Histoire de Montréal

L’affaire Fissiault

L’affaire Fissiault

L’affaire Fissiault en Cour du coroner

L’enquête se termine par un verdict de suicide. Le frère de la victime témoigne

Le Dr Pierre Hébert, coroner adjoint, siégeant samedi matin en Cour du coroner, a rendu un verdict de suicide dans le cas de Henri-Émile Fissiault, trouvé pendu vendredi après-midi dans le sous-sol de la maison de son patron, M. Hector F. Beaupré, président de la Bull Dog Grip Cement Co., domicilié au 156, rue Bloomfield, à Outremont.

Fissiault, qui était le secrétaire particulier de M. Beaupré, avait été gardé à vue durant six semaines, aux quartiers généraux de la police et à la prison de Montréal, à la suite de la mystérieuse disparition de Mlle Éliane Saint-Pierre, nièce de M. Armand Brodeur, directeur de la police judiciaire, qui est vainement recherchée depuis le 3 novembre dernier.

Le principal témoin à l’enquête fut M. Yves-André Fissiault, qui découvrit le cadavre de son frère. Il dit d’abord que son frère était âgé de trente ans et originaire d’Ottawa, mais qu’il habitait depuis 17 ans la province de Québec. Son frère ne lui avait jamais parlé de son intention de s’enlever la vie, sauf dans une lettre qu’il lui avait récemment écrite.

« Je vis mon frère vivant pour la dernière fois, entre 2 et 4 heures, jeudi après-midi, à son retour d’un voyage en auto à New York, dit le témoin. Il y avait conduit M. et Mme Beaupré et leur enfant, qui s’y sont embarqués pour l’Europe. Il paraissait très fatigué et me dit seulement qu’il se rendait à la maison pour se coucher.

Le lendemain, vers 9 heures 20, je fut prévenu qu’il n’était pas encore arrivé à son bureau. Je téléphonai à plusieurs reprises à la demeure de M. Beaupré, où mon frère demeurait, mais sans obtenir de réponse. Finalement, vers l’heure du dîner, je me rendis chez M. Beaupré en compagnie de M. Isaïe Lapointe, secrétaire – trésorier de la Bull Dog Grip Cement Co., et de son fils, Paul Lapointe.

Nous tentâmes d’ouvrir la porte d’avant, mais ce fut en vain. Nous nous rendîmes alors derrière la maison. Là, muni d’une barre de fer, je réussis à me hisser à la hauteur d’une fenêtre du premier étage et pénétrai dans la maison. Une fois à l’intérieur, j’appelai mon frère, mais je n’obtins pas de réponse. Je me rendis ensuite dans sa chambre et dans celle de M. et Mme Beaupré, mais il n’y avait personne.

Le cadavre découvert

« J’entendis au même moment les aboiements d’un chien, qui semblaient venir de la cuisine. Je m’y rendis aussitôt et aperçus de la lumière dans la porte conduisant à la cave. Je m’engageai dans l’escalier mais je m’arrêtai au milieu à la vue du cadavre de mon frère, qui gisait sur le parquet, une corde nouée autour du cou. »

« Et vous n’avez trouvé aucune note près du cadavre? » demanda le coroner adjoint.

« Aucune », répondit le témoin. Puis celui-ci ajouta qu’il trouva deux touffus de cheveux de femme, l’une dans la cuisine et l’autre sur l’escabeau dont la victime s’était apparemment servie pour se pendre. Fissiault avait aussi la bouche pleine de cheveux.

Le Dr Rosario Fontaine, médecin légiste, rendit aussi témoignage, de même que le capitaine Joseph Griffith, de la police d’Outremont. Le Dr Fontaine dit, en somme, que Fissiault était un déséquilibré qui avait la manie de collectionner les cheveux. Le capitaine Griffith dit que, à son avis, Fissiault s’était sûrement suicidé.

Durant la fin de semaine, la police a poursuivi ses recherches dans l’espoir de trouver quelques lettres ou notes qu’aurait pu laisser Fissiault au sujet de la disparition de Mlle Saint-Pierre, mais elle n’a rien découvert qui puisse l’aider dans son enquête sur la disparition de la jeune fille. M. Beaupré, le patron da Fissiault, qui s’est embarqué la semaine dernière pour l’Europe, est attendu à Montréal vers le 16 août prochain.

Seule la paresse fatigue le cerveau (Louis Pauwels, écrivain français, né en 1920 et décédé en 1997).
Seule la paresse fatigue le cerveau (Louis Pauwels, écrivain français, né en 1920 et décédé en 1997). Photo de GrandQuébec.com.

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