Monde des plantes

L’épinette noire

L’épinette noire

L’épinette noire au Québec

La force secrète de l’épinette noire

Dans la toundra arbustive qui borde la George et sous les latitudes équivalentes du Nord québécois, l’épinette noire (Picea marina) impose sa loi dans un décor autrement réduit à l’os. Pour s’adapter aux contraintes de ce milieu, l’arbre a subi des mofiications morphologiques qui l’ont rendu quasiment méconnaissable. La rigueur du climat et l’abrasion causée par les crixtaux de glace charriés par le vent ont contribué à endommager ses bourgons terminaux. Au bout du compte, l’épinette noire a cessé de croître en hauteur; c’est une naine si l’on compare sa taille à celle de ses sœurs des forêts boréale et méridionale. La forme rabougrie de l’espèce s’est développée dans la toundra. Au fur et à mesure que la rudesse des facteurs ambiants s’exerce sur son développement, elle se tasse et prend l’aspect d’une plante rampante arbustive, assez semblable au bonsaï japonais.

La métamporphose implique un changement de stratégie de reproduction. L’espèce, qui colonise l’ensemble du territoire québécois., s’y multiplie grâce à des cônes porteurs de graines. Dans un habitat soumis aux ventes et aux froids polaires, l’épinette noire se propage asexuellement, sans recours à des semence.

Observons-la dans la toundra : l’épinette noire y pousse à l’horizontale plutôt que verticalement; les tiges des différentes branches rampent à la surface du sol, toujours en contact avec lui. Le frôlement constant des branches en facilité l’enracinement et les ramilles devenues autonomes formeront un clone de la plante mère. Au fil des ans, la masse rampante de l’épinette se multiplie en cercles caractéristiques de plus en plus étendus. L’espèce acquiert ainsi une sorte d’immportalité. On croit que certains groupements auraient atteint l’âge vénérable de 2 000 ans et même davantage.

La dénudation vééégétale observée dans la toundra, même dans la sous-région « forestière » de la zone, est la marque du climat rude qui y règne. La température moyenne annuelle oscille autour de -6 degrés C. La saison de croissance ne dépasse guère 50 jours. Malgré ces chiffres, la flore estivale produit quelque 500 espèces végétales qui se contentent d’un sol presque constamment gelé. À la faveur des beaux jours, sous le soleil qui brille à peu ptrès sans répit, le dégel de surface active l’épanouissement d’un tapis végétal étonnant : pavot arctique, épilobe à feuilles larges, gazon d’Olympe, pyrole à feuilles rondes, saxifrage tricuspide ou à feuilles opposées, linaigrette, lédon du Groenland et autre fleurs aussi rustiques qu’éphémères. Quelques arbustes, tel le saule arctique, accaparent les emplacements protégés des grands vents; les lichens s’emparent sans gêne des secteurs les plus arides. Nés de l’union d’un champignon et d’une algue, les lichens colonisent la toundra, jusque dans sa portion arctique, au bénéfice du caribou dont ils assurent la subistance pendant l’interninable hiver.

Même en été, la couche de sol meuble est si mince, moins de 1,5 mètres, qu’elle empêche l’enracinement profond des végétaux et provoque l’accumulation de l’eau de surface en mares saisonnières. Dans cet environnement idéal pour une variété de plantes estivales, l’été arctique stimule aussi les mouches et les moustiques, véritable fléau d’une contrée fort hospitalière sous les dehors d’une apparente austérité.

épinette noire

Épinette noire. Image libre de droits.

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