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La pipe de Maigret

La pipe de Maigret

La pipe de Maigret et autres romans de Georges Simenon

La pipe de Maigret

(Tout Simenon. Omnibus, septembre 2002. Oeuvre romanesque, tome 1)

Une odeur de tabac qui persistait toujours, malgré la fenêtre large ouverte sur le quai des Orfèvres.

*

C’était curieux et agréable de trouver aussi vides, dans une atmosphère comme de vacances, les locaux du Quai des Orfèvres.

*

Il avait promit d’être rentré à huit heures boulevard Richard-Lenoir, où sa belle-sœur et son mari étaient invités.

*

Ensuite Gégène, Un petit maquereau de Montmartre qui avait donné un coup de couteau à sa gagneuse.

*

Le beau-frère écoutait vaguement en fumant un cigare, et les bruits du boulevard Richard-Lenoir montaient jusqu’à la fenêtre ouverte.

*

Il n’avait même pas quitté son bureau, cet après-midi-là, pour aller boire un demi à la Brasserie Dauphine.

*

La nuit commençait à tomber et Maigret, en manches de chemise, s’accouda à la fenêtre, comme des milliers de gens, à la même heure, prenaient le frais en fumant leur pipe ou leur cigarette à des fenêtres de Paris.

*

– Adjudant, maman. Dans l’intendance, à Vincennes.

*

La preuve, c’est que ce mot Vincennes était rattaché à la pipe.

*

Il avait oublié le nom du quai, mais c’était tout de suite après le quai de Bercy, à Charenton.

*

Il gagna le Quai des Orfèvres à pied, par les quais, et deux fois il lui arriva de chercher machinalement sa bonne pipe dans sa poche.

*

Tiens ! après la limite de Paris, sur le territoire de Charenton, le quai continuait à s’appeler quai de Bercy.

*

Des cheminées d’usines, de l’autre côté de la Seine.

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Avant de quitter le Quai des Orfèvres, il avait chargé un inspecteur de téléphone à Orléans pour s’assurer que la fille mariée n’était pas venue à Paris les derniers temps.

*

Le premier qui s’était présenté, quand elle avait mis un écriteau à la fenêtre, était un vieux célibataire, employé chez Soustelle, la maison de vins en gros dont il avait aperçu le pavillon en passant quai de Bercy.

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Il me parlait toujours de ses économies, d’une maison qu’il possédait près de Montluçon et où il voulait m’emmener quand nous serions mariés.

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Pendant qu’aux Sommiers on s’occupait de tous les Bleustein qui pouvaient avoir eu maille à partir avec la Justice, Maigret s’occupait des affaires courantes et Lucas passait une bonne partie de son après-midi dans le quartier de la République.

*

En tout cas, je n’en trouve aucun qui ait été inscrit à un moment quelconque au quai de Bercy.

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La caissière, par bonheur, a vu le gamin en question pénétrer plusieurs fois dans une maroquinerie du boulevard Bonne-Nouvelle.

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C’était l’heure de la cohue sur les Grands Boulevards.

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Parfois, il m’accompagnait en métro jusqu’à la station Championnet, où j’habite.

*

Nous sommes descendus du train à Chelles et nous nous sommes promenés entre la Marne et le canal.

*

Une fiche l’attendait, sur son bureau du Quai des Orfèvres : Un nommé Stéphane, âgé de trente-sept ans, a été tué e 15 février 1919, dans son appartement de l’hôtel Negresco, à Nice, où il était descendu quelques jour auparavant.

*

Lors de son arrivée à Nice, il débarquait du rapide de Paris. La brigade mobile de Nice possède sans doute de plus amples renseignements.

La date de l’assassinat correspondait avec celle de la disparition du Bleustein du quai de Bercy, et Maigret, cherchant une fois de plus sa pipe absente et ne la trouvant pas, grogna avec humeur : – Sacré petit idiot !

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L’auto avait quitéé Paris, roulait sur la grand-route, en dehors du ressort de la PJ.

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L’orage avait éclaté au moment où il descendait de taxi en face de la maison ddu quai de Bercy.

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Comme un homme du monde, oui, tandis qu’à Charenton il avait l’air d’un assez pauvre type.

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Tout à l’heure, il avait la jeune fille en face de lui, boulevard Bonne-Nouvelle.

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– Rue Championnet. Au 67…

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– Où allons-nous ?

– A Chelles.

– Vous croyez qu’il y est ?

– Je n’en sais absolument rien, mademoiselle. Chauffeur… Passez d’abord au Quai des Orfèvres.

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– Vous vous souvenez bien de Chelles, mademoiselle ?

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La seule fois qu’ils s’étaient échappés de Paris, qu’ils avaient couru ensemble parmi les hautes herbes, le long de la rivière.

*

Nous avons pris un chemin qui longeait la Marne.

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La voiture, au ralenti, suivait un mauvais chemin le long de la Marne.

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La Marne coulait tout près d’eaux.

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Mathilde le serrait de près et Lucas fermait la marche avec l’indifférence d’un chien de Terre-Neuve.

*

– Ce sont des messiers de Paris et une demoiselle.

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Moi qui le croyais toujours à Fresnes !

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Que les diamants étaient dans la maison du quai de Bercy. Entendu !

*

Un cambriolage boulevard Saint-Martin, si je ne me trompe ?

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J’ai compris tout de suite qu’il avait été jusqu’à Lagny, qu’il y avait pris une voiture, qu’à Chelles il avait retrouve ma trace.

Juin 1945.

Une nouvelle parue dans le volume qui porte son titre en même temps que Maigret se fâche (Presses de la Cité, 1947).

L’ami d’enfance de Maigret

(Tout Simenon. Omnibus, janvier 2003. Oeuvre romanesque, tome 14).

C’était bien son Florentin, celui qui avait été son condisciple au lycée Banville, à Moulins où il était le rigolo de la classe.

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– Tu habites Paris ?
– Oui. 62 boulevard Haussman. Mais je voyage beaucoup pour mes affaires.

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Le Florentin qui pénétrait dans son bureau étaitmoins fringant que celui de la place de la Madeleine.

*
– Tu es devenu antiquaire ?
– Si l’on veut… Je rachète de vieux meubles et je les retape dans un petit atelier que j’ai loué boulevard Roichechouart… Tu sais, en ce moment, tout le monde est plus ou moins antiquaire…

*
J’ai une amie depuis quatre ans…

– Encore une amie avec qui tu vis ?

Oui et non… Non… Pas exactement … Elle habite rue Notre-Dame-de-Lorette, près de la place Saint-Georges…

*

– Tu dors rue Notre-Dame-de-Lorette ?
– Sauf la nuit du jeudi au vendredi…

C’est sans ironie apparente que Maigret prononça :

– Parce que la place est prise ?
– Par Courcel, oui… Voilà dix ans qu’elle le connaît… Il habite Rouen et il a des bureaux boulevard Voltaire… Ce serait trop long à expliquer… Tu me méprises ?

*
Pas de famille ?

Elle est originaire de Concarneau et je n’ai jamais vu personne de sa famille…

*
Viens un instant… Tu vas d’abord téléphoner à Moers, au labo, de nous rejoindre rue Notre-Dame-de-Lorette… quel numéro ?
– 17 bis…

*

Elle avait de la fortune ?

Je suppose… Il y a trois ou quatre ans, elle a acheté, comme placement, une maison rue du Mont-Cenis, tout au-dessus de Montmartre…

*

A quoi pensait à ce moment le fils du pâtissier de Moulins ?

*

Était-il le meurtrier de Joséphine Papet ? Qu’avait-il fait pendant une heure avant de se présenter Quai des Orfèvres ?

*

Les hommes allaient descendre la civière et il préféra traverser la rue, pénétrer au Grand-Saint-Georges où il commanda un demi au comptoir.

*

Quel numéro, boulevard Rochechouart ? demanda-t-il à Florentin.

– 55 bis… Pourquoi ?
– 55 bis, boulevard Rochechoart…

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Au fond, deux ateliers vitrés. Dans celui de gauche, un peintre était occupé à brosser une vue du Sacré-Cœur qu’il vendrait sans doute à un touriste.

*

Ne pensait-il pas justement au lycée de Moulins, avant l’arrivée de son ancien condisciple, en observant la mouche qui s’obstinait à se poser sur le coin supérieur gauche de la page ?

*

Je ne voulais pas devenir pâtissier et finir mes jours à Moulins…

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Le seul, une fois par semaine, à passer la nuit rue Notre-Dame-de-Lorette.

*

– Tu manges souvent des biscuits ?
– Parfois …
– Tu peux m’en montrer une autre boîte ?
– Je ne crois pas en avoir en ce moment …
– J’en ai vu deux, de la même marque, rue Notre-Dame-de-Lorette…

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A trois heures, cet après-midi, la boîte en fer blanc se trouvait encore rue Notre-Dame-de-Lorette. Est-ce exact ?

*
Sa seule sœur est au Maroc, où son mari cultive des agrumes …

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N’importe où dans la Vallée de Chevreuse, dans la forêt de Fontainbleu, parfois, plus rarement, au bord de la mer…

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– Il était chargé, oui …
– Et tu l’as porté rue Notre-Dame-de-Lorette ?
– Josée était assez peureuse et, pour la rassurer, j’ai placé l’arme dans la table de nuit…

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– Pourquoi as-tu cherché le revolver ?
– Pour le faire disparaître… Je l’aurais jeté dans l’égout, ou dans la Seine… Du moment qu’il m’appartenait, on n’allait pas manquer de m’accuser…

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– Je suppose qu’il vaut mieux que je n’aille pas rue Notre-Dame-de-Lorette…

Était-ce de l’inconscience ?

– Je serai bien obligé de coucher boulevard Rochechouart…

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Il habite au fond d’une cour, au 55 bis du boulevard Rochechouart…

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À gauche, c’est un magasin de lingerie, Chez Éliane… De la lingerie comme il est difficile d’en trouver ailleurs qu’à Montmartre… Il paraît que les touristes en sont fous…

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Il y a des années qu’il vient rue Notre-Dame-de-Lorette et elles ont l’impression qu’il a vécu plusieurs semaines dans l’appartement il y a très longtemps…

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C’est Fernand Courcel, de Rouen… Il a des bureaux à Paris, boulevard Voltaire… Les autres ?

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– J’aime encore mieux ceux de Pigalle, déclare-t-elle. Au moins, ceux-là courent le risque…

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Arrivé place Dauphine, il a paru hésiter, puis il s’est dirigé vers la Brasserie Dauphine…

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Puis, après s’être assuré que j’étais toujours là et m’avoir envoyé un nouveau clin d’œil, il s’est dirigé vers le Pont-Neuf. A cette heure, il y avait foule et, à cause d’un embarras de voitures, la plupart des chauffeurs klaxonnaient… Nous approchions, l’un derrière l’autre, du quai de la Mégisserie, quand je l’ai vu se hisser sur le parapet et sauter dans la Seine.

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Puis l’agent a emmené Florentin au commissariat des Halles…

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J’ai eu le droit à un nouveau clin d’œil, à une drôle de grimace, et il a marché jusqu’à la place Blanche, où il est entré dans un restaurant…
Il en a pour quelques heures encore à battre la semelle dans une cour du boulevard Rochechouart…

– A cause de ton ami de lycée ?
– Oui… Il vient d’offrir une petite comédie aux passants du Pont-Neuf en se jetant soudain dans la Seine…

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Les réverbères du boulevard Richard-Lenoir étaient allumés, bien qu’il ne fit pas encore tout à fait nuit.

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Les journaux du matin signalaient sans beaucoup de détails le crime de la rue Notre-Dame-de-Lorette et il fit un bref résumé de ce qu’il savait.

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Il préféra aller à pied, franchir le pont Saint-Michel et se diriger vers le boulevard Saint-Germain. Il n’avait jamais eu l’occasion de pénétrer au ministère des Travaux Publics et il hésita entre les différents escaliers qui portaient chacun une lettre différente.

*
L’aînée est mariée à un armateur de La Rochelle… La seconde enseigne dans un lycée de Tunis et la troisième, mariée aussi, vit à Paris dans le XVIe arrondissement… En tout, j’ai cinq petits-enfants, dont l’aîné va avoir douze ans… Quant à nous, nous habitons le meme immeuble, à Versailles, depuis trente ans…

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Il m’arrive, après le bureau, de m’arrêter un moment dans une brasserie, au coin du boulevard Saint-Germain et de la rue de Solférino…

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– Vous habitez le quartier ?
– Non. J’habite rue Notre-Dame-de-Lorette, mais je viens assez souvent sur la rive gauche…

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Un frère de ma mère m’a laissé deux fermes en Normandie et il y a des années que j’aurais pu donner ma démission…

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J’avoue que je l’ai suivi et que je l’ai vu entrer dans un bar de la rue Fontaine, où il paraissait connu…

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Elle a cherché dans ses tiroirs et a en effet trouvé une carte de visite au nom de Jean-Luc Bodard, représentant à la Continentale, avenue de l’Opéra.

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C’était une femme pratique, qui savait compter. Elle s’était acheté une maison à Montmartre et elle possédait quarante-huit mille francs dans une cachette.

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Elle ne la voyait pas, avec son air sage, sur les trottoirs des environs de la Madeleine ou des Champs-Élysées.

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Une légère brise faisait frémir le feuillage des arbres du boulevard Saint-Germain et Maigret avait l’air de se promener en humant l’air du matin.

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Il s’agissait de Fernand Courcel, de la maison Courcel Frères, roulements à billes, à Rouen. La carte portait aussi l’adresse des bureaux du boulevard Voltaire.

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– Toujours rue Notre-Dame-de-Lorette ?
– Non… Il est venu à mon bureau pour me parler d’un projet de plage moderne, avec hôtels, villas et bungalows, entre Le Grau-du-Roi et Palavas…

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Son bureau de Montpellier…

– Il habite Montpellier ?

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Il avait oublié son carnet de chèques à Montpelier.

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Il est le fils d’un pâtissier de Moulins et nous sommes allés ensemble au lycée Banville.

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C’est moi qui ai trouvé l’appartement de la rue Notre-Dame-de-Laurette et l’ai aménagé en ayant soin de respecter ses goûts…

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J’ai fait sa connaissance à Montmartre, dans une boîte qui n’existe plus qui s’appelait Le Nouvel Adam…

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Il a fallu que je mette Gaston dans la confidence, car je suis supposé visiter notre bureau de Marseille…

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Je me trouvais dans ma voiture, venant de Rouen, et j’ai dû franchir le tunnel de Saint-Claud vers trois heures et quart…

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Je me suis arrêté un moment dans un bar de la rue de Ponthieu où j’ai l’habitude de parier aux courses… En fait, je suis arrivé boulevard Voltaire vers cinq heures et quart… Deux fois par semaine, je me rends à l’usine… j’ai un bureau et une secrétaire boulevard Voltaire, mais l’affaire marcherait tout aussi bien sans moi…

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Elle me soupçonne d’avoir de temps en temps une aventure, à Marseille ou à Paris…

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Il ne devait pas y avoir tellement d’abonnés pour la ligne Paris-Bordeaux.

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Il l’avait envoyé là-haut, sous les combles du Palais de Justice, consulter les Sommiers afin de savoir si Florentin avait un casier judiciaire.

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Il habitait un appartement meublé avenue de Wagram et avait loué des bureaux aux Champs-Élysées.

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Son adresse était à Montparnasse, dans un petit hôtel.

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Tu vas aller rue Notre-Dame-de-Laurette interroger les commerçants.

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Si Florentin n’avait pas été son condisciple à Moulins, n’aurait-il pas déjà demandé au juge d’instruction un mandat d’amener contre lui ?

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Il avait dû fréquenter le Fouquet’s, d’autres bars des Champs-Élysées et des environs, les cabarets, tous les endroits où l’on se donne une fausse assurance.

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N’aurait-il pas pu trouver une autre cachette que dans son taudis du boulevard Rochecouart où la police ne manquerait pas de fouiller ?

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Je ne sais plus combien j’ai donné de coups de téléphone, y compris une bonne demi-douzaine à Bordeaux.

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– Il habite Bordeaux. A Paris, il a son appartement à l’Hôtel Scribe, à deux pas de ses bureaux qui se trouvent rue Auber.
– Qui est-ce ?

Si mes renseignements sont exacts c’est, à Bordeaux, un personnage important des Chartrons, le quai où toutes les vieilles familles ont leur hôtel particulier… Il est négociant en vins, naturellement, et il travaille surtout avec l’Allemagne et les pays scandinaves…

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– Le samedi, après ma visite rue Notre-Dame-de-Lorette, je prends le rapide de Bordeaux de façon à être chez moi en fin de soirée…
– Vous êtes marié, monsieur Lamotte ?
– Marié et père de famille. Un de mes fils travaille avec moi, dans nos entrepôts de Bordeaux… Un autre est notre représentant à Bonn et fait de fréquents voyages dans le Nord… Mon gendre, lui, vit à Londres avec ma fille et mes deux petits-enfants…

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Une chose me surprend, monsieur Lamotte… Vous habitez l’Hôtel Scribe et vous pouviez, dans n’importe quel bar des environs, rencontrer de jolies femmes peu farouches…

L’homme des Chartrons ne se démontait pas et répondait patiemment aux questions, non sans une visible hauteur. Les Chartrons ne sont-ils pas le Faubourg Saint-Germain de Bordeaux et n’y trouve-t-on pas de véritables dynasties?

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J’en avais une, une de mes anciennes secrétaires, que j’avais installée dans un studio de l’avenue de la Grande-Armée…

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– Au fait, d’où vous a-t-elle dit qu’elle était ?
– Des environs de Grenoble…

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Maigret sourit. Il lui semblait être retourné à ses débuts dans la police, quand on voyait encore, sur les Boulevards, de vieux messiers à souliers vernis, à guêtres blanches, monocle à l’œil, suivre les jolies femmes.

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Victor Lamotte n’était pas amoureux. Sa vie était dans sa famille, à Bordeaux, dans sa maison austère, certains jours de la semaine à l’Hôtel Scribe et dans ses bureaux de la rue Auber.

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Savez-vous qu’elle s’était acheté un immeuble à Montmartre ?

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Il habitait un petit hôtel meublé du boulevard des Batignolles, l’Hôtel Bauséjour, et prenait ses repas au restaurant.

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Il hésita. En attendant de questionner l’assureur, il ne savait plus par quel bout reprendre l’enquête.

– Boulevard Rochechouart…

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Personne, dans les environs de la rue Notre-Dame-de-Lorette, n’a vu hier de Jaguar bleue…

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Au moment où il allait saisir son chapeau, le téléphone sonna. C’était l’inspecteur Leroy.

– Je suis dans un restaurant de la rue Lepic, patron, où il est en train de manger… Je vais en faire autant… Nous avons passé l’après-midi dans un cinéma de la place Clichy où donnait un film idiot…

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Maigret s’arrêta place Dauphine pour prendre un verre au comptoir.

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Dès le couloir mal éclairé, Maigret reconnut l’odeur car, lors de son arrivée à Paris, il avait habité un hôtel du même genre, à Montparnasse, l’Hôtel de la Reine Morte.

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– Que savez-vous d’elle ?
– Attendez… Elle ne m’a lâché que quelques petites phrases par-ci par-là… je crois qu’elle est née à Dieppe…

Au rouquin, elle n’avait pas menti. Le commissaire du quartier avait téléphoné à Dieppe, pour les obsèques et la succession.

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Elle a ajouté qu’elle était propriétaire d’une maison qu’elle avait de l’argent de côté, qu’il lui proposait de racheter un bar ou un petit restaurant du côté de la porte Maillot…

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Je suis descendu sur les Boulevards et suis allé de bar en bar… Ça n’a pas très bien commencé, mais j’ai fini par tomber sur Olga, la fille que vous avez vue, et qui attend dans une brasserie à trois maisons d’ici…

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Il préféra téléphoner boulevard Richard-Lenoir qu’il ne rentrerait pas déjeuner, se rendit à la Brasserie Dauphine et prit place dans son coin.

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Toute ahurie, elle ne trouvait rien à dire, et il se dirigea vers la porte, dut remonter jusqu’à la place Clichy pour trouver un taxi.

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A Bordeaux, vous vivez dans un milieu qui n’a guère évolué avec le temps, n’est-il pas vrai ?

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Tu vas organiser tout de suite une planque devant la maison de la rue Notre-Dame-de-Lorette…

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Ils regardèrent la télévision, ce soir-là, Mme Maigret et lui, et il dégusta deux petits verres d’alcool de framboise que sa belle-sœur leur envoyait d’Alsace.

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Toujours sans se retourner, elle a continué à descendre la rue Saint-Georges et elle est entrée cette fois dans une épicerie italienne devant laquelle Loutie s’est mis à faire les cent pas…

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Il a pénétré dans le magasin étroit, tout en longueur, pour découvrir une autre entrée donnant sur le square d’Orléans et la rue Taitbout… Bien entendu, l’oiseau n’était plus en vue…

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Vous dites ? … Il est parti hier par le rapide de Bordeaux ?… Je croyais qu’il ne quittait d’habitude Paris que le samedi soir…

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Demande-moi ses bureaux, rue Auber.

Il ne voulait laisser passer aucune chance. Rue Auber, les bureau étaient fermés le samedi et un employé qui avait du travail en retard répondait.

– Cherche-moi le numéro des roulements à billes Courcel Frères, boulevard Voltaire.

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Fernand Courcel habitait un vieil hôtel particulier quai de la Bourse, à deux pas du pont Boieldieu.

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Il nous reste François Paré… Cherche son numéro à Versailles…

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Le crime de la rue Notre-Dame-de-Lorette

Mystérieuse réunion Quai des Orfèvres
Le commissaire Maigret dans l’embarras

Dans notre édition d’hier, nous avons relaté en détail le crime qui a été commis dans un appartement de la rue Notre-Dame-de-Lorette et dont la victime est une jeune femme, Joséphine Papet, célibataire, sans profession.

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Il y avait aussi, boulevard Rochechourat, le peintre à barbiche, voisin de Florentin.

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Il marcha, sous son parapluie, du Châtelet au Quai des Orfèvres. Le vent sifflait en rafales, chargé d’eau qu’on recevait de plein fouet.

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Quand ils avaient acheté la voiture, ils s’étaient juré de ne s’en servir que pour gagner leur petite maison de Meung-sur-Loire et pendant les vacances. Ils étaient bien allés à Meung deux ou trois fois, mais c’était trop loin pour n’y passer que quelques heures, surtout qu’ils trouvaient la maison vide et que Mme Maigret avait à peine le temps de la dépoussiérer et de préparer un repas sommaire.

Ils partaient vers dix heures du matin.

– En évitant les autoroutes… s’étaient-ils dit.

Or, ils étaient des milliers de Parisiens à avoir eu la même idée et les petites routes qui auraient dû être si charmante étaient aussi encombrées que les Champs-Élysées.

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Celui-ci avait passé la soirée du samedi dans une brasserie du boulevard de Clichy.

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Florentin s’était dirigé vers un P.M.U. et avait rempli sa fiche de tiercé, après quoi il avait descendu le boulevard des Batignolles. Il ne s’était arrêté devant l’Hôtel Beauséjour.

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Il n’a plus rien à espérer, que traîner la savate à Montmartre et grappiller quelques sous par-ci par-là…

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Il appela ensuite l’Hôtel Scribe.

– C’est vous, Jean ? … Ici, Maigret… M. Victor Lamotte est-il rentré de Bordeaux ? Il est déjà parti pour son bureau ? Merci…

Maigret raccrocha et appela le boulevard Voltaire, où Fernand Courcel n’était pas arrivé.

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C’était vrai. Il existe à Paris quelques milliers de gens qui vivent en marge, d’escroqueries plus ou moins évidentes, de la naïveté ou de la cupidité de leurs semblables.

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Un bon nageur ne se noie pas en se jetant du Pont-Neuf, à quelques mètres d’une péniche, au moment où les trottoirs sont noirs du peuple…

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– Lequel d’entre eux…
– Le boiteux, Victor Lamotte, négociant en vins aux Chartrons, à Bordeaux, où l’on ne badine pas avec les questions de dignité, de préséance et, incidemment, de morale…

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– Vous me rejoignez à la Brasserie Dauphine, mes enfants ?

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En trente-cinq ans, il n’avait pas rencontré un seul de ses condisciples du lycée Banville.

Il avait fallu qu’il tombe sur Florentin.

Épalinges (Vaud), le 24 juin 1968.

Première édition : Presses de la Cité, 1968.

La tête d’un homme

Première édition : Fayard, 1931

Du couloir, des cours, des préaux, de toute cette forteresse qu’est la Santé, des rues qui l’entourent, de Paris, n’arrivait aucun bruit.

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Joseph Jean-Marie Heurtin, né à Melun, 27 ans, livreur au service de M. Gérardier, fleuriste rue de Sèvres…

On apercevait sa photographie, faite un an auparavant dans une loge foraine de Neuilly.

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Un drame sauvage à Saint-Claud. Une riche Américaine est poignardée ainsi que sa femme de chambre.

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Le commissaire Maigret, de la Policie Judiciaire, vient d’éclaircir le drame de Saint-Cloud. L’assassin est sous les verrous.

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On commençait à entendre des bruits de pas dans les couloirs et la brume se dissipait au-dessus de la Seine.

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– A La Citanguette…
– Hein? La quoi?
– Un bistrot, près d’Issy-les-Moulineaux…

 


*

Un bistrot pour mariniers, au bord de la Seine, entre Grenelle et Issy-les-Moulineaux…

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Il ne s’est guère rassuré qu’au Lion de Belfort, qu’il a regardé d’un air ahuri…

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Il a pris soudain la rue qui traverse le cimetière Montparnasse et dont j’ai oublié le nom…

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Nous sommes arrivés à Montparnasse

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Plutôt dans aucune! Il a suivi le boulevard Raspail; il est revenu ses pas par une rue transversale et il est retombé devant la gare Montparnasse…

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Une demi-heure après, nous étions aux Halles…

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On a retrouvé la Seine près de la place de la Concorde.

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Imaginez le chemin, jusqu’aux Moulineaux !

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C’est au pont Mirabeau qu’il a mis machinalement les mains dans ses poches et qu’il en a retiré un objet.

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Il était onze heures quand Maigret, après une brève entrevue avec le juge Comélieu, qui ne parvenait pas à se rassurer, arriva à Auteuil.

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Mais, au Quai des Orfèvres, on m’a appris que vous aviez posté des agents à La Citanguette…

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Vous allez filer à la rédaction du Sifflet, rue Montmartre…

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C’était rue Monsieur-le-Prince, dans un meublé modeste où Joseph Heurtin occupait une chambre au sixième étage.

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Le mercredi en question, c’était le jour du crime de Saint-Cloud.

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La villa se dressait sur la route de Saint-Germain, à un kilomètre à peine du Pavillon Bleu. Or, à minuit, Heurtin pénétrait dans cet établissement, tout seul, et buvait coup sur coup quatre grogs. Il laissait tomber de sa poche, en payant, un billet simple, de troisième classe, Paris-Saint-Claud.

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– Vers le boulevard Arago. Dufour et Janvier le filent.

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Il était quatre heures du matin quand il poussa la porte de son bureau, au Quai des Orfèvres.

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– C’est le Quai des Orfèvres qui m’appelle pour me demander où vous êtes.

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Mais, au Quai des Orfèvres, on m’a appris que vous aviez posté des agents à La Citanguette…

*

Deux fois par semaine, un jardinier de Saint-Cloud venait s’occuper du petit parc entourant la villa.

*

Or, cette nuit de juillet – c’était le 7 – les autos défilaient comme d’habitude sur la grande-route qui mène à Deauville.

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Quelques heures plus tard, Maigret pénétrait chez un marchand de chaussures du boulevard Raspail apprenait qu’une seule paire de souliers de cette sorte et de cette pointure – du 44 –avait été vendue au cours des deux dernières semaines.

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Quelques heures encore et le commissaire questionnait M. Gérardier, le fleuriste de la rue de Sèvres, retrouvait les fameux souliers aux pieds du livreur, Joseph Heurtin.

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– Comment es-tu revenu de Saint-Cloud ?
– Je ne suis pas revenu de Saint-Cloud.

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Dans sa chambre, rue Monsieur-le-Prince, on découvrit un mouchoir ensanglanté et les chimistes affirmèrent que c’était du sang humains, retrouvèrent même des bacilles repérés dans le sang de Mme Henderson.

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Une enquête appelait Maigret à Deauville.

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Il était né à Melun, alors que son père était garçon de café à l’Hôtel de la Seine et sa mère blanchisseuse.
Trois ans plus tard, ses parents reprenaient un bistrot non loin de la Maison centrale, faisaient de mauvaises affaires et allaient installer une auberge à Nandy, en Seine-et-Marne.

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A dix-sept ans, Heurtin était garçon de café à Fontainebleau, dans une hostellerie élégante.

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A vingt et un, son service militaire terminé, il arrivait à Paris, s’installait rue Monsieur-le-Prince et devenait livreur chez M. Géardier.

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Mais aucun rapport visible entre lui et la villa de Saint-Cloud.

– Étais-tu déjà allé à Saint-Cloud auparavant ?

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Souvenez-vous qu’on n’a pas pu établir de quelle manière il est revenu de Saint-Cloud à Paris…

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Il ne lui a pas fallu dix minutes. Le papier vient de la Coupole, boulevard Montparnasse.

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Le patron, de l’autre côté de la Seine, parlait à Heurtin, lui demandait vraisemblablement ce qu’il volait boire.

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Détail caractéristique, l’inspecteur, avant d’agir, éprouva le besoin de se tourner vers la Seine, de lancer un regard dans la direction de la fenêtre où se tenait son chef.

*

– Âllo… Commissariat de Grenelle?

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– La Police de Grenelle arrive…
– Cela ne servira à rien… Vous connaissez les lieux… Avec tous ces chantiers, ces matériaux entassés, ces cours d’usine, puis les ruelles d’Issy-les-Moulineaux…

*

On apercevait les riches immeubles d’Auteuil bornant l’horizon de l’autre côté de la Seine.

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Le juge Coméliau présidait, dans son appartement du Champ-de-Mars, à un dîner de vingt couverts, qui devait être suivi d’une sauterie intime.

Quant à l’inspecteur Dufour, on l’avait étendu sur la table d’acier d’un médecin de Grenelle qui surveillait, tout en enfilant une blouse blanche, la stérilisation de ses appareils.

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Et il en était ainsi d’un bout de Paris à l’autre.

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On cherchait Joseph Heurtin, condamné à mort par la Cour d’assises de la Seine, évadé de la Santé, disparu à la suite d’une rixe avec l’inspecteur Dufour dans la salle de La Citanguette.

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Et celui-ci, tout seul, quittait le Palais de Justice sans même passer par son bureau du Quai des Orfèvres, prenait un autobus pour la Bastille, sonnait au troisième étage d’un immeuble de la rue du Chemin-Vert.

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Il ne rentra pas chez lui, alors portant qu’il habitait à cinq cents mètres de là, boulevard Richard-Lenoir.

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– Le crime a été commis à Saint-Claud vers deux heures et demi du matin… Heurtin était de retour rue Monsieur-le-Prince avant quatre heures…

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Son triporteur est resté chez son patron, rue de Sèvres…

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Au carrefour Montparnasse, la vie battait son plein. Il était midi et demi. Malgré l’automne, les terrasses des quatre cafés qui s’alignent à proximité du boulevard Raspail regorgeaient de consommateurs parmi lesquels il y avait une proportion de quatre-vingt pour cent d’étrangers.

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Il y avait deux femmes que chacun connaissait, que chacun saluait, et en l’une d’elles Maigret reconnut, épaissie, vieillie, mais vêtue maintenant de fourrure, une gamine qu’il avait été appelé jadis à conduire à Saint-Lazare à la suite d’une rafle rue de la Roquette.

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Déjà revenus de Biarritz?

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Il était riche. Il avait à porte une voiture de grand sport dont il se servait pour courir à Nice, à Biarritz, à Deauville ou à Berlin selon sa fantaisie.

Il habitait un palace de l’avenue George-V depuis plusieurs années et il avait hérité de sa tante, outre la villa de Saint-Cloud, quinze ou vingt millions de francs.

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Maigret, lui, pensait au garçon à la tête d’hydrocéphale, aux longs bras, qui était plongé dans la cohue de Paris, avec un peu plus de vingt francs en poche, et que toute la police de France, au même instant, était occupée à traquer.

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Je vous présente miss Edna Reichberg, la fille du fabricant de papier de Stockholm… Championne de patinage l’an dernier à Chamonix…

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Le commissariat du quartier Montparnasse…

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Jean Radek, âgé de vingt-cinq ans, né à Brno de père inconnu, avait, d’après ces visas, séjourné à Berlin, à Mayence, à Bonn, à Turin et à Hambourg.

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Depuis la veille à cinq heures de l’après-midi, Joseph Heurtin avait disparu du boulevard Raspail, suivi par le brigadier Lucas.

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– Où es-tu?
– A Morsang…
– Hein?
– Un petit village, à trente-cinq kilomètres de Paris, au bord de la Seine…
– Et… l’autre?
– En sûreté… Chez lui!
– Morsang est près de Nandy.

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Je d’abord cru qu’on allait errer sans fin dans Paris… Il n’avait pas l’air de savoir où aller… A huit heures, nous étions arrêtés tous les deux devant la soupe populaire de la rue Réaumur et il a attendu sa pâtée pendant près de deux heures.

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C’est inouï ce que la Seine peut avoir d’attrait pour lui…

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Il a fini par se diriger vers Charenton, en suivant la berge… Je m’attendais à le voir se coucher sous un pont… Vrai! In ne tenait plus debout… Eh bien, non ! Après Charenton, cela a été Alfortville, où il a pris carrément la route de Villeneuve-Saint-Georges…

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A six heures du matin, nous marchions toujours, l’un derrière l’autre, dans les bois qui vont de Morsang à Nandy

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Avouez que vous vous n’avez pas remarqué le rôle que joue la Seine dans cette histoire. La villa de Saint-Cloud est au bord de la Seine! La rue Monsieur-le-Prince est à cinq cents mètres de la Seine! La Citanguette, où, d’après les journaux, le condamné s’est réfugié après son évasion, est au bord de la Seine! Heurtin est né à Melun, au bord de la Seine! Ses parents habitent Nandy, au bord de la Seine!…

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Jean Radek avait été enfermé au poste de police de Montparnasse, d’où il n’avait pu communiquer avec l’extérieur.

Or, à sept heures du matin, on le retrouvait à La Coupole, muni d’une somme d’au moins onze mille francs, dont dix mille, à coup sûr, étaient la veille au soir dans la poche de William crosby.

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– Combien de temps vous faut-il pour aller à Nandy? C’est un peu plus loin que Corbeil…

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Il fumait sans répit, enveloppé chaudement dans l’énorme pardessus noir qui était célèbre au Quai des Orfèvres.

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Il était bien rentré chez lui, rue Monsieur-le-Prince, à quatre heures du matin.

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Au minimum, cela lui a pris une demi-heure! Donc, il n’a pas eu le temps matériel de se rendre à Nandy…
Le village se trouve sur le plateau qui domine la Seine.

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Personne, à Nandy, ne sait la vérité…

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En revenant de Nandy, il s’était souvenu qu’il avait oublié de remettre aux héritiers de l’Américaine la clef qui lui avait été confiée pour les besoins de l’enquête, en juillet.

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William Crosby vient de se suicider, dans la villa de Saint-Cloud…

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Il n’avait pas gardé le taxi qui l’avait amené et il dut marcher jusqu’au pont de Saint-Cloud pour en trouver un.

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– Saviez-vous que votre mari devait aller cet après-midi à Saint-Cloud?

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– Je suis obligé, madame, de vous annoncer que votre mari est mort, voilé deux heures, dans la villa de Saint-Cloud…

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– A Saint-Cloud, vite.

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Essayage chez tailleur. Dîner restaurant boulevard Montparnasse.

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Je les ai conduits au Pélican, rue des Écoles.

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– Il y a longtemps que vous n’êtes pas allé à Saint-Cloud? Prononça lentement Maigret?

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7 juillet – A minuit, Joseph Heurtin boit quatre verres d’alcool au Pavillon Bleu, de Saint-Cloud, et laisse tomber un bille de chemin de fer de troisième classe.

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A quatre heures, celui-ci rentre chez lui, rue Monsieur-le-Prince.

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9 juillet. – Grâce aux empreintes de ses chaussures, il est arrêté chez son patron, rue de Sèvres. Il ne nie pas être allé à Saint-Cloud.

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12 juillet – octobre. – Il s’échappe de la Santé suivant un plan combiné par la police, erre toute la nuit à travers Paris, échoue à la Citanguette où il s’endort.

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Dès qu’il est parti, Heurtin abandonne sa faction et se dirige vers la maison de ses parents, à Nandy.

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18 octobre. – A Nandy, Heurtin s’est glissé dans une remise où sa mère le trouve et le cache.

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A Paris, Radek est relâché par le commissaire de police de Montparnasse vers sept heures.

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Radek a invité l’inspecteur Janvier à dîner, puis à boire dans un établissement du quartier Latin.

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Il a insisté pour que ses compagnons en fassent autant et, comme ils refusent, il pénètre avec elles dans un hôtel du boulevard Saint-Germain.

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Il attira un Bottin de la main, chercha la liste des P.O.P. et appela au téléphone celui du boulevard Raspail.

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Voilà donc maintenant que vous savez que j’ai reçu de l’argent hier matin au P.O.P. du boulevard Raspail.

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Desmond Taylor, un des metteurs en scène les plus connus de Hollywood, a été assassiné en 1922…

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Tout le monde, à Montparnasse, pourrait vous mettre au courant.

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Vous savez comme moi qu’à Paris, lorsqu’on porte un nom qui a une certaine valeur, on peut parfaitement vivre sans argent…

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N’empêche qu’il gagne de quatre à cinq cent mille francs par an et qu’il a une magnifique villa à Versailles, une voiture de luxe…

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Un individu comme Radek, dont la mère était servante dans une petite ville de Tchécoslovaquie… Est-ce que les Parisiens savent seulement où ça se trouve au juste, la Tchécoslovaquie?

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Heurtin qui a laissé ses traces partout et qui s’est montré à Saint-Cloud…

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Demandez à Saint-Cloud sin on a jamais aperçu un garçon dans mon genre…

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C’était à une terrasse de Montparnasse.

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L’enterrement avait eu lieu le 22 octobre. Le 23, à onze heures du soir, Radek achevait de dîner dans un restaurant du quartier des Champs-Élysées.

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Deux autos roulèrent bientôt l’une derrière l’autre dans la direction d’Auteuil.

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Mais Mme Crosby ne se dirigeait pas vers Paris. Une demi-heure plus tard on était à Saint-Cloud et elle laissait l’auto à proximité de la Villa.

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On a supposé que Heurtin, en s’enfuyant, l’avait lancé dans la Seine…

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De trois heures du matin au lever du jour, la lumière brilla dans le bureau de Maigret, au Quai des Orfèvres, et les rares policiers qui eurent à faire dans la maison entendirent un murmure de voix monotone.

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Sa mère était servante, dans une petite ville de Tchécoslovaquie…

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A plusieurs reprises il décharge des légumes, aux Halles, pour gagner quelques sous…

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A Montparnasse, il est assis tout à côté de gens heureux, riches, bien portants.

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Entendu pour les cent mille francs. Envoyez la clef aux initiales M.V., boulevard Raspail, bureau du P.O.P.

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A Paris, livreur aux appointements de six cents francs par mois, il souffre et se réfugie dans le rêve, dévore les romans bon marché, court les cinémas, imagine des aventures merveilleuses.

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Peut-être en sera-t-il réduit à plonger dans la Seine un soir qu’il n’aura pas les quelques sous nécessaires à son café-crème…

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Il obéit aux instructions, mais sans confiance, d’une façon mécanique, et, une fois dans Paris, il erre sans but, finit par s’abattre sur un lit et par dormir, ailleurs, enfin, qu’au quartier de la Grande Surveillance où ne dorment que des gens qui attend la guillotine.

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Quand Radek sort, c’est entre deux agents, et Heurtin s’en va machinalement, vers le terrier, vers la maison de Nandy où il n’a plus le droit de se montrer…

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Donc, j’irai à Saint-Cloud… Et j’y trouverai Crosby bien en peine d’expliquer sa présence!

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Si l’arme n’est pas là, elle devra gagner Saint-Cloud et chercher dans un placard

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Et Radek lui-même m’a emmené à la Citanguette, puis à Saint-Cloud.

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Mme Crosby, troublée par les révélations de l’Assassin, brisée by cette odieuse démarche au bistro, arrivait dans la villa de Saint-Cloud, pénétrait dans la chambre même où le double crime avait été commis…

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Je dois ajouter qu’il sait perdre… Nous avons passé le reste de la nuit ensemble, Quai des Orfèvres.

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J’ai assisté à une exécution, en Allemagne…

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Il rentra directement au Quai des Orfèvres, chargea le poêle de son bureau jusqu’à la gueule, tisonna à en casser la grille…

 

La vie devient tellement triste si tous les amis d'enfance s'en vont. Photo de Megan Jorgensen.
La vie devient tellement triste si tous les amis d’enfance s’en vont. Photo de Megan Jorgensen.

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