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Littérature sur l’Atlantide

Littérature sur l’Atlantide

Romans historiques sur l’Atlantide

Publié aux États-Unis en 1886, le roman atlantidien Atla de J.G. Smith, inaugure le roman atlantidien anglo-saxon. Un peu plus tard, autour de 1900, plusieurs romanciers évoquent le passé d’Atlantis, reconstituant les événements qui précédèrent ou provoquèrent le cataclysme, et préservant le plus souvent un échantillon humain garant de la descendance atlante.

Ces œuvres abordent le thème fantastique de la survie des Atlantes, des Lémuriens ou des Muviens, abondantes au XXe siècle.

Les écrivains reprennent le motif habituel de l’isolat violé par l’irruption du « héros » civilisationniste et correspondent au schéma des mondes perdus victoriens : exode-survie-isolement-découverte-destruction.

Les bouleversements grandioses de la civilisation au début du XXe siècle conduisent pourtant peu à peu à une nouvelle dialectique : survie-isolement-découvert-surgissement-menace. La mue de la littérature atlantidiennes, parallèle à celle des récits de mondes perdus, aboutit graduellement au climat irrationnel où baigne la société occidentale des années 1930.

L’évocation « historique » de l’Atlantide antique se fait dans le cadre strict de la référence platonicienne et se base sur l’histoire ancienne et de culture classique. Un certain nombre de romans pseudo-historiques visent à détailler les événements précédant le drame : prétextes à une intrigue parfois conventionnelle entrecoupée d’idylles et de complots, qui débouche sur le spectaculaire paroxysme final et son épilogue.

Pourtant, même des « romances » les plus falotes se dégage une structure mythique et archétypale qu’on retrouve dans les légendes des peuples atlantiques et méditerranéens se rapportant au Déluge. Plusieurs auteurs épousent peu ou prou ce schéma, même si des nuances sont perceptibles, dues principalement aux exigences de la narration romanesque et à une volonté didactique de la part de certains écrivains atlantomanes.

Poseidon’s Paradis de G.G. Birkmaier, paru en 1892, marque une volonté de transposer les idées d’Ignatius Donnely ; Fugitive Anne (1902) de Mrs. C. Praed celles d’Auguste Le Plongeon ; Adam’s First Wife (1929) de J. et R. Speller celles de Scott-Elliot ; The Monster of Mu (1932) d’O. Rutter évoque les idées de Churchward ; l’ouvrage du scientifique écossais J. L. Mitchell, Three Go Back (1932) soutient la théorie diffusionniste.

De même, l’emplacement de l’Atlantide correspond à une influence des théories pseudoscientifiques : l’Atlantide est américaine dans Atla de J.G. Smith (roman paru en 1886), dans Yermah the Dorado (1897) de F.E. Wait (Colburn) et dans Le Continent perdu. Le pays est crétois et américain dans Tapestry of Time (1927) de J.C. Crawford ; il est nord-africain dans The Los Garden (1930) de G.C, foster ; Atlantide originellement basque apparait dans Three Go Back… Les colonies atlantes sont réfugiées jusqu’en Égypte dans Prince of Atlantis (1929) de L.E. Roy.

En greffant le thème du Déluge sur le mythe atlantidien, le romancier se livre à une opération de syncrétisme, qui rejoint d’ailleurs les préoccupations de la pseudoscience de l’époque, mais qui ne laisse pas d’étonner le lecteur moderne, les héros Deucalion et Noée se retrouvant les survivants du cataclysme dans Poseidon’s Paradise, Le Continent perdu et The Lost Garden. Ici le contenu de la mythologie est récupéré par la fiction.

Quant aux structures mythiques, elles transparaissent dans certains romans où un personnage de haute lignée, élu des dieux, est le héros de l’histoire : Deucalion dans Poseidon’s Pradise et Le Continent perdu, Yermah dans Yermah the Dorado, Astrellon dans The Tapestry of Time, Atlan dans Prince of Atlantis, On-Ra dans The Lost Garden.

L’avertissement solennel lancé à la cité est toujours dédaigné, comme celui de Zaemon dénonçant les débauches de la reine Phorenice dans Le Continent perdu, ou l’inscription gravée sur sphinx de La Fin d’Atlantis (Jean Carrère, 1926) qui prophétise « Un grand soir viendra – Sans nouvelle Aurore ».

Au XXe siècle, ces diverses mises en garde s’adressent à des royaumes décadents minés par les complots (Atla Story of the Lost Island, de J. G. Smith, etc.) ou les enlèvements (Poseidon’s Paradise), mais fondamentalement rongés par la dégradation de la for (Book of Angels, Atlantis), ainsi que par l’adoration de faux dieux (Yeramh the Dorado, Prince of Atlantis…). En effet, conformément au texte de Platon qui évoque les dieux courroucés désireux de punir les Atlantes, « tout infectés qu’ils étaient d’injustes convoitises et de l’orgueil de dominer », la cité s’abîme dans les flots, victime de l’ire divine.

Les impératifs narratifs de la science-fiction s’insinuent dans la trame mythique, mais sans l’oblitérer tout à fait : ainsi dans Le Continent perdu et The Tapestry of Time, les Atlantes qui, en usant de l’arme nucléaire, ont voulu jouer les apprentis sorciers, apprennent à leurs dépens que l’homme doit se garder de défier la puissance divine.

La Fin d’Illa de José Moselli et La Fin d’Atlantis de Jean Carrère sont deux tragédies qui correspondent à deux visions de l’époque.

José Moselle, dans La Fin d’illa, paru en 1925, décrit une civilisation totalitaire, moralement dégradée, qui finit par s’autodétruire par la « pierre-zéro », c’est-à-dire la désintégration nucléaire. Ici se fait jour une volonté de pédagogie pacifiste que partageront beaucoup d’auteurs, notamment les auteurs français.

Dans La Fin d’Atlantis, la lutte de deux factions s’achève tragiquement, une machine volante provoquant le cataclysme final. L’épigraphe de l’ouvrage résume la philosophie de Carrère : Un grand peuple ne peut mourir que de lui-même.

La vision de Moselle est désespérée : après des millénaires, ce sont les restes de la civilisation d’Illa qui entraîneront la destruction de San Francisco en 1906. Pour Carrère, les mots justice et humanisme ont un sens, malgré les affres de l’histoire : avant de mourir, un Égyptien aura la vision de la Sainte Famille et du Dieu futur. Deux philosophies différentes, mais deux ouvrages importants…

Un grand soir viendra – Sans nouvelle aurore (Jean Carrère). Illustration : Megan Jorgensen.
Un grand soir viendra – Sans nouvelle aurore (Jean Carrère). Illustration : Megan Jorgensen.

Recherches sur l’Atlantide

Toutes les écoles de pensée atlantidiennes sont reflétées peu ou prou par la fiction, que ce soit les commentateurs rigoureux admettant la sincérité de Platon et essayant d’interpréter son récit comme une légende greffée sur des faits authentiques, ou ceux admettant les précisions scientifiques de Platon et les confirmant même par des considérations scientifiques, mais se réservant de discuter les enseignements historiques du philosophe.

Quelques chercheurs sérieux du continent perdu de l’Atlantide sont renommés à leur époque : Pierre Termier, qui émet l’hypothèse d’un « pont atlantique » entre l’Ancien et le Nouveau mondes ; Herman Wirth, qui tient l’Atlantide pour un empire hautement civilisé du Nord, situé en Islande ; le Dr Gidon qui localise l’île engloutie dans la Manche et rapproche les Atlantes des Celtes ; Adolf Schulten qui étudie la cité de Tartessos en Espagne, etc.

Loin de dissiper les ambiguïtés, les théories scientifiques sérieuses viennent parfois encourager les investigations des « atlantomanes » : l’évolutionnisme darwinien, les travaux du géologue Lyell et du botaniste Kuntze, la dérive des continents avancée par Wegener en 1915.

En outre, les découvertes archéologiques exercent une influence certaine sur la littérature atlantidienne du début du XXe siècle, confirmant l’impact fabulateur des découvertes scientifiques sur l’imaginaire contemporain.

Les archéologues pourraient bien découvrir des vestiges de l’Atlantide puisque les fouilles entreprises par Sir Arthur Evans en Crète aboutissent à l’exhumation de Cnossos en 1900. Le 19 février 1909, le Times de Londres publie un article intitulé « Le continent perdu ». Son auteur, K.T. Frost, y suggère que l’Atlantide de Platon a pu avoir pour modèle la civilisation minoenne.

Le mythe du continent perdu s’insinue ainsi dans les esprits, une certaine confusion étant entretenue par les magazines de l’époque qui publient dans les mêmes fascicules des articles scientifiques et des histoires de mondes perdus, telles que Le Continent perdu (1899) de C.J.C. Hyne.

Après quelques « prophètes scientifiques » (Ignatius Donnelly ou Auguste Le Plongeon) vient un nouveau prophète de l’Atlantide, le docteur Paul Schliemann qui se prétend petit-fils du grand Henri Schliemann, le découvreur de Troie en 1873, Adoptant la méthode de Donnelly et Le Plongeon, ce mystificateur bâtit une sorte de mauvais roman contant l’histoire du continent englouti en se référant à un manuscrit vieux de 4 mille ans trouvé dans un temple au Tibet.

À la lecture du « Rapport Schliemann », on mesure l’étroite marge qui sépare le canular archéologique du roman d’aventures. Dans ce rapport trouvera en effet nombre d’ingrédients de la narration romanesque ; le secret transmis à un petit-fils par son grand-père mourant, le manuscrit à déchiffrer, l’inscription hiéroglyphique, les énigmes archéologiques (Tihuanaco), la quête du trésor à travers le monde, l’exploration des pyramides, les thèmes associés du cataclysme et du « pays Mu ».

Sources :

Lauric Guillaud. Le Cercle de l’éternel déluge.

G. Rachet. « Un canular, le rapport Schliemann ».

Lieux énigmatiques, Éd. Time-Life, Amsterdam, 1988.

La Muse de l’Atlantis

(Extrait d’une nouvelle dy cycle Poseidonis de Clark Ashton Smith, publiée en 1922. The Muse of Atlantis)

Ne me rejoindrez-vous pas en Atlantide, où nous descendrons par des rues de marbres bleues et jaunes vers les jetées d’orichalque pour nous choisir une galère aux voiles de sendal tyrien, avec pour figure de proie un Éros d’or ? Nos marins auront connu Odysséus, nous aurons des esclaves aux seins d’ambre, venues des vallées de Lémurie, et nous lèverons l’ancre à destination des riches îles inexplorées du grand large. Mettant le cap sur l’opale du couchant, nous laisserons derrière nous se perdre les terres anciennes dans un glauque crépuscule, et, de notre couche d’ivoire et de satin, nous regarderons se lever les astres inconnus, les planètes anéanties.

… Peut-être ne retournerons-nous jamais ? Peut-être, suivrons-nous l’été tropical d’une île alcyonienne à l’autre et croiserons sans trêve sur les impérissables mers mythiques et fabuleuses. Nous mangerons la fleur du lotus et les fruits des pays qu’Odisséus ne vit pas même en songe. Nous boirons des vins pâles et féeriques mûris sur les flancs d’un vallon où la Lune ne quitte pas le zénith. Je vous donnerai un collier aux perles couleur de rose et un autre, de rubis jaune d’or, je vous ceindrai le front de coraux précieux semblables à des fleurs sanguines. Nous irons flâner dans les marchés de cités de jaspé dont nul n’a plus souvenance et dans les ports de cornaline, bien au-delà du Cathay. Je vous achèterai une tunique bleue paon damasquinée de cuivre et d’or et de vermeil, et une robe de brocart noir lamé d’orange, tissé par une sorcellerie fantastique, sans le secours de mains humaines, dans d’obscures contrées de malédictions et de philtres.

La dernière incantation

Malygris le magicien était assis sur son trône dans la chambre la plus haute de la plus haute de ses tours, au sommet d’une colline conique qui surplombait le cœur de Susran, capitale de Poseidonis. Construite d’une pierre sombre extraite au plus profond de la terre, cette tour se dressait, menaçante, dépassant toutes les autres et jetant son ombre immense sur les toits et les dômes de la ville, tout comme le pouvoir maléfique de Malygris imprimé sans marque dans tous les esprits de ces habitants.

Malygris était vieux, à présent. Tous ces funestes enchantements, tous les démons horribles ou curieux qu’il tenait en son pouvoir, toute la peur qu’il avait distillée dans les cœurs des rois et des prélats ne suffisait plus à tromper l’ennui mortel de ses jours. De son trône façonné de l’ivoire de mastodontes et sur lequel l’incrustation de rouges tourmalines et des cristaux d’azur traçaient des runes terribles et impénétrables.

Malygris laissait son regard maussade superbe par le losange de son unique fenêtre aux vitres fauves. Sur sourcils blancs contractés barraient d’une ligne continue le parchemin bistre de sa peau, ombrageant des yeux aussi froids et verts que la glace de banquise s’écoulait. Sa barbe à moitié blanche et à moitié d’un noir traversé de sillon glauque, lui tombaient pratiquement juste aux genoux, dissimulant la plupart des inscriptions aux caractères tordus et entrelacés qui ornaient sa poitrine brodée en fil d’argent sur sa robe violette. Tout autour étaient éparpillés des accessoires de son art : crânes des êtres humains et des monstres, virgule fioles remplis de liquide noire au ambré dont les vertus n’étaient connues que de lui seul, petits tambour en peau de vautours et crotales en os et en dents de crocodiles, qui servaient à l’accompagnement de certaines incantations.

Le sol de mosaïque disparaissait partiellement sous d’énormes peaux de singes noirs et argentés. Au-dessus de la porte, une tête de licorne ; le refuge du démon familier de Malygris, qui y vivait sous la forme d’une vipère de corail au ventre vert pâle et marbrures de cendre.

De tous les côtés s’empilaient des livres, des volumes anciens reliés en peau de serpent et dont les fermoirs de cuivre étaient mangés par le vert-de-gris.

C’est dans ces grimoires qui peuvent soumettre les démons de la terre et de la lune, les formules magiques capables de transformer ou de désintégrer les éléments. C’est également entre leurs pages que reposaient les runes d’une langue oubliée, parlée jadis en Hyperborée : prononcées à voix haute, ces runes étaient plus meurtrières qu’un poison, ou plus puissantes qu’un philtre.

Dialèctique atlantidienne

De la quête à la conquête

En fait, de la quête à la conquête il n’y a qu’un pas. Au temps de la grande expansion européenne, l’explorateur a vocation à devenir colonisateur (au grand dam de toutes les Atlantides comme de tous les mondes perdus.

Dans The Hidden City, le héros colonisateur devient conseiller financier de la cité d’Atzlan, après avoir évalué les quantités d’or à exploiter et ouvert l’Atlantide aux pionniers du monde extérieur.

Encore plus tragique est le dénouement d’Atlantis, lorsque le reste du monde se coalise pour détruire le paradis utopique de la Nouvelle Atlantide. Le héros de The Scarlet Empire s’échappe en provoquant la mort de cinq millions d’Atlantes.

En revanche, d’autre œuvres sur l’Atlantide, plus nombreuses, mettent l’accent sur la menace pesant non seulement sur les visiteurs, mais sur la civilisation que les renvoie (renversement de la dialectique). Déjà, dans A Bit of Atlantis Erskine montrait que le viol du sanctuaire atlante avait pour corollaire impitoyable la destruction finale de l’île. Dans « Le Temple », de H. P. Lovecraft, un sous-marinier allemand, prisonnier des profondeurs, est témoin de la survivance du peuple atlante. Point de merveilles, seul subsiste le choc fatal de « ce secret silencieux des flots insondés, des siècles innombrables ». Dès lors, la révolution équivaut au chaos mental et à la mort.

La dialectique sous-tendant le thème atlantidien (isolement-résurgence-menace) peut être envisagé comme le reflet du climat irrationnel qui bagne l’Occident pré-nazi. Si la terreur réside dans l’indicible chez Lovecraft, elle prend un aspect mythique, sinon religieux chez Merritt et A.C. Doyle.

Le visage dans l’abîme, paru en 1923 décrit le voyage de Nicholas Graydon dans une vallée inconnue proche du prestigieux site de Machu Picchu, et la découverte d’un monde perdu, Yu-Atlanchi. Dans un premier temps, Graydon s’éprend d’une jeune femme, Suarra, puis ses acolytes sont éliminés par Nimir, le seigneur du Mal : Graydon, épargne, jure de revenir pour retrouver sa campagne.

Dans un deuxième temps, il s’agira de la lutte acharnée entre Nimir (qui fut jadis condamné par les Anciens à être enfermé dans un monstrueux visage de pierre, sculpté dans la muraille d’une caverne, et Adana, la Mère-Serpent, l’un de ses juges. Graydon, ne volant pas abandonner son corps à Nimir, s’oppose farouchement à sa puissance diabolique, aidé par la Mère-Serpent et son amour pour Suarra.

La lutte entre Nimir « à la Face sombre », « image d’un titan luciférien, enchaîné et brûlant de reconquérir son royaume, évoque celle de Maracot conte Baal-Seepa, le « seigneur à la Sombre Face dans la ville du Gouffre d’A. Conan-Doyle. Nimir et Baal-Seepa, deux figures sataniques qui anticipent dans la fiction le tragique avènement de l’Ordre Noir.

Si Doyle emprunte sa figure du mal à la mythologie babylonienne, si Howard emprunte à la fureur combattante des Germains et des Scandinaves le berserkir dont il va doter ses surhommes, Merritt multiplie les allusions aux Ases, Loki et au Ragnarok, qui prennent un relief tout particulier dans le contexte idéologique des années 1920-1930 (retour de l’irrationnel, éloge de l’aryanisme, etc.).

Il est significatif que l’avant-dernier chapitre du Visage dans l‘abîme s’intitule Ragnarok à Yu-Atlanchi. À la tête des Ases, Graydon engage la bataille finale contre Nimir-Loki, « sous un ciel d’où tomberont des ombres glacées qui se battront contre des formes de feu, conformément à l’eschatologie nordique. On ne peut s’empêcher alors de faire un parallèle entre le Ragnarok littéraire de Merritt et le Crépuscule des dieux musical de Wagner, dont les maîtres du IIIe Reich ne cesseront de faire l’éloge.

Seule concession à la fiction, le Destin des Puissances s’accompagne de la seule destruction des forces du mal. Toutefois, subsistent dans l’esprit du lecteur la menace lancée au monde par Nimir, ainsi que l’avertissement de la Mère-Serpent à une humanité pervertie par le matérialisme.

(D’après Lauric Guillaud).

Le Destin des Puissances s'accompagne de la destruction des forces du mal. Illustration : Megan Jorgensen.
Le Destin des Puissances s’accompagne de la destruction des forces du mal. Illustration : Megan Jorgensen.

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