Histoire de Montréal

Comment administrait-on Montréal au XIXe siècle

Comment administrait-on Montréal au XIXe siècle

Système du gouvernement à Montréal au XIXe siècle

En 1840, le Conseil Spécial de Québec faisait revivre la charte de Montréal de 1832, moins l’élection du conseil par le peuple. Le gouverneur nomma d’office dix-huit conseillers et choisit pour maire Peter McGill. Les Canadiens pouvaient regretter n’être pas représentés dans ce conseil selon leur importance numérique—ils comptaient six des leurs contre douze Anglais (Le second conseil était composé de Jules Quesnel, C.-S. Rodier, C.S. de Bleury, Olivier Berthelet, F. Bruneau, Hypolite Guy, Adam Ferrier, J.-G. McKenzie, J.-M. Tobin, John Donegani, Charles Tait, J.-W. Dunscomb, Thomas Philipps, Colin Campbell, Stanley Bagg, Archibald Hume, D. Handside, Wm. Molson) – Pierre Auger était de nouveau nommé greffier. mais on ne peut nier la réelle valeur des hommes choisis. Et cela seul importait, alors que le système municipal était une création qui devait orienter l’économie future de Montréal.

En 1843, l’autonomie complète était rendue aux Montréalais; et le peuple se donna un conseil de dix-huit membres, douze conseillers et six échevins, et Joseph Bourret, choisi par les élus du peuple, remplaça M. McGill, comme maire de la ville. Pour fins électorales, Montréal était alors divisé en six quartiers: Est – Centre – Ouest – Queen – St-Laurent – Ste-Marie. Il y avait deux conseillers et un échevin par quartier. À partir de 1846, les échevins étaient choisis parmi les 18 conseillers élus. Ils formaient une sorte de comité d’administration, comme le comité exécutif actuel. En 1852, l’élection du maire releva du suffrage populaire et n’a pas été changée depuis.

Cette année-là le nombre des conseillers fut porté à 27, dont neuf étaient choisis comme échevins par le conseil. Ce système dura jusqu’en 1874. Le conseil de ville tenait ses réunions dans une maison de la rue Notre-Dame, près de St-François-Xavier, appartenant à madame de Beaujeu. En 1844, on le retrouve installé dans une bâtisse d’un M. Hayes, sise sur la rue Notre-Dame, tout à côté des bureaux actuels du journal le « Devoir ». A l’étage supérieur, il y avait les deux réservoirs de l’aqueduc, dont la ville fit l’acquisition vers ce temps-là. On peut dire que la maison de Hayes fut le premier hôtel de ville. On raconte que, pendant une séance du conseil, une fissure se fit dans l’un des réservoirs et menaça de noyer dans un déluge d’eau les représentants du peuple. Aux environs de 1850, peut-être 1852, le conseil commença de tenir ses réunions dans le haut du marché Bonsecours, que l’on venait de construire. C’est là aussi que se tenaient les assemblées publiques importantes.

Ce n’est que vers 1873 ou 1874 que l’on commença la construction de l’hôtel-de-ville actuel, en partie incendié en mars 1922, et rebâti aussitôt en son état présent.

Système des comités

En 1874, le gouvernement municipal fut reconstitué sur un plan nouveau. Désormais le conseil se composait de 27 échevins, qui se partageaient le travail administratif

dans divers comités exécutifs de la finance, de la voirie, de l’hygiène, de la police, de l’aqueduc, des marchés et des édifices publics. Le conseil, réuni en séance plénière mensuelle, avait plutôt le caractère d’un parlement civique, tandis que la besogne réelle était pratiquement laissée aux comités. Par suite de l’annexion des petites municipalités environnantes, le conseil de ville fut bientôt porté à 34 membres.

Ce système est resté pratiquement le même jusqu’en 1909. On doit dire que, malgré ses imperfections, il s’est identifié avec le progrès constant, le très rapide développement de notre métropole. On lui doit l’organisation systématique et appropriée à tous les besoins de tous les services municipaux essentiels. Notre service de l’aqueduc est toujours en avance sur les besoins du temps; le département de la police et de la protection contre le feu est l’une des plus belles organisations du genre en Amérique; jusqu’en 1909, les travaux de voirie — ouverture et pavage des rues — se font parallèlement au développement progressif du territoire.

De 1833 à 1897 (64 ans) la ville ne s’était encore endettée que de 25 millions, pour une population qui dépassait maintenant 350,000 âmes. Depuis lors, la population s’est triplée; mais la dette s’est multipliée douze fois, en dépit de la taxe et de la surtaxe. Jusqu’en 1897, les citoyens de Montréal, on doit le reconnaître, avaient largement bénéficié de leur autonomie et n’en avaient pas abusé, mais depuis le plus clair résultat du changement avait été d’augmenter la dette publique de plus de cent millions. L’expérience avait coûté très cher. On put réaliser, qu’en réunissant dans les mains de quelques-uns les pouvoirs que se partageaient naguère tous les conseillers municipaux, on avait favorisé surtout les grosses influences financières et politiques de l’extérieur. Il faut dire que le Bureau des commissaires n’était pas seul responsable de l’énorme accroissement de la dette. Les grands travaux de voirie et d’« améliorations locales » nécessités par l’expansion rapide de la ville et l’annexion des petites municipalités, en dehors de la périphérie de Montréal, occasionnèrent des mises de fonds considérables.

Le conseil tenta de reprendre ses pouvoirs et l’opinion publique s’agita de nouveau, (1918).

Le gouvernement de Québec jugea opportun de régler l’affaire en faisant voter par la Législature une loi de mise en tutelle pour quatre ans. Un maire, M. Médéric Martin, et un conseil sans pouvoirs furent élus par le peuple; mais les quatre commissaires furent nommés par le cabinet provincial. Ces tuteurs municipaux étaient MM. Ernest Décary, président, Alphonse Verville, Charles Marcil, R. Ross.

Les commissaires, désireux avant tout d’équilibrer le budget, et n’étant pas comptables de leur gestion au peuple, augmentèrent de 35 pour cent la taxe foncière.

Le public ne fut pas autrement enchanté de la trouvaille des commissaires pour balancer leurs livres de comptes à la fin de l’année fiscale. Il fallut bien pourtant en passer par là, en attendant de faire d’autres expériences tout aussi coûteuses.

En 1921 on essaya autre chose. La ville fut divisée en trente-cinq quartiers, élisant chacun un conseiller municipal, qualifié d’échevin. A sa première réunion, le conseil choisit quatre de ses membres, qui devaient former le « comité administratif ». C’est à peu près le même régime que celui des commissaires d’avant la mise en tutelle avec changement de nom et de mode d’élection.

En laissant au conseil le choix de quatre échevins pour la gérance des affaires, on crut supprimer les causes de mésentente entre les deux corps, qui avait marqué les administrations précédentes.

Quant au maire, la loi, depuis longtemps, ne lui attribue qu’un rôle honorifique et la fonction de présider les délibérations du conseil. En fait quelques-uns, M. Houde, M. Raynault ont voulu exercer quelque influence sur le comité et se sont présentés devant le peuple, entourés de candidats à l’échevinage partisans de leur programme.

Le mandat que la loi leur refuse, le peuple semble le leur accorder; mais leur situation n’en reste pas moins fausse. Et cette influence, en marge de la loi, croule à la première mésintelligence entre le maire et ses partisans du comité.

Cela s’est produit en 1936, et M. le maire Camillien Houde s’est cru justifiable de résigner son mandat pour porter sa cause devant le peuple aux élections de décembre suivant, alors qu’il fut défait par M. Adhémar Raynault.

En décembre 1940, on essaya un autre système. On nous donna un conseil de 99 membres non rétribués, dont un tiers sont nommés par certaines associations publiques ou professionnelles, un tiers sont élus par les propriétaires et un tiers par le vote populaire. Un comité exécutif de quatre membres, choisis par le conseil, est censé assumer l’administration; mais en fait certains hauts fonctionnaires, sous le contrôle de la commission municipale provinciale, exerce le pouvoir.

On cherchera probablement encore longtemps un mode de gouvernement municipal convenable et satisfaisant, qui donne le maximum de rendement et d’effectivité.

Taxes et prolétariat

En 1911, la population de Montréal était de 466,000 âmes, d’après le recensement fédéral. Le Lovell donne 488,000. Or, pour cette population de près d’un demi million, la dette civique s’élevait à 46 millions de dollars. En 1942, pour une population du double, elle s’est multipliée plus de six fois. C’est le résultat le plus clair de tous les changements d’administration qu’on nous a imposés depuis trente ans. Sans doute l’annexion des faubourgs et l’agrandissement rapide de la ville ont contribué pour une bonne part à l’accroissement de la dette.

Mais il ne faut pas oublier que depuis 25 ans au moins les travaux de pavages, d’égouts, d’expropriations et autres sont à la charge des propriétaires riverains et que ceux-ci ont déjà remboursé au fisc municipal une bonne partie de ses déboursés. La dette n’en reste pas moins autour de 300 millions.

Et elle monte chaque année. Sait-on que, dans les quartiers nouveaux, la ville oblige les petits propriétaires à lui verser de 15 à 40 pour cent de leurs revenus bruts. Ce qui oblige chaque année un bon nombre de propriétaires à abandonner pour taxes leurs propriétés aux mains de la ville. D’autres ont dû les abandonner à leurs créanciers hypothécaires, par suite de la baisse des loyers où leur mauvaise perception à cause du chômage depuis douze ans.

Dans les deux cas, qu’est-ce autre chose que l’absorption du capital individuel par le capital anonyme ? On a été bien imprudent de laisser le prolétariat s’accroître d’un grand nombre de petits propriétaires qui n’ont plus rien à risquer à se jeter dans tout mouvement contre l’ordre établi, puisqu’ils y ont tout perdu.

(Tiré de l’Histoire de Montréal par Camille Bertrand).

Monument à la reine Victoria à Montréal. Photo de GrandQuebec.com.

1 commentaire

  1. Nicole dit :

    L’article est bien servi pour nos prochaines élections 2021 à la mairie de Montréal. Qui va-t-on choisir pour gouverner la ville? Maire ou Mairesse? Denis Coderre ou Valérie Plante? Il faut bien réfléchir.

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