et P. Lacroix. On avait établi là durant quelque temps le jardin zoologique Guibord et un petit marché public, qui disparut en 1892. Le magnifique hôtel « Viger », d’une belle architecture, fait de ce parc un coin de paysage intéressant. Il suffirait de démolir quelques bicoques croulantes, rues Craig et St-André pour rendre l’endroit l’un des plus pittoresques de la ville. On y remarque déjà l’édifice des Artisans, l’église syrienne (ancienne église anglicane «Trinity»), l’École des Hautes Études Commerciales, la bonbonnerie « Laura Secord » et quelques maisons de pierre encore occupées par des particuliers. Et pourtant ce magnifique ensemble de belles constructions et de verdure fleurie semble frappé d’anémie languissante et menacé de mort. Il semble bien que le nivellement du coteau au niveau de la rue Craig jusqu’au port, sur une distance de 12 à 15 cents pieds pour permettre (1893) à la Compagnie du Pacifique de construire là sa gare de l’Est, en face du carré, et de la convertir ensuite (vers 1900) en un hôtel luxueux fut une erreur.

On ne pouvait peut-être pas en prévoir les résultats déplorables. La rue Notre-Dame, qui était alors le centre du commerce de détail, disparut sur une longueur de 7 à 8 arpents pour faire place à un viaduc et le désert complet se fit dans les environs. Aujourd’hui, la Compagnie du Pacifique a fermé son bel hôtel et laisse son terminus des lignes de l’Est diminuer d’importance d’année en année, jusqu’à son abandon complet dans un avenir sans doute rapproché. La stagnation des affaires dans ce coin de la ville, autrefois si actif et prospère, gagne tous les environs, à la façon d’une tache d’huile qu’on laisse imprudemment se répandre et qui menace d’envahir tout le quartier. Et cela en plein centre du vieux Montréal, à proximité du chemin de fer, du havre et des grands entrepôts.

Le 18 juillet 1873, le conseil municipal se faisait autoriser par le gouvernement fédéral à établir un grand parc public dans l’île Ste-Hélène. Le 3 juin de l’année suivante; un accord définitif était conclu aux conditions suivantes: établir un service de surveillance, n’y permettre la vente d’aucune boisson enivrante, de n’y ériger aucune bâtisse permanente sans la permission du gouvernement. Celui-ci se réservait l’usage exclusif des terrains environnant les anciennes casernes militaires. Comme on le voit, l’île Ste-Hélène est restée la propriété du gouvernement central, et la ville n’y est, si l’on peut dire, que tolérée.

Montréal depuis 1874 a fait dans l’Île de grandes dépenses pour des établissements de toutes sortes: plages de bains, terrains de jeux, etc. Longtemps elle a maintenu un service de traversiers réguliers. L’île Ste-Hélène fut toujours le rendez-vous des enfants, petits et grands, et un lieu de délassement pour les citadins. Les moyens de se rendre à ce lieu d’amusement naturel sont aujourd’hui plus compliqués et beaucoup moins pittoresques. Le pont Jacques-Cartier est la seule voie qui y conduit.

Rien ne pourra remplacer la traversée en « steamboat », qui était par elle-même tout un événement pour les petits et procurait à tous une bienfaisante échappée dans l’atmosphère vivifiante du grand fleuve que les Montréalais ne connaissent plus guère pour la plupart, tant les quais sont encombrés d’élévateurs à grain et d’immenses entrepôts, qui en cachent totalement la vue sur plusieurs kilomètres de long.

L’Île était devenue la propriété du gouvernement à la suite d’un échange pour la propriété des Récollets, cédée à un sieur Grant, baron de Longueuil. La valeur d’échange était estimée par les arbitres du temps à 15 000 livres sterling. Le gouvernement se proposait d’y établir alors un hôpital militaire. La transaction eut lieu en avril 1818.

Mais à peu près vers l’époque de la cession de l’île à la ville par l’État, les garnisons des villes étaient rappelées et les vieilles casernes étaient désaffectées, après 1870, croyons-nous.

C’est aussi en 1872 que la Ville, à la suggestion du colonel Stevenson, fit l’acquisition du parc Mont-Royal, dans la partie nord-ouest de la montagne et auquel fut ajouté tout le versant qui descend jusqu’au parc Jeanne-Mance, autrefois appelé ferme Fletcher. Le parc a une superficie de plus de 500 arpents carrés. À un architecte paysagiste américain, F. Law Olmsted, fut confié le soin de dessiner le plan général du nouveau parc en 1875.

Olmsted, frappé sans doute de la beauté naturelle de ce site merveilleux, eut l’heureuse idée de lui conserver son caractère forestier et d’en respecter tous les accidents de terrain que la nature s’est plu à multiplier là. Mais depuis, à peu près chaque année, cet endroit magnifique est menacé d’être envahi par toutes sortes de petits établissements parasites et de déformations populacières. Il est à craindre que sa beauté naturelle, un peu sauvage, disparaisse quelque jour sous l’invasion du clinquant, des fétiches barnumesques. Une commission permanente d’urbanisme sauverait du gâchis le plus beau de nos parcs naturels, en plein centre de la métropole.

Le plus magnifique jardin public de la Ville est sans conteste le Parc Lafontaine. De forme à peu près carré, il est entouré de maisons d’habitation convenables et couvre un vaste territoire d’un kilomètre carré à peu près.

Il s’est trouvé des hommes assez avertis et de bon goût pour conserver tous les accidents naturels du terrain et en tirer des effets pittoresques charmants. Le gouvernement, qui l’avait acheté en 1845, d’un marchand du nom de James Logan, s’en servit longtemps comme terrain d’exercice des bataillons de volontaires de la ville. Il y fit construire en 1880 l’École Normale Jacques-Cartier, dont plus tard on dût démolir la grande tour centrale, à cause du fond de glaise sur lequel glisse la couche supérieure du sol. Vers 1888, le parc fut loué à la ville par bail amphithéotique de 99 ans au prix nominal de $1.00 par année.

Depuis 25 ans, la Ville a fait exécuter des travaux d’embellissement et de plantations d’arbres par des architectes paysagistes français. Une partie a été transformée en terrains de jeu, comme cela a été fait dans les autres grands parcs. L’homme, qui a le premier réalisé cette oeuvre de champs élysées modernes, mériterait de voir passer son nom dans l’histoire. Il nous est malheureusement inconnu.

La fontaine lumineuse, le pont rustique, le lac sinueux, les grandes serres, les monuments de Lafontaine et de Dollard sont autant de centres, où la foule, chaque soir de la belle saison, prend ses ébats parmi les fleurs et la verdure.

À l’arrière de l’École Normale primaire, on a construit en ces dernières années l’École Supérieure du Plateau.

Nul doute que les professeurs et élèves apprécient le geste de la commission scolaire, qui leur permet de vivre leur vie scolaire dans un aussi beau milieu. Le public, lui, ne parvient pas à admirer cette boîte carré, sans style, ni ornements qui prend figure de chardon grisâtre au milieu des fleurs.

Montréal compte une vingtaine d’autres parcs publics, mais de superficie moins grande, variant de deux à dix arpents carrés. Quelques-uns méritent d’être mentionnés ici à cause de la petite histoire qu’ils rappellent.

Le carré St-Louis, acheté de la famille Delisle en 1848, servit d’abord à la construction d’un réservoir qui alimenta d’eau toute la ville jusqu’en 1878. Cette année-là on le transforma en parc public.

En 1873, la Ville faisait l’acquisition du vieux cimetière catholique, auquel elle ajouta quelques terrains et le transforma en parc, auquel fut donné le nom de carré Dominion, où furent érigés plus tard les monuments Mac-donald et de la guerre du Transvaal. Entouré de l’hôtel Windsor, de l’église anglicane St-George, de la gare du Pacifique Canadien, de la cathédrale St-Jacques et de l’édifice de la Cie d’assurance Sun Life, le carré Dominion est sûrement le coin le plus richement doté de Montréal.

Sans être complètement négligé, il est d’une pauvreté d’ornementation pitoyable.

Le Carré Dufferin a lui aussi remplacé l’ancien cimetière protestant, acquis par voie d’expropriation en 1871, au prix de $20,000. Comme ce fut le cas pour le Carré Dominion, bien des familles notables de Montréal avaient là des ancêtres, qui ont laissé un nom marquant. Rien aujourd’hui cependant ne les rappelle plus au souvenir de ceux qui fréquentent ces lieux, convertis en terrains de jeu.

Enfin notre beau Jardin Botanique, de création récente (1932), est l’une des plus heureuses initiatives de progrès moderne. C’est l’œuvre d’un universitaire, prodigieusement énergique et tenace, qui a mis tout son beau talent à gagner à sa cause les pouvoirs publics; mais il les a gagnés. Nos édiles du temps et les ministres du gouvernement de Québec, qui ont compris jusqu’ici toute la portée éducative de l’œuvre admirable du frère Victorin, ont bien mérité de la population de Montréal

Notre conseil de ville a généreusement fourni le vaste terrain de l’ancien parc Maisonneuve du boulevard Pie IX; le gouvernement de Québec et la Ville ont fourni les fonds nécessaires pour l’établissement et l’entretien du Jardin.

Le Jardin Botanique est un vrai centre d’éducation par la nature elle-même; et l’on ne saurait en sous-estimer toute la valeur, non plus que les effets de culture de la beauté et de l’esthétique chez les jeunes — et les moins jeunes — qui le fréquentent par milliers chaque année.

(Histoire de Montréal, par Camille Bertrand).

Un parc public montréalais de nos jours. Photo de GrandQuebec.com.

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