Une odyssée spatiale vers Mars en 1986 (vue en 1972, texte traduit par Megan Jorgensen)
Une odyssée spatiale : Nous sommes en avril 1986, un an après que le gigantesque vaisseau spatial a quitté l’orbite terrestre pour s’élancer dans l’espace lointain, propulsé par de puissants moteurs nucléaires. La Terre est maintenant si éloignée qu’elle ne paraît pas plus grande qu’une étoile brillante. À bord, l’équipage est trop occupé pour des regards nostalgiques vers la maison. Dans quelques minutes, trois astronautes entreront dans un vaisseau plus petit et se détacheront du vaisseau mère pour entamer la dernière étape d’un voyage historique. Leur petit engin emmènera les voyageurs spatiaux vers le premier atterrissage de l’homme à la surface de Mars.
Bien que ce scénario ait une allure de fiction, il pourrait devenir réalité – dans l’éventualité improbable que le Congrès américain change d’avis et alloue l’année prochaine des fonds pour un voyage habité vers Mars – un minimum de 30 à 40 milliards de dollars, à dépenser sur une période de douze ans. Si cette approbation était donnée, les planificateurs rêveurs de la NASA ne seraient pas pris au dépourvu. Ils ont déjà détaillé un programme audacieux qui pourrait faire atterrir des Américains sur la Planète Rouge d’ici le milieu des années 1980.
L’expédition martienne ferait passer une mission lunaire de douze jours pour une excursion dominicale. Si tout pouvait être prêt d’ici 1985, par exemple, les astronautes martiens seraient propulsés hors de l’orbite le 5 avril, lorsque la Terre, Vénus et Mars seront dans des positions idéales pour la mission. Leur vaisseau passerait près de Vénus le 10 septembre 1985, bénéficiant d’une précieuse poussée gravitationnelle qui l’accélérerait vers Mars pour une arrivée le 10 avril 1986. L’expédition quitterait Mars le 20 mai et reviendrait en orbite terrestre le 15 novembre 1986, 590 jours après son départ.
Une odyssée spatiale
La mission ambitieuse, telle que planifiée, nécessitera deux vaisseaux de commandement. Chacun transportant un équipage de six personnes. Si un engin devient inutilisable, l’autre pourra ramener en toute sécurité tous les astronautes sur Terre. Contrairement aux missions lunaires, le voyage ne commencera pas directement depuis la Terre. Cela nécessiterait des propulseurs trop énormes pour être pratiques. Au lieu de cela, on lancera les deux vaisseaux cylindriques pièce par pièce en orbite terrestre par des propulseurs de type Saturn. Là, les parties séparées seront assemblées. Enfin, une navette spatiale amènera les astronautes ainsi que leur carburant et leurs provisions.
La propulsion du vaisseau martien proviendra d’un moteur pas encore développé, peut-être le NERVA proposé (pour Nuclear Engine for Rocket Vehicle Applications). Il se compose d’un petit réacteur nucléaire. Celui-ci chauffe de l’hydrogène liquide jusqu’à son expulsion sous forme de jet de gaz blanc incandescent. Pour quitter l’orbite terrestre, ce qui nécessite beaucoup moins de poussée qu’un lancement depuis la Terre, les vaisseaux de 270 pieds de long allumeront – puis largueront – les deux NERVA latéraux attachés à leurs côtés. Le vaisseau conservera le propulseur principal, au centre du groupe de moteurs.
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Ensuite, alors que les deux vaisseaux s’éloigneront de l’orbite terrestre, ils seront amarrés bout à bout pour former une seule unité à l’intérieur de laquelle les équipages pourront passer d’un côté à l’autre à travers des sas.
Une partie de l’oxygène sera emportée en bouteilles (pour pouvoir être utilisé, entre autres, pour repressuriser la cabine en cas d’impact de météorite), mais la majeure partie de l’oxygène sera produite par électrolyse de l’eau. Bien que les vaisseaux transporteront également une réserve d’eau douce, une grande partie de l’eau consommée par les astronautes sera produite en faisant passer le dioxyde de carbone expiré à travers un réacteur qui sépare l’oxygène du CO2 et le combine avec l’hydrogène.
D’autre eau proviendra du recyclage de l’urine et de l’eau de lavage. Les plans antérieurs de cultiver des algues à bord pour compléter l’approvisionnement alimentaire ont été abandonnés. « Les biscuits aux algues ont un goût assez horrible », explique Robert Lohman de la NASA. Au lieu de cela, l’approvisionnement alimentaire consistera principalement en aliments congelés et lyophilisés.
Une odyssée spatiale
Pour contrer les effets potentiellement néfastes de l’apesanteur lors d’un si long voyage, les vaisseaux spatiaux joints auront un compartiment blindé dans lequel les membres d’équipage pourront s’abriter lors de dangereuses rafales de radiation pendant les tempêtes solaires. Il y aura également des installations d’exercice, des jeux, une bibliothèque et d’autres divertissements pour passer le temps.
Un problème n’a pas été résolu : que faire des pulsions sexuelles des membres d’équipage. Les psychologues de la NASA s’accordent à dire que la pornographie, qui suffit comme mécanisme d’évasion pour les équipages de sous-marins nucléaires en mission de 60 jours, pourrait ne pas être suffisante. Avec un équipage martien entièrement masculin, ils pensent que l’activité homosexuelle est inévitable. Inclure des femmes dans l’équipage pose d’autres problèmes. Comme le dit un psychologue : « Le sexe sera plus un problème de relations publiques qu’un problème médical pour la NASA. »
Lorsque les vaisseaux reliés approcheront enfin de Mars, ils se sépareront, allumeront leurs moteurs principaux pour entrer en orbite autour de la planète, puis se réuniront. Avant tout atterrissage habité, l’expédition enverra plusieurs petites sondes non habitées pour repérer des sites d’atterrissage et prélever des échantillons de sol avant de retourner au vaisseau mère.
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Une fois les sites sélectionnés, trois astronautes descendront dans un module d’atterrissage contenant un rover martien, de l’équipement scientifique et des provisions pour un séjour d’un mois. Les activités de surface – télévisées vers le vaisseau mère et relayées vers la Terre – ressembleront aux familières collectes de roches et expériences de l’exploration lunaire.
Les astronautes porteront des réservoirs d’oxygène pour survivre dans la fine atmosphère de dioxyde de carbone. On utilisera des combinaisons spatiales pour résister aux températures martiennes. Celles-ci allant de 24°C à l’équateur à midi, à -118°C dans la région polaire. Mais il y aura des différences significatives. Comme la gravité martienne est un tiers de celle de la Terre (comparée à un sixième G sur la Lune), les astronautes marcheront avec une démarche plus normale. Les vents violents des tempêtes de poussière martiennes pourraient les secouer. En fait, les vents dépassent souvent la force d’un ouragan. Ils seront également à la recherche de choses qui n’existent pas sur la Lune. Par exemple, de l’eau et des formes de vie primitives.
Durant ce séjour, on enverra plusieurs expéditions à la surface. Finalement, après 40 jours en orbite, les vaisseaux jumeaux se sépareront. Ils allumeront donc leurs moteurs pour s’éloigner de Mars. Par la suite ils s’amarreront à nouveau pour le long voyage de retour. Après être rentrés en orbite terrestre 186 jours plus tard, les astronautes se transféreront dans une navette spatiale en attente pour la descente vers la Terre. Au-dessus d’eux en orbite se trouveront les vaisseaux martiens vides. Ceux-ci attendront le prochain équipage de voyageurs interplanétaires.
(Time, 11 décembre 1972).
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