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Les pêcheurs en Atlantide

Les pêcheurs en Atlantide

Les pêcheurs en Atlantide et la destruction du pays

Extrait de Le Continent Perdu, livre paru en 1899. Par C.J. Cutliffe Hyne (The Lost Continent)

La vie de pêcheur est la plus dure qu’un homme puisse connaître. La violence des vagues et du vent et les bombardements de pierres de feu sont le pain quotidien de ces malheureux. Les prédateurs ne les laissent jamais en paix, à tel point que c’est jour de fête, au port, quand tous ceux qui sont partis le matin reviennent pour le repose du soir.

Ajoutons que nos méthodes de pêche ne sont pas dépourvues de risques…

Chaque homme possède une grande mouette adoptée toute jeune et spécialement dressée. L’oiseau porte un anneau de bronze autour du cou qui l’empêche d’avaler sa prise. De chaque poisson qu’il ramène au bateau, il reçoit en récompense la tête, la queue et les viscères. Bien entendu, son maître lui retire l’anneau pendant qu’il mange.

Une fois dressés, les oiseaux sont fidèles, et très peu abandonnent leur « partenaire ». Même si les marins les traitent avec plus d’égards, que leurs femmes ou leurs enfants, la vie de ces volatiles est des plus précaires.

Les serpents de mer et les gros poissons carnivores se régalent de leur chair. Rares sont les oiseaux-pêcheurs qui vivent longtemps…

C’est une cause supplémentaire de tracas pour un marin. Si la mouette est tuée, et qu’il vienne à perdre la deuxième qu’il a entraînée, il se trouve privé de moyens de subsistance, c’est-à-dire condamné à crever de faim devant les yeux indifférents de ses collègues. Car la Guilde pense que les dieux de la mer ont la charge de réguler le nombre de ses adhérents : si l’un d’eux leur déplaît, ils lui volent ses oiseaux. Après cela, il serait hérétique d’avoir quelque rapport avec lui. On le laisse donc choisir entre mourir ou devenir voleur…

Sous ces auspices, les pêcheurs sont pour l’essentiel des hommes durs et désespérés qui ont choisi la mer parce que les autres métiers leur étaient inaccessibles. Durant chaque soir de survivre au lendemain, ces hommes sont tout à fait capables de gaspiller les gains d’un mois en une nuit de débauche. Car ils se font un point d’honneur de ne renoncer à aucun désir par peur des conséquences…

Chaque pêcheur possède une grande mouette adoptée toute jeune et spécialement dressée. Photo : Megan Jorgensen.
Chaque pêcheur possède une grande mouette adoptée toute jeune et spécialement dressée. Photo : Megan Jorgensen.

Terres dangereuses

Partout, les montagnes vomissent de la lave ; les tremblements de terre sont quotidiens, et le sol crache des vapeurs acides avec une telle soudaineté qu’on peut s’estimer heureux de s’écarter à temps. Des substances incolores et inodores empoisonnent les rivières. Des crevasses apparaissent à tout moment, ouvrant directement sur le magma en fusion. Les eaux s’y engouffrent, puis ressortent en geysers bouillants. De la roche en fusion et des boues acides jaillissent du sol sans avertissement.

Pour finir, il existe dans les Terres Dangereuses se sombres forêts peuplées d’arbres millénaires. De l’eau coule au pied des troncs et l’air est en permanence chargé de vapeurs.

Vivre dans cette moiteur perpétuelle est désastreux pour la vigueur d’un homme. Hélas, il en faut beaucoup, et beaucoup d’intelligence aussi, car ces terres sont le domaine des reptiles les plus redoutables que nous ayons à combattre.

Il y a des centaines de variétés de ces monstres. Contre certaines, un homme peut lutter avec quelques chances de succès ; face à d’autres, de taille démesurée, tout affrontement est sans espoir.

Lors de mon séjour dans les Terres Dangereuses, je vis un reptile géant sortir d’un lac où il avait pêché sa nourriture du jour. Quand il marchait, la terre tremblait sous ses pas : il aurait pu gober toute crue la monture préférée de Phorenice. Selon toute vraisemblance, la charge d’une horde de mammouths l’aurait à peine ébranlé. Des plaques d’écailles vertes couvraient son corps et sa tête ; sa colonne vertébrale, ses pattes et sa queue étaient hérissées d’épines qui arrachaient de grands pans d’écorces aux arbres quand il passait trop près.

Parfois, ces horribles créatures s’abîment dans une fissure. Hélas, la chose n’est pas fréquente. Étonnamment rapides pour leur taille, les grands reptiles ne manquent pas non plus de jugement. Ils semblent deviner quand les montagnes vont cracher leurs flots de lave. Alors, humblement, ces bêtes plus hautes que certains palais s’enfoncent dans les lacs ou s’immergent dans des marécages.

Leur constitution leur permet d’affronter mieux que l’homme le plus grand péril des Terres : l’extrême chaleur de l’eau ne les dérange pas. J’en ai vu nager dans des rivières alors qu’elles se muaient en marmites d’eau bouillante. De mes yeux, j’ai observé un de ces maîtres du monde sauvage occupé à traverser le torrent de lave qui menaçait de la couper de son territoire.

Voilà dans quel environnement et avec quel voisinage commença ma nouvelle vie, plus pénible et risquée que tout ce que j’avais enduré jusque-là.

La destruction de l’Atlantide

– Regarde ! Cria Zaemon de sa voix chevrotante.

Il pointa un doigt vers la cité. Tournant la tête, j’aperçu un spectacle familier : l’estuaire, la ville (sans ses murs, néanmoins), les montagnes de feu environnantes …

Tout semblait comme à l’accoutumée. Dans le ciel bleu, notre Seigneur le Soleil brillait merveilleusement, comme s’il avait voulu réchauffer le cœur des hommes…

Pourtant, un frisson glacé courut le long de mon échine. Paisible, ce paysage? Qui, à quelques détails près.

Les montagnes de feu fumaient plus que d’habitude, certaines crachaient même des rocs chauffés au rouge.

La mer paraissait étreinte d’un étrange désordre. Quelque chose se préparait dans ses profondeurs…

Je vis les premières vagues. Rien d’inquiétant. Puis des déferlantes se formèrent, de plus en plus hautes. À ce rythme, les basses terres de la côte seraient bientôt submergées.

Quelques minutes suffirent. Paralysé de terreur, je vis la mer engloutir le port, el lécher les pieds des premières maisons.

La voix de Zaemon me tira de ma torpeur :

– Tu as vu ?

– Oui.

– Et tu comprends ?

– En partie, seulement…

– Je vais tout te dire, Deucalion. Ceci est le commencement, et la fin suivra vite. Les dieux qui nous regardent depuis les étoiles ont beaucoup de patience. Mais elle n’est pas inépuisable. La voilà qui atteint ses limites ! La capitale et l’Atlantide tout entière sont condamnées à la destruction. Depuis longtemps, il était patent que les péchés des hommes auraient ce terrible coup de balai divin pour conséquence. L’Arche des Mystères fut construite sous la supervision des dieux. Aucune arme ne peut endommager sa coque, le vent et les vents sont incapables de la renverser. Dans les cales, sont consignées sur des plaques les connaissances qui n’appartiennent pas au bagage intellectuel des gens du commun. Il y a aussi du grain et des jarres d’eau douce. Deux personnes ont de quoi subsister pendant quatre ans. On trouve également des graines, des armes, et d’autres objets indispensables…

… L’Atlantide était en train de sombrer. L’océan balayait sur son passage. Les plaines n’étaient plus que des lacs, et la capitale avait disparu à tout jamais. Seules les montagnes de feu gardaient la « tête » hors de l’eau.

Elles crachaient des rocs, de la lave, de la vapeur. Tout autour, les flots charriaient des troncs arrachés, des cadavres d’animaux.

En quelques minutes, toutes les créatures vivantes du continent avaient été englouties.

Toutes? Non! Dans le lointain, je distinguai une demi-douzaine de galères. Elles dérivaient au-dessus de ce qui était jadis une forêt.

Une vague, puis deux… les bâtiments furent happés par la gueule avide de l’océan.

À l’exception des monstres marins, des poissons et de quelques grands reptiles amphibies, la vie n’était plus qu’un souvenir.

Restaient les hommes réfugiés au sommet de la Montagne Sacrée. Ils n’en n’avaient plus pour longtemps, car le continent s’enfonçait inexorablement.

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