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Temple rectangulaire et terrasse de sphinx

Temple rectangulaire et terrasse de sphinx

Le Temple rectangulaire par Jean Carrière

Cependant, Hermos, engagé dans l’escalier qui monte en spirale jusqu’au Temple, s’arrête, tâtonne, trouve la pierre ronde indiquée, appuie trois fois sa main contre elle, et voit soudain une porte s’ouvrir.

Toutes les fenêtres du Temple restent closes. Une lumière filtre à travers les hauts soupiraux. L’endroit où se trouve Hermos est situé à l’orient du Temple, près de l’autel du Dieu inconnu. Un doute sur lui-même et sur la Cité l’arrête, hésitant, dans ses projets.

« Ainsi, pense-t-il, je n’ai rien su voir du mal qui ronge l’Empire ? » Et s’avance vers l’autel.

Maintenant, il distingue les lignes des colonnades et le profil des statues. Le Temple rectangulaire s’étend du sud au nord et la voûte s’appuie sur vingt et une rangées de sept piliers égaux. Entre les colonnes, sur des sièges d’ivoire, reposent, rigides, les images en bronze des Princes et des héros défunts. Un triangle en or, incrusté de pierreries, resplendit contre la muraille. Aux pieds de l’autel, trois grands sphinx veillent, dont les flancs sont de marbre, les griffes d’airain, les ailes d’or, les yeux de diamant. Entre les griffes de devant, chaque sphinx tient une banderole d’argent, sur laquelle on peut lire des formules sacrées, à travers l’enchevêtrement voulu des caractères. Le premier sphinx, celui de droite, dit :

Tu ne seras plus homme.

Tu ne seras pas dieu…

Le second proclame :

Tu tournes toi-même

La roue du destin…

Et le troisième porte cette inscription troublante :

Un grand soir viendra

Sans nouvelle aurore.

Mais, en levant les yeux, entre les trois côtés du triangle brillant qui domine l’autel, Hermos voit luire, en pierres lumineuses, l’inscription suivant que l’opinion populaire et traditionnelle attribue à la seule gloire d’Atlantis :

Un grand peuple ne peut mourir que de lui-même.

Sur ces paroles, tant de fois millénaires, les Apôtres épuisent à chaque fête la sagacité de leurs esprits.

La terrasse du Sphinx


Dominant la mer, la terrasse du Sphinx est la plus haute des sept Terrasses Saintes, bâties par les architectes atlantes. Plusieurs générations d’hommes ont travaillé pour accumuler l’un sur l’autre les blocs énormes, régulièrement taillés, dont la masse compacte et hardie va s’amincissant de la base à la cime. Une parfaite unité de plan a présidé à l’harmonieuse splendeur de cette merveille. Et de la terrasse quadrangulaire, on voit s’étendre vers l’occident la ville immense, qu’enveloppent et pénètrent les eaux miroitantes, et qui déroule en pleine mer ses bras géants, comme d’une pieuvre démesurée. La terrasse du Sphinx, accessible aux seuls initiés, est à cent brasses au-dessus du palais de l’Or, à trois cents brasses au-dessus du palais des Eaux. Elle s’appuie, à l’orient, contre le mont de Manou, au sommet duquel s’étend le beau lac artificiel alimenté par de prodigieuses machines invisibles qui transportent d’eau de plusieurs fleuves voisins.

Le Sphinx géant, aux flancs de bronze, aux ailes d’or, trône sur un piédestal de basalte, auquel on accède par un escalier monumental. L’idole, accroupi, la tête haute, les griffes en avant, est tournée vers l’occident, et le soleil couchant flamboie dans ses yeux formés par d’énormes pierreries. Sa tête, belle comme d’une femme, paraît robuste comme d’un homme ; et sa poitrine, sans mamelles, laisse saillir des muscles puissants. C’est le Sphinx mâle, par qui l’Empire atlante symbolise son génie d’ordre et de création. Croupe d’un taureau, griffes d’un lion, ailes d’un aigle. Le regard, tourné vers le vaste horizon, surveille et commande l’Empire rouge qu’Atlantis a vaincu.

Derrière la croupe du Sphinx, un obélisque de porphyre tend vers le ciel sa pointe effilée.

Thébau, seul, chef des hiérophantes, va se placer debout sur la plus haute marche de l’escalier du Sphinx.

Contre le piédestal, ressort la formule sacrée :

  • Un grand peuple ne peut mourir que de lui-même.

Thébau, immobile, tient d’une main le globe d’émail translucide et, de l’autre, la couronne d’or. À sa gauche, le palais des hiérophantes ; à sa droite, le Temple des initiés.

Sur les marches de leur palais, les hiérophantes ou Frères du Silence se rangent échelonnés. Ils tiennent dans leurs mains les clefs des chambres mystérieuses, placées sous les cryptes de leur palais, où l’on garde les secrets de la science atlante. Sur les premières marches du Temple, se rangent les chefs des corporations.

Le reste des Apôtres et les jeunes néophytes se répandent, sans ordre, à travers la place. Quand la rumeur causée par la sortie du Temple semble à peu près calmée, Thébao tend vers le Soleil la couronne et le globe, puis il dépose l’une sous la griffe gauche, l’autre sous la griffe droite du Sphinx. Cela fait, il trace dans l’air le signe triangulaire, puis, tendant les mains en un geste de bénédiction :

  • Allez !
Un grand peuple ne peut mourir que de lui-même. Photo : Megan Jorgensen.
Un grand peuple ne peut mourir que de lui-même. « La mémoire est l’avenir du passé. » (Paul Valéry, né en 1871 et mort en 1945, écrivain et poète français, Cahiers). Photo : Megan Jorgensen.

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