Vous ne le saviez pas !

La crinoline et son histoire

La crinoline et son histoire


La crinoline, ce tissu avec une longue histoire curieuse

On créa un fin tissu de crin ou de toile rigide afin de donner aux cols des vêtements masculins une tenue qui, autrement, leur aurait fait défaut. La crinolaine ou crinoline venait d’être inventée.

La mode féminine qui, vers 1842, voulait des jupes larges, emprunta ce tissu pour en confectionner des sous-jupes. À première vue, la crinoline devait suffire à contenter les belles, mais la richesse et la lourdeur des tissues eurent tôt fait de crever les sous-jupes qui, de rondes, devenaient bosselées.

Les larges jupes rondes, en plus de ce premier assaut, avaient à supporter les plus simples des gestes de la vie quotidienne : passer d’une pièce à l’autre en empruntant une porte demandait adresse et talent; pour s’asseoir, il fallait consentir à subir le ridicule d’un vêtement qui, parfois, s’élançait vrrs le haut ne laissant voir, de la personne qui le porte, qu’un visage étonné. L’habillage lui-même exigeait une ou plusieurs personnes…

Pour porter la crinoline, il fallait donc appartenir à une famille nombreuse ou être assez riche pour pouvoir compter sur les services de domestiques expérimentés.

Mais enfin la toile de crin « passa », comme toutes les modes. Ce sous-vêtement, même composé de plusieurs sous-jupes superposées, n’était pas idéal et les cerceaux appliqués au bas des jupes ne donnaient pas au vêtement la tenue souhaitée.

La taille serrée dans un corset, le corps enveloppé dans un pantalon léger, mais long, caché par la crinoline qui est elle-même recouverte d’un jupon empesé; contrainte de ne plus donner le bras à son cavalier qui, s’il tentait de le faire, marcherait dans la jupe, la femme à la mode exige mieux.

Surgissent alors de l’imagination masculine, des cages formes de rubans métalliques, qui viennent sauver une mode en péril. Ces innovations vestimentaires n’échappent pas aux belles Canadiennes ni aux journalistes qui s’amusent à faire de l’humour à ce sujet et à créer des fables que leurs lecteurs liront comme autant d’histoires vraies. D’abord, la sous-jupe prend le nom de « cage de poulet ». On raconte l’aventure survenue à une New-yorkaise qui, marchant dans la rue, fut la victime d’un accident inusité : un cerceau se brisa; un ressort vola, entra dans sa chair et la blessa légèrment.

Une autre aventure survenue on ne sait où dans le monde, et reprise par le « Canadien » possédait sans doute un fond de vérité. C’était l’histoire d’une femme, accusée de vol et condamnée après qu’on eut découvert que sa jupe était devenue « un vaste réceptacle pour y glisser tous les objets volés. »

Venue d’Allemagne, une autre nouvelle se faisait l’écho des craintes d’un obstétricien selon qui les accouchements avaient été rendus plus douloureux et plus difficiles depuis l’apparition de cette mode Que dire d’une autre opinion, tirée de la lointaine Suède où il paraît que la crinoline a fait « autant de ravages que le choléra »…

L’une des histoires les plus savoureuses se passe à Ottawa et a pour cadre la vitrine d’une boutique d’accessoires de mode. Le victimes : la « crinolinée » et un innocent chien qui déambulait sans but, curieux et avide d’expériences nouvelles. Sans prévenir, il entra sous la jupe de la jeune fille, inconscient du danger.

Dans ce sombre monde de dentelles et de métaux, il fut pris de panique. Hurlant à l’aide, il appela à lui tous les chiens ses amis. La belle, pas plus sotte, cria également, réclamant le secours des loyaux passants. On sauva le chien qui jura qu’on ne l’y reprendrait plus et la belle résolut, dit-on, « d’amoidrir de beaucoup la circonférence de ses cercles ».

La meilleure, et de loin, de toutes ces histoires de crinoline est une histoire vraie. Elle a eu lieu aux Escoumins où Aglaé Rouleau, épouse de J. – E. Barry, décida de s’habiller au goût du jour. Profitant de la visite d’amies montréalaises, elle revêt sa robe d’apparât, ses amies l’imitent et, ensemble, par un beau dimanche matin, celui du 11 août 1861, elles s’en vont à la messe. L’heure de la communion venue, elles prennent ensemble la route de la sainte table. Émoi dans l’église où l’on n’a jamais vu autant de tissus une même personne.

Ennemi du luxe et de l’immodestie, le père Louis Babel refuse la communion à madame Barry et à ses amies qu’il rendit responsables, dans son sermon, de l’introduction de modes indécentes et immorales aux Escoumins. Jugeant que la nouvelle en valait la peine, il écrivit aussitôt à monseigneur Charles-François Baillargeon, recherchant son approbation tout en le prenant à témoin d’une initiative qu’il jugeait heureuse. L’archevêque de Québec temporisa, ne donnant raison ni à son curé ni à sa paroissienne qui était, par ailleurs, une femme admirable.

L’année suivante, le père Babel ayant été déplacé, son successeur, le père C.-M. Frain, voulant savoir quoi faire à ce sujet, reçut de son évêque la mission d’être conciliant. Rappelant l’attitude du père Babel, il écrivit : « J’ai grandement désapprouvé en moi-même les rigueurs de ce bon père à cet égard. » Y a-t-il lieu de priver des sacrements une personne ainsi vêtue?

« Mais quel droit ai-je de défendre à un prêtre d’admettre aux sacrements une personne pour le fait qu’elle s’habille à la mode, quand cette mode n’est pas contraire à la modestie? Et comment un prêtre peut-il s’arroger ce droit? Je vous conseille donc, mon Reverend Père, de vous borner à prêcher contre le luxe et les modes en général. »

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La taille serrée dans un corset, le corps enveloppé dans un pantalon léger. Photo de Megan Jorgensen.

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