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Maigret en Vendée

Maigret en Vendée

Maigret en Vendée, par Georges Simenon

Maigret a peur

L’invalide du Gros-Noyer

Un peu avant le pont, en descendant de chez les Chabot, Maigret avait tourné à droite et, depuis dix minutes, il suivait une longue rue qui était ni ville ni campagne.

Au début, les maisons, blanches, rouges, grises, y compris la grande maison et les chais d’un marchand de vins, étaient encore accolées les unes aux autres, mais cela n’avait pas le caractère de la rue de la République, par exemple, et certaines d’entre elles, blanchies à la chaux, sans étage, étaient presque des chaumières.

Puis il y avait eu des vides, des venelles qui laissaient entrevoir les potagers descendant en pente douce vers la rivière, parfois une chèvre blanche attachée à un piquet.

Il ne rencontra à peu près personne sur les trottoirs mais, par les portes ouvertes, aperçut, dans la pénombre, des familles qui semblaient immobiles, à écouter la radio ou à manger de la tarte, ailleurs, un homme en manches de chemise qui lisait le journal, ailleurs encore, une petite vieille assoupie près d’une grosse horloge à balancer de cuivre.

Les jardins, petit à petit, devenaient plus envahissants, les vides plus larges entre les murs, la Vendée se rapprochait de la route, charriant les branches arrachées par les dernières bourrasques.

Maigret, qui avait refusé de se laisser conduire en voiture, commençait à le regretter, car il n’avait pas pensé que le chemin était aussi long , et le soleil était déjà chaud sur sa nuque. Il mit près d’une demi-heure à atteindre le carrefour du Gros-Noyer, après lequel il ne semblait y avoir que des prés.

Trois jeunes gens, vêtus de bleu marine, les cheveux cosmétiqués, qui se tenaient adossés à la porte d’une auberge et ne devaient pas savoir qui il était, le regardaient avec l’ironie agressive des paysans pour l’homme de la ville égaré chez eux.

– La maison de Mme Page ? Leur demanda-t-il.

– Vous voulez dire Léontine ?

– Je ne connais pas son prénom.

Cela suffit à leur faire rire. Ils trouvaient drôle qu’on ne connût pas le prénom de Léontine.

Si c’est elle, allez voir à cette porte-là.

La maison qu’ils lui désignaient, ne comportait qu’un rez-de-chaussée, si bas que Maigret pouvait toucher le toit de la main. La porte, peinte en vert, était en deux parties, comme certaines portes d’étable, la partie supérieure ouverte, la partie inférieure fermée.

D’abord, il ne vit personne dans la cuisine qui était très propre, avec un poêle de faïence blanche, une table ronde couverte d’une toile cirée à carreaux, des lilas dans un vase bariolé sans doute gagné à la foire ; la cheminée était envahie par des bibelots et des photographies.

Il agita une petite sonnette pendue à une ficelle.

– Qu’est-ce que c’est ?

Maigret la vit sortir de la chambre dont la porte s’ouvrait sur la gauche : c’étaient les seules pièces de la maison. La femme pouvait avoir aussi bien cinquante ans que soixante-cinq. Sèche et dure comme l’était déjà la femme de chambre de l’hôtel, elle l’examinait avec une méfiance paysanne, sans s’approcher de la porte.

– Qu’est-ce que vous voulez ?

Puis, tout de suite :

– Ce n’est pas vous dont ils ont mis la photo dans le journal ?

Les vacances de Maigret

Maigret avait-il espéré obtenir un effet de surprise ? Dans ce cas, il dut déchanter. Le docteur Bellamy, tout d’abord, ne parut pas entendre sa phrase qui s’était fondue dans la rumeur montant de la plage et de la mer. Il eut le temps de faire quelques pas avant d’être atteint par l’écho des derniers mots du commissaire plutôt que par la voix de celui-ci.

Alors, il y eut un léger étonnement sur son visage. Il adressa un petit coup d’oeil à son compagnon, comme s’il cherchait le pourquoi d’une ambiguïté. Maigret, de son côté, était si sensible en face d’un partenaire de sa taille, si en état de réceptivité, qu’il lui semblait capter les moindres nuances de la pensée de l’autre et qu’il enregistrait une vague déception, un reproche inexprimé.

Quelques secondes plus tard, c’était déjà du passé, Bellamy n’y pensait plus, ils continuaient tous les deux à arpenter le Remblai à pas égaux et ils regardaient tous les deux, machinalement, la courbe harmonieuse de la plage qui avait quelque chose de féminin, de presque voluptueux. C’était l’heure où la mer commençait à devenir plus pâle, un peu frissonnante, avant l’embrasement du couchant.

– Vous êtes né à la campagne, n’est-ce pas ?

On aurait dit que leurs pensées, comme leurs pas, s’accordaient à nouveau, que, comme de vieux amants, ils n’avaient plus besoin de longues phrases, mais seulement d’une sorte d’algèbre du langage.

– Je suis né à la campagne, oui.

  • Moi, je suis né dans une vieille maison que ma famille possède à quelques kilomètres d’ici, dans le marais.

Il n’avait pas dit le château, mais le commissaire savait que les Bellamy avaient un château de famille dans la région.

– De quelle province êtes-vous ?

D’autres auraient dit département, et Maigret saluait au passage ce mot province qu’il aimait.

– Du Bourbonnais.

On ne sentait aucune vaine curiosité. Les questions n’avaient aucune banalité.

– Vos parents étaient cultivateurs ?

– Mon père était régisseur dans un château et dirigeait une vingtaine de métairies.

On lui posait exactement les questions qu’il aurait posées et il ne s’en offusquait pas, bien au contraire. Ils continuaient de marcher en silence. En silence aussi, ils traversaient la rue, un peu plus loin que le casino. Machinement, le docteur Bellamy enfonçait la main dans sa poche pour y prendre sa clef. Il s’arrêtait un moment sur le seuil, tâtonnait, poussait le battant peint en blanc.

Maigret entrait, sans gêne ni étonnement. Ses pieds foulaient l’épais tapis du corridor où, dès le premier pas, on se sentait entouré de confort et de bien-être.

Il eût été difficile de composer un intérieur plus calme et plus harmonieux, sans lourdeur dans la richesse, sans rien pour accrocher le regard, et la lumière elle-même y avait une qualité qu’on appréciait comme un bon vin, comme certaines matinées pétillants de printemps. De grandes baies vitrées étaient ouvertes sur des salons où les fauteuils semblaient avoir été occupés quelques instants auparavant.

Jeumont, 51 minutes d’arrêt

C’est toujours avec le 106 qu’il arrive des histoires, un train qui quitte Berlin à onze heures du matin avec un ou deux wagons de Varsovie, qui passe à Liège à 23 h 44, à l’heure où la gare est vide (on n’attend que son départ pour fermer) et qui enfin arrive à Erquelines à 1 h 57.

Cette nuit-là, les marchepieds des wagons étaient blancs de givre et glissants. A Erquelines, les douaniers belges, qui n’ont pour ainsi dire rien à faire à la sortie, passèrent dans les couloirs, ouvrirent quelques compartiments au hasard et se hâtèrent d’aller se regrouper autour du poêle.

A 2 h 14 déjà, le train s’ébranlait pour franchir la frontière et atteindre Jeumont à 2 h 17.

– Jeumont, 51 minutes d’arrêt! … criait un employé en courant sur le quai avec sa lanterne.

À Liège, j’ai vu madame devant moi (Lena Leibach) qui voulait passer dans le couloir. Aussitôt le monsieur de l’autre coin (Otto Braun) s’est levé et lui a demandé en allemand où elle allait.

– Je veux prendre l’air un instant, dit-elle.

Et suis sûr qu’il lui à répondu : – Reste!

Plus loin, Bonvoisin disait encore :

– A Namur, elle a de nouveau voulu descendre, mais Otto Braun, qui paraissait dormir, a fait un mouvement et elle est restée. A Charleroi, il y a encore eu une conversation entre eux, mais je commençais à dormir et je n’en ai qu’un souvenir vague…

Donc, à Charleroi, Otto Braun vivait toujours. Vivait-il encore à Erquelines? On ne pouvait pas le savoir. Le douanier s’était contenté d’entrouvrir la porte et, voyant tout le monde dormir, il n’avait pas insisté.

Donc, fatalement, entre Charleroi et Jeumont, soit dans l’espace d’une heure et demie environ, un des voyageurs avait dû se lever, s’approcher d’Otto Braun et lui enfoncer une aiguille dans le cœur.

Les antiquités sont des rescapés de l’Histoire, sauvés par hasard des naufrages du temps.(Francis Bacon, Traité de la Valeur et de l’Avancement des Sciences.). Photo de Megan Jorgensen.
Les antiquités sont des rescapés de l’Histoire, sauvés par hasard des naufrages du temps.(Francis Bacon, Traité de la Valeur et de l’Avancement des Sciences.). Photo de Megan Jorgensen.

Le charretier de La Providence

Première édition : Fayard, 1931

Des faits le plus minutieusement reconstitués, il ne se dégageait rien, sinon que la découverte des deux charretiers de Dizy était pour ainsi dire impossible.

*

À ce moment, il y avait dans le port, au-dessus de l’écluse 14, qui fait la jonction entre la Marne et le canal latéral, deux péniches à moteur avalantes, un bateau en déchargement et une vidange.

*

Le charretier et le patron se dirigeaient vers le café, où se trouvaient d’autres mariniers et deux pilotes de Dizy.

*

L’éclusier accompagna ses parents jusqu’à la grand-route d’Épernay, qui franchit le canal à deux kilomètres de l’écluse.

*

Le matin même, le Parquet d’Épernay avait fait, sur les lieux, la descente légale et, après la visite de l’Identité Judiciaire et des médecins légistes, le corps avait été transporté à la morgue.

*
– Il n’y avait presque rien dans le bief : deux moteurs avalants, un moteur montant, qui a éclusé l’après-midi, une vidange et deux panamas. Puis le chaudron est arrivé avec ses quatre bateaux…

Et Maigret apprenait qu’un chaudron est un remorqueur, qu’un panama est un bateau qui n’a ni moteur ni chevaux à bord et qui loue un charretier avec ses bêtes pour un parcours déterminé, ce qui constitue de la navigation au long jour.

En arrivant à Dizy, il n’avait vu qu’un canal étroit, à trois kilomètres d’Épernay, et un village peu important près d’un pont de pierre. Il lui avait fallu patauger dans la boue, e long du chemin de halage, jusqu’à l’écluse, qui était elle-même distante de deux kilomètres de Dizy.

*

A cent mètres, un petit train Decauville allait et venait dans un chantier, et son conducteur, à l’arrière de la locomotive en miniature, avait fixé un parapluie sous lequel il se tenait, frileux, les épaules rentrées.

*

C’était la question que la police d’Épernay, le Parquet, les médecins, les techniciens de l’Identité Judiciaire s’étaient posée avec ahurissement et que Maigret tournait et retournait dans sa lourde tête.

*

Son bracelet, en or et platine, travaillé dans le goût ultramoderne, était plus esthétique que coûteux mais portait la signature d’un jouailler de la place Vendôme.

*

Les polices d’Épernay, de Reims et de Paris, munies d’une photographie du cadavre, essayaient en vain, depuis le matin, d’établir son identité.

*

Au surplus, un commissaire de police d’Épernay avait questionné tout le monde et Maigret avait à sa disposition le procès-verbal de ces interrogatoires d’o rien ne ressortait, sinon que la réalité était invraisemblable.

Le charretier de La Providence. Photo : ElenaB.

*

Le bateau-citerne arrivé le dimanche après-midi et reparti le lundi matin transportait de l’essence et appartenait à une grosse compagnie du Havre.

*

L’éclusier lui avait remis le Guide officiel de la Navigation intérieure où des localités inconnues, comme Dizy, prennent, prennent, pour des raisons topographiques, ou à cause d’une jonction, d’un croisement, de la présence d’un port, d’une grue, voire d’un bureau de déclaration, une importance insoupçonnée.

*

Il essayait de suivre, en esprit, péniches et charretiers : – Ay – Port – Écluse #13… Mareuil-sur-Ay – Chantier de construction de bateaux – Port – Bassin de virement – Écluse # 12 – Côte 74,36… Puis Bisseuil, Tours-sur-Marne, Condé, Aigny…

*

Tout à l’autre bout du canal, par-delà le plateau de Langres, que les bateaux escaladaient écluse par écluse et qu’ils redescendaient sur l’autre versant, la Saône, Chalon, Mâcon, Lyon…

*

– Vous arrivez par la Marne ?
– Par la Marne, bien entendue…

*

Au quai des Orfèvres sa placidité était légendaire.

*

– Sir Walter Lampson, colonel en retraite de l’Armée des Indes!

*

– Vous habitez la France?
– La France, l’Angleterre… Quelquefois l’Italie… Toujours avec mon bateau, le Southern Cross…

*

– Nous y sommes restés une quinzaine de jours, après avoir passé un mois à Londres…
– Vous viviez à bord ?
– Non ! Le bateau était à Auteuil. Nous sommes descendus à l’Hôtel Raspail, à Montparnasse…

*

– Que s’est-il passé à Meaux ? Et, avant tout, quand y êtes-vous arrivés ?
– Mercredi soir… Meaux est à une étape de Paris… Nous avions emmené deux amies de Montparnasse…

*

– Vous allez en Méditerranée?
– A l’île de Porquerolles, en face d’Hyères, où on passe la plus grande partie de l’année… Le colonel a acheté là-bas un ancien fort, le Petit Langoustier…

*
Elles sont chaque soir à la Coupole… Elles habitent l’hôtel qui fait le coin de la rue de la Grande Chaumière…

– Il y a un garage, pour louer une auto?
– A Épernay…
– Willy… Téléphonez pour une voiture… Tout de suite, n’est-ce pas?
– Il y a le téléphone au Café de la Marine ! fit Maigret tandis que le jeune homme, avec mauvaise humeur, endossait son ciré.
– Où est Vladimir?
– Je l’ai entendu rentrer tout à l’heure…
– Dites que nous dînerons à Épernay…

*

– Demain… D’abord Épernay, n’est-ce pas?

*

Il connaissait l’écluse de Meaux, qui est d’autant plus importante, que, comme celle de Dizy, elle fait la jonction entre la Marne et le canal où se trouve un port en demi-lune, toujours encombré de péniches pressés bord à bord.

*

Là-dedans, au milieu des mariniers, le Southern Cross illuminé, avec les deux femmes de Montparnasse, la grasse Gloria Negretti, Mme Lampson, Willy et le colonel dansant sur le pont au son du phonographe, buvant…

*

Ils jouaient aux cartes – à soixante-six, un jeu de l’Europe Centrale.

*

Tout de suite après votre coup de téléphone, je suis allé à l’hôtel en question, au coin de la rue de la Grande-Chaumière.

*

Suzanne Verdier, dite Suzy, née à Honfleur en 1906… Lia Lauwenstein, née dans le Gand-Duché de Luxembourg en 1903… La première est arrivée à Paris voilà quatre ans comme bonne à tout faire, puis a travaillé quelque temps comme modèle… La Lauwenstein a surtout vécu sur la Côte d’Azur…

*

– Elles ont connu le colonel à Paris?
– Quelques jours plus tôt…

*

Vendredi, Mary Lampson serait venue à Paris où, à la Coupole, elle aurait rencontré nos deux créatures.

*

N’oubliez pas que le crime a été commis le dimanche après dix heures du soir, alors que le Southern Cross était amarré à La Ferté-sous-Jouatre…

*

… C’est Meaux? Oui, La Providence… Elle a chargé toute la journée de jeudi à Meaux? Partie vendredi à trois heures du matin? Pas d’autres? L’Eco III… C’est un bateau-citerne, n’est-ce pas? Vendredi soir à Meaux…

*

Nous appelons ça du goudron de Norvège.

*
– Attendez… Mareuil… Condé… Vers Aigny, il y a une dizaine de péniches qui se suivent et qui lui feront perdre du temps… L’écluse de Vraux n’a plus que deux vannes en état… Mettons qu’elle soit à Saint-Martin.

*

– Et L’Eco III?
– Il devrait être à La Chaussée… Mais un avalant m’a dit hier au soir qu’il avait cassé son hélice à l’écluse 12… Si bien que vous le rencontrerez à Tours-sur-Marne, à quinze kilomètres.

*

Quand Maigret monta sur la bicyclette qu’il avait louée, il aperçut le colonel installé dans un rocking-chair, sur le pont du yacht, ouvrant les journaux de Paris que le facteur venait d’apporter.

*

Dans l’écluse de Saint-Martin, il y avait un bateau, mais ce n’était pas encore La Providence.

– Ils doivent déjeuner dans le bief au-dessus de Châlons ! annonça l’éclusière qui allait en venait d’une porte à l’autre, suivie de deux gosses accrochés à ses jupons.

*

Vous savez sans doute qu’un crime a été commis à Dizy…

*

Tout le monde nous connaît sur les canaux, depuis Liège jusqu’à Lyon.

*

– J’ai déjeuné ! annonça Maigret en pénétrant au Café de la Marine, où Lucas était installé près d’une fenêtre.
– A Aigny? questionna le patron,

*

A peine le commissaire, peinant sur sa bicyclette, se rapprochait-il de Dizy, que le temps se remettait au gris.

*

J’ai vu ses papiers : un vieux carnet militaire, dont on peut à peine tourner les pages, tant elles poissent, au nom de Jean Liberge, né à Lille en 1869.

*

Après… On a dû vous parler de Monaco, puis de l’histoire de Nice… La vérité n’est peut-être pas si vilaine… Un bon conseil : ne croyez jamais ce que raconte une Américaine d’âge mûr qui passe son temps joyeusement sur la Riviera et dont le mari arrive sans prévenir de Chicago…

*

Comme vous n’avez jamais vécu aux Indes, ni à Londres, que vous n’avez pas eu trente boys et je ne sais combien de jolies filles à votre disposition…

*

Le collier dont je vous parlerai tout à l’heure a été mis vingt fois au Mont-de-Piété…

*

Quand nous avons quitté Paris la semaine dernière – nous nous sommes mardi, je crois? – la caisse était très bas… Le colonel a télégraphié à Londres pour demander une avance sur la pension… Nous l’attendions à Épernay… Le mandat est peut-être arrivé à l’heure qu’il est…
Seulement, à Paris, je laissai quelques dettes…

*

L’histoire du collier m’ennuyait… Le vendredi, je suis allé à Paris…

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Il a déjà une femme enterrée près de Lima, une autre remariée avec un New-Yorkais et qui finira sous le sol américain…

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Elle a quarante-deux ans, trois enfants et est la femme d’un certain Piedboeuf, boulanger dans la rue Haute…

*

Maigret s’était couché de bonne heure, tandis que l’inspecteur Lucas, à qui il avait donné des instructions, s’en allait à Meaux, Paris et Moulins.

*

A cent mètres du Southern Cross, dans la direction du ont de pierre et de la route d’Épernay, quatre ou cinq hommes essayaient de saisir quelque chose flottant sur l’eau à l’aide d’une lourde gaffe de péniche, tandis qu’un marinier détachait son bachot, commençait à godiller.

*

Téléphonez à la police d’Épernay… Un médecin…

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Vladimir n’en avait pas trouvé à Dizy… J’ai voulu aller à Épernay…

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– Vous êtes allé à pied jusqu’à Épernay?

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Police Judiciaire! Dit Maigret en se présentant à son collègue d’Épernay.

*

– Le Frédéric, qui a couché ici, a dû partir vers trois heures et demie, écluser à Ay à cinq heures…

*

J’habite à cinq cent mètres, une des premières maisons de Dizy… En arrivant ce matin, pour voir si des bateaux descendaient la Marne et avaient besoin de moi, ça m’a frappé…

*

A droite, la route d’Épernay s’étendait, toute droite, encore luisante des pluies de la veille, et des voitures passaient en trombe.

*

A gauche, le chemin faisait un coude dans le village de Dizy.

*

Est-ce que Willy faisait partie du Yacht Club de France?

*

Et aussi du Royal Yacht Club d’Anglettere ?

*

Et le juge, qui passait pour un des magistrats les plus désagréables d’Épernay – un Clairfontaine de Lagny, fier de ses particules – , essayait son lorgnon, le dos au feu.

*

Il tenait à la main une casquette à large écusson doré portant les armes du Yacht Club de France.

*

– Ma maison est à Porquerolles … Il me faut une semaine rien que pour atteindre la Saône…

*

D’autre part, sir Lampson avait déclaré qu’il avait rencontré sa femme à Nice où, bien que divorcée d’avec un Italien du nom de Ceccaldi, elle portait encore son nom.

*

La Southern Cross venait de partir, vers le Midi, vers Porquerolles, vers le Petit Langoustier qui avait vu tant d’orgies.

*

Et il était presque décidé à retourner à Meaux, voire à Paris, à refaire pas à pas le chemin parcouru par le Southern Cross.

*

Il ne s’agit pas de l’accident d’auto… Le noyé de Dizy…

*

Il n’avait pas fait cent mètres qu’il lançait trois coups de sirène pour avertir l’écluse d’Ay de son arrivée.

*

Maigret avait arrêté la camionnette d’un boulanger qui passait dans la direction d’Épernay.

*

Il n’aura pas seulement assez d’argent pour aller jusqu’à Porquerolles…

*

C’est un bateau qui était près de nous, à Meaux…

*

Est-ce qu’on sait seulement comment est morte la première femme de Walter, aux Indes?

*

Maigret attendait le yacht à l’écluse d’Aigny.

*

– Peut-être dans le bief de Juvigny, à cinq kilomètres d’ici…

*

Pas loin de Vitry-le-François… Ils vont bon train, car ils ont de rudes bêtes, et surtout un charretier qui ne regarde pas à sa peine…

*

A Vésignol, trois bateaux attendaient leur tour. A Pogny, ils étaient cinq.

*

Attendez !… La Madeleine a dû aller à La Chaussée, où le beau-frère du patron est bistro… La Miséricorde a couché en dessous de mon écluse…

– Venant de Dizy ?

*

Elle est allée jusqu’à Omey, à deux kilomètres, où il y a un port…

*

Quand il aperçut l’écluse de Vitry-le-François, la nuit tombait, piquetée des fanaux blancs d’une soixantaine de bateaux en file indienne.

*

… Ta belle-sœur, qui était à Chalon-sur-Saône, te fait dire qu’elle te retrouvera sur le canal de Bourgogne…

*

Le mécanicien, qui est venu de Reims, en a eu pour cinq minutes…

*

– Vous n’êtes pas venu de Dizy, au moins ?
– De Dizy, oui!

*

Vous avez passé la nuit à Omey ?

*

C’est du genièvre que nous rapportons de Belgique à chaque voyage…

*

Et, une fois à Vitry, nous sommes tranquilles… La plupart des bateaux prennent le canal de la Marne au Rhun… Vers la Saône, c’est plus calme…

*

Il était vête, comme à Dizy, d’un vieux complet de velours à côtes, coiffé d’un feutre passé qui avait perdu son ruban depuis longtemps.

*

Vous n’avez pas emprunté un vélo à l’éclusier de Pogny ?

*

Vous avez pris, cette nuit, à Pogny, le vélo de l’éclusier ! accusa-t-il lentement, sans quitter les deux objets des yeux.

*

Des raisins d’Espagne ?

*

Au dernier moment, il avait appris que le Southern Cross, trématant la plupart des péniches, était à Vitry-le-François et s’était amarré un bout de la file des bateaux qui attendaient.

*

Il ne retrouva pas le chemin de l’hôpital et dut demander sa route à plusieurs reprises, car toutes les rues le ramenaient invariablement à la place du Marché.

*

Dix minutes plus tard, il était dans les bureaux de la police, envoyait un agent en motocyclette à Épergnay avec mission de transmettre les empreintes à Paris par bélinographe.

*
De l’écluse, il se mit en relation téléphonique avec le Café de la Marine de Dizy, où on lui apprit que l’inspecteur Lucas venait de passer et qu’il avait loué une auto à Épernay pour se faire conduire à Vitry-le-François.

*

A Meaux, rien, sinon que le yacht a déclenché un petit scandale…

*
– Que raconte-t-il à Dizy?

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Vous me donnerez l’Identité Judiciaire, à Paris…

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Jean Évariste Darchambaux, né à Boulogne, actuellement âgé de cinquante-cinq ans…

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– Docteur en médecine, marié, à vingt-cinq ans, à une certaine Céline Mornet, d’Étampes… Installé à Toulouse, où il a fait ses études…

*

Deux ans après son mariage, à vingt-sept ans, Darchambaux est accusé d’avoir empoisonné sa tante, Julia Darchambaux, qui était venue rejoindre le ménage à Toulouse et qui réprouvait son genre de vie… La tante était fortunée… Les Darchambaux étaient les seuls héritiers…

*

Le directeur de Saint-Laurent-du-Maroni a voulu faire travailler Darchambaux dans un des hôpitaux de la colonie pénitentiaire…

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Placé comme infirmier à Saint-Laurent, il sollicite lui-même son retour à la colonie…

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Vous avez dit qu’elle est née à Estampes, n’est-ce pas?

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Voyez aussi à Moulins si Marie Dupin a de la famille à Étampes…

*

Je lui disait que ce n’était rien, qu’il guérirait, que nous essaierions d’avoir un chargement pour l’Alsace, où, l’été, le pays est très joli…

*

Il évoquait la femme morte, enfouie sous la paille de l’écurie de Dizy, puis le corps de Willy qui flottait sur le canal et que des gens, dans le froid matinal, essayaient d’accrocher avec une gaffe.

*

A la morgue d’Épernay, dans une chambre glaciale, tapissée de casiers métalliques comme les sous-sols d’une banque, deux corps attendaient, chacun dans une boîte numérotée.

*

Et à Paris, deux petites femmes aux fards mal appliqués devaient traîner leur sourde angoisse de bar en bar.

*

Céline Mornet n’a plus donné signe de vie à Étampes depuis le jour où elle a réclamé les papiers nécessaires à son mariage avec Darchambaux…

*

C’est elle que vous avez tuée à Dizy!

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C’était à Meaux… N’est-ce pas?

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Sinon, il n’était pas besoin de la conduire d’abord à Dizy…

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Vous êtes venu rôder à Dizy, avec l’idée de faire quelque chose, n’importe quoi, pour les détourner…

*

– Qu’est-ce que c’est ?
– On a la réponse de Moulins…

*

La boulangère Marie Dupin déclare qu’elle avait, à Étampes, une arrière-cousine nommée Céline Mornet.

*

La même chose que jadis, quand elle criait aux jurés qu’elle suivrait son mari en Guyane…

*

Alors, sur la Côte d’Azur, où elle avait rencontré un premier admirateur prêt à l’épouser, elle a eu l’idée de faire venir de Moulins l’extrait d’acte de naissance d’une petite-cousine dont elle se souvenait…

*

Deux bateaux attendaient devant l’écluse de Vitry-le-François, se dirigeant vers Dizy.

*

Le bief, au-dessous de Vitry-le-François, était encombré.

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