Vous ne le saviez pas !

Stratagème singulier

Stratagème singulier

Stratagème singulier (Histoire d’un groupe de Français qui ont réussi à s’échapper des Indiens)

Un nommé Dupuys, qui se trouvait chez les Onnontagués, eut vent d’une conspiration, et en écrivit au gouverneur ; mais il se trouvait lui-même dans un grand danger, auquel la fuite pouvait seule le soustraire.

Comment se procurer des canots ? Y travailler publiquement, c’était annoncer sa retraite et la rendre impossible. Heureusement il trouva dans le grenier de la maison des Jésuites un emplacement convenable, où l’on fit à la hâte des bateaux légers et de petite dimension.

Dupuys avertit tous ses gens de se tenir prêts pour le jour qu’il leur marqua, de faire chacun leurs provisions pour leur voyage, et de ne donner aux Iroquois aucun soupçon. Il restait à prendre des mesures pour s’embarquer si secrètement, que les sauvages ne s’aperçussent de rien, et que les Français pussent prendre assez d’avance pour n’être pas atteints dans leur fuite.

Un jeune français adopté par un des principaux habitants d’Onnontagué, fut l’inventeur et le moteur du stratagème singulier, auquel les Français durent leur salut. Il alla trouver son père adoptif et lui dit qu’il avait rêvé à un de ces festins où il faut manger tout ce qui est servi ; qu’il le priait d’en faire un de cette espèce à tout le village, et qu’il était persuadé que s’il en restait la moindre chose, il mourrait. Le sauvage lui répondit qu’il aurait bien du regret de le voir mourir, qu’il ordonnât lui-même son repas, qu’il aurait soin de faire les invitations, et qu’assurément il ne resterait rien. Sur cette parole, le jeune homme fixa pour le jour du repas, le 19 mars 1658, jour du départ projeté.

Tous les comestibles dont on pouvait se passer furent employés à ce festin, et tous les sauvages y furent invités.

Le repas commença vers le soir, et pour donner aux Français le moyen de mettre leurs bateaux à flot et de les charger et qu’on entendit rien dans le village, les tambours et les trompettes ne discontinuèrent pas de sonner autour de la cabane du festin. Quand tout fut prêt, le jeune homme, averti par un signe dont on était convenu, dit à son père d’adoption, qu’il avait pitié des convives, dont la plupart lui avaient déjà demandé grâce ; qu’on pouvait cesser de manger, qu’il allait procurer son sommeil agréable à tout le monde. Il prit alors une guitare dont les sons en moins d’un quart d’heure, endormirent tous les sauvages. Il s’esquiva aussitôt, et alla rejoindre. la petite flotte, qui s’éloigna du rivage.

Le réveil des sauvages fut assez plaisant : ils ne trouvèrent plus les Français, ni dans la cabane du festin, ni dans leurs maisons, ni dans la chapelle.

Leur étonnement était extrême ; une disparition si inconcevable leur fit concevoir les plus étranges idées. Us savaient que les Français n’avaient pas de canots ; et quand ils en auraient eu, il leur eût été impossible de s’en servir à cette époque. Ce ne fut que longtemps après qu’ils parvinrent à comprendre de quelle manière ils s’étaient échappés.

Dupuys et sa troupe firent grande diligence et arrivèrent à bon port, malgré les vents contraires qui les retinrent longtemps sur le lac Ontario.

( Tiré du livre Beautés de l’Histoire du Canada. Par D. DainviIlle).

« L'activité paranoïaque critique est une force organisatrice et productrice de hasard objectif. (Salvador Dali, La conquête de l'irrationnel).
« L’activité paranoïaque critique est une force organisatrice et productrice de hasard objectif. (Salvador Dali, La conquête de l’irrationnel).

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