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Le commissaire Maigret

Le commissaire Maigret

Le commissaire Maigre, romans et nouvelles

Au rendez-vous des Terre-Neuvas – Première édition : Fayard, 1931

C’était un matin de juin, Mme Maigret, dans l’appartement du boulevard Richard-Lenoir, dont toutes les fenêtres étaient ouvertes, achevait de bourrer de grandes malles d’osier et Maigret, sans faux col, lisait à mi-voix :

– De qui est-ce?

– Jorissen… Nous avons été à l’école ensemble… Il est devenu instituteur à Quimper… Dis donc, tu tiens beaucoup à ce que nous passions nos huit jours de vacances en Alsace?

*

Il y avait vingt ans qu’ils passaient invariablement leurs congés chez des parents, dans le même village de l’Est.

*

… tu es mieux placé que moi pour obtenir des renseignements précis. En bref, Pierre le Clinche, un jeune homme de vingt ans qui a été mon élève, s’est embarqué il y a trois mois à bord de l’Océan, un chalutier de Fécamp qui pêche la morue à Terre-Neuve.

*

Mme Maigret, là-bas, en Alsace, était en famille, aidait à faire les confitures et la liqueur de prunes.

*

Vous vouliez as me croire, tout à l’heure, quand je vous racontais mes histoires de la rue de Lappe…


*

N’oubliez pas le coup du portefeuille, quand tu faisais le mangeur de verre à la Bastille…

*

Il y a quinze ans qu’il faisait Terre-Neuve…

*

C’était Jorissen, l’instituteur de Quimper.

*

– La chambre voisine de la vô… de la tienne!… bégaya, confus, l’instituteur de Quimper.

*

– Ils ont la plus grosse affaire de cordages et câbles métalliques de Quimper.

*

Il sait l’ampleur que prend un scandale dans une petite ville comme Quimper.

*

A condition que vous retourniez chez vous, à Quimper…

*

Je vous défie d’en trouver des pareilles, en France.

*

– Il n’y avait que Fallut à écrire à l’encre rouge, quand il était chez lui, rue d’Étretat…

*

Le capitaine Fallut allait souvent au Havre, soignait sa tenue, se rasait de plus près, achetait même des chaussettes de soie et se cachait de sa logeuse.

*

– Nous aurions quand même été mieux en Alsace.

*

Le second est allé faire la bombe à Paris…

*

– Je ne pense pas que vous en trouviez à Yport… Il y en a bien une, qui conduit parfois des gens à Fécamp ou à Étrerat, mais justement je l’ai vue partir ce matin avec des Anglais…

*

Il y a un petit journaliste – celui qui porte un imperméable beige – qui prétend, dans l’Éclair de Rouyen, que l’Océan était chargé par ses armateurs d’une mission tout autre que la pêche à la morue…

– On dit cela à chaque fois! Grommela le commissaire de Fécamp.

*

L’été, tous les bateaux sont à Terre-Neuve, sauf les barques de pêche qui font le poisson frais le long de la côte.

*

C’est ce qu’on fait de mieux au Canada.

*

Quant au commissaire de la Brigade mobile, je me demande s’il n’a pas quitté Fécamp…

*

J’habite le plus souvent au Havre, à l’Hôtel de l’Anneau d’Argent…

*

– Adèle Noirhomme… née à Belleville…
– Fille soumise?
– Il y a cinq ans, ils m’ont mise sur les registres, à Strasbourg, à cause d’une bourgeoise qui m’en voulait de lui avoir chipé son mari…

*

Parce que, si on est ici, c’est justement qu’on n’a rien à se reprocher… A Yport, Adèle est venue me dire que vous aviez sa photographie et que vous alliez sûrement l’arrêter… Notre première idée à été de filer pour éviter les histoires, Parce qu’on connaît quand même la musique! A Étrerat, j’ai aperçu de loin les gendarmes en faction et j’ai compris qu’on allait être traqués…

*

– Vous n’êtes jamais venue à Fécamp avec lui?

*

La petite de la Villa des Fleurs!

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Alors, on a commencé par filer au Havre, à tout hasard…

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– Bien sûr que l’histoire m’intéressait… Alors, on est venus trois fois à Fécamp… Pour ne pas trop se faire remarquer, on couchait à Yport…
– Vous n’avez pas revu le chef mécanicien?
– Comme le savez-vous? Un jour, à Yport…

*

Le commissaire Girard, du Havre, qui avait la direction de l’enquête, était assis dans l’unique fauteuil.

*

Allô! Donnez-mois le Palais de Justice du Havre, mademoiselle…

*

Marie Léonnec, seule à Fécamp, recommandée aux Maigret par un ami commun, prenait ses repas avec eux.

*

– Girard, un commissaire de la Brigade du Havre que tu ne connais pas. Un homme intelligent…

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On parlait de Jorissen, l’instituteur de Quimper qui avait fait appel à Maigret en faveur du télégraphiste et qui avait amené Marie Léonnec.

*

Il fait Terre-Neuve aussi?

*

Il arrivait de Paris, de l’École.

*

Pierre Le Clinche qui, à Quimper, avait dîné chez sa fiancée.

*

À la même heure, le capitaine Fallut sortait de la petite maison de la rue d’Étretat, où Mme Bernard dormait.

*

Or, tout l’hiver, il était allé au Havre, jusqu’à plusieurs fois par semaine, pour y retrouver une femme. Une femme qu’il n’osait pas montrer à Fécamp.

*

Le chef mécanicien arrivait d’Yoport, par le premier train du matin. Le second officier venait de Paris. Le Clinche, de Quimper.

*

Devant lui, c’était la mer, l’Atlantique…

*

Il faut attendre d’être sur le Grand Banc, là-bas, à Terre-Neuve, de l’autre côté de l’Atlantique, où on n’arrivera que dans dix jours au plus tôt…

*

Or, on est en plein Atlantique.

*

C’est un petit-bourgeois méticuleux qui a rêvé un instant d’unir sa vie à celle de sa logeuse Mme Bernard et de finir ses jours dans la maison pleine de broderies de la rue d’Étretat…

*

L’épilogue enfin : l’Océan revient vers la France, plein de morue mal salée.

*

Le capitaine le plus froid, le plus minutieux de Fécamp?

*

On sentait trop la boutique de Quimper, les discussions ayant précédé le départ, les cancans des voisins.

*

Si tu rencontres l’Atlantique, n’oublie pas de dire à Dugodet que sa femme…

*

Croyez-vous que je puisse le faire transporter à Quimper?

*

– Si vous avez l’occasion de passer par Quimper…

*

C’était le passage d’une lettre du commissaire Genier, de la Brigade mobile du Havre, à Maigret qui répondit télégraphiquement : D’accord.

*

Et un peu plus tard, comme il visitait, pour les besoins d’une enquête, une maison spéciale de la rue Pasquier, il crut reconnaître une jeune femme qui détourna la tête.

*

Ou plutôt, cinq ans plus tard, Maigret passa à Quimper.

Les scrupules de Maigret – Première édition : Presses de la Cité, 1958

Cela n’arrive guère plus d’une fois ou deux par an au Quai des Orfèvres, et parfois cela dure si peu qu’on n’as pas le temps de s’en apercevoir : tout à coup, après une période fiévreuse, pendant laquelle les affaires se suivent sans répit, quand elles n’arrivent pas à trois ou quatre à la fois, mettant tout le personnel sur les dents au point que les inspecteurs, faute de sommeil, finissent par avoir l’air hagard et les yeux rouges, tout à coup c’est le calme plat, le vide, dirait-on, à peine ponctué de quelques coups de téléphone sans importance.

*

Il est vrai qu’il en était de même un peu partout dans Paris.

*

Les gens dont on parle dans les journaux étaient presque tous sur la Côte d’Azur ou aux sports d’hiver.

*

Il n’était pas de mauvaise humeur : il n’était pas en train non plus, et il s’était demandé un moment, dans l’autobus qui l’amenait du boulevard Richard-Lenoir, s’il ne couvait pas la grippe.

*

La veille, son ami Pardon, le docteur de la rue Picpus, lui avait donné un coup de téléphone inattendu.

*

Il devait seulement se rappeler que c’était un nom de deux syllabes, qui commençait probablement par un M. Seul le prénom lui resta dans la mémoire. Xavier, parce que c’était celui de son premier patron au Quai des Orfèvres, le vieux Xavier Guichard.

*

Je ne sais pas si vous connaissez le docteur Steiner, place Denfert-Rochereau.

*

Je travaille aux Grands Magasins du Louvre, rue de Rivoli.

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– Si oui, vous avez vu, dans la troisième vitrine de la rue de Rivoli, une reconstitution exacte de la gare Saint-Lazare, avec toutes ses voies, ses trains de banlieue et ses rapides, ses signaux, ses cabines d’aiguillage. Cela m’a pris trois mois de travail et j’ai dû me rendre en Suisse et en Allemagne pour acheter une partie du matériel

*

Que je vous dise encore que j’habite avenue de Châtillon, près de l’église Saint-Pierre de Montrouge, dans le XIVe, et que j’occupe le même logement depuis dix-huit ans.

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Quand vous êtes venu dans mon pays, je vous ai raté, car j’étais à San Francisco et vous n’avez pas poussé jusqu’à nous. Mon ami Fred Ward, qui vous a reçu à New York et vous a accompagné à Washington, m’a raconté des choses passionnantes à votre sujet.

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– Voulez-vous essayer de m’avoir un certain docteur Steiner, qui habite place Denfert-Rochereau?

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– Je sais aussi qu’il habite avenue de Châtillon, et mes hommes, en questionnant les concierges, arriveraient au même résultat.

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Ce garçon-là, tout spécialiste en trains électriques qu’il était, n’était pas un emmerdeur, comme on en voit tant défiler au Quai des Orfèvres.

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Il gagna sans se presser la rue Picpus où Pardon habitait un vieil immeuble sans ascenseur.

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– Oui, il habite place Denfert-Rochereau.

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Il est marié depuis une douzaine d’années, si je me souviens bien, et il habite depuis plus longtemps encore l’avenue Châtillon.

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Le fait de venir vous trouver au Quai des Orfèvres et d’étaler complaisamment sa vie privée ferait dresser l’oreille à plus d’un psychiatre, comme aussi celui d’aller, de lui-même, trouver un neurologue pour s’assurer qu’il est sain d’esprit.

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Maigres marcha jusqu’à la République, où il prit son autobus. Quai des Orfèvres, Janvier, qui était dans le bureau des inspecteurs, vint tout de suite faire son rapport, l’air penaud.

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– J’ai envie de t’envoyer avenue de Châtillon pour interroger la concierge et les voisins.

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De l’encadrement d’une porte, il observait l’espèce d’aquarium dans lequel il n’y avait que trois personnes, dont deux devaient être là pour la Brigade Mondaine, car il s’agissait d’un petit maquereau qui sentait d’une lieu sa place Pigalle et d’une fille opulent qui avait l’aisance d’une habituée.

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– Il a été élevé dans une ferme, en Sologne, où on lui arrachait des mains, pour les brûler, les livres qu’il parvenait à se procurer.

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Je n’exagère pas en disant qu’il est, en France, le meilleur spécialiste en trains électriques.

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D’ordinaire, nous quittons ensemble, à huit heures et demie, l’avenue de Châtillon, et nous prenons le même autobus jusqu’à la rue des Pyramides. Je me rends alors au magasin, rue Saint-Honoré, tandis qu’il continue la rue de Rivoli jusqu’aux Magasins du Louvre.

*

La jeune sœur d’Amérique

Vous connaissez l’avenue de Châtillon. On pourrait se croire en province, malgré l’avenue d’Orléans toute proche.

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Néanmoins, mon patron, M. Harris, qui a monté la maison de lingerie, rue Saint-Honoré, me donne un pourcentage assez élevé, car c’est surtout moi qui fais marcher l’affaire.

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– C’est une des trois meilleures de Paris pour la lingerie fine.

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– Une sœur, qui a vécu un certain temps aux États-Unis, à Green Villages, dans le New Jersey, non loin de New York, avec son mari.
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Mon père était professeur d’histoire, au lycée de Rouen, et ma mère n’a jamais rien fait de sa vie que d’être fille de général.

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Ma sœur est revenue en France, si ébranlée, si découragée, que nous l’avons prise à la maison.

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Contrairement à Jenny – c’est ma sœur – je ne me sentais pas faite pour vivre à Rouen et je m’entendais plutôt mal avec ma mère. Dès que j’ai eu mon bachot, je suis venue à Paris.

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Tout ce que j’ai trouvé, après des semaines d’allées et venues dans Paris, c’est une place de vendeuse aux Magasins du Louvre.

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La rue Saint-Honoré est une des plus vieilles rues de Paris et, derrière les boutiques de luxe, les maisons sont pour la plupart en mauvais état ; il y a tout un réseau de courette, de ruelles, de passages qu’on ne soupçonne pas.

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Avenue de Châtillon aussi, nous avions des rats et mon mari s’en plaignait.

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Et cela ne pouvait-il pas servir à décrire le quart de la population de Paris?

*

Le restaurant de la rue Coquillière

Ce n’était pas la première fois, ni sans doute la dernière, que Maigret prenait une colère en sortant du Parquet, et ses démêlés avec certains juges, avec le juge Coméliau, en particulier, qui était depuis plus de vingt ans comme son ennemi intime, étaient légendaires au Quai des Orfèvres.

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Il y avait eu, non par la faute de la P.J., heureusement, mais de la Sûreté Générale, rue des Saussaies, un incident qui s’était envenimé et avait provoqué une interpellation à la Chambre.

*

Selon le député dont le fils avait été frappé, un des trafiquants était indicateur de police et le père prétendait que c’était sciemment, sur ordre de la Place Beauvau, afin de le compromettre, lui, en tant qu’homme politique, qu’on avait fait du jeune homme un intoxiqué.

*
Le procureur s’était couvert, tout simplement, et si, demain, on trouvait un mort avenue de Châtillon, il serait le premier à reprocher au commissaire son inaction,

*

A midi, il rentra déjeuner boulevard Richard-Lenoir, et finit par remarquer que c’était le troisième jour qu’on servait des grillades.

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Tout en évoquant ainsi les gens de l’avenue de Châtillon, Maigret répondait à des coups de téléphone, recevait une commerçante qui se plaignait d’un vol à l’étalage et qu’il renvoya chez son commissaire de quartier, allait rôder dans le bureau des inspecteurs où régnait toujours le calme plat.

*

Dès que Marton en avait la possibilité, il ne vivait plus dans des meubles plus ou moins miteux, comme la plupart de ceux qui débutent à Paris, mais il avait son propre logement.

*

Elle était maintenant presque à son compte, dans un commerce de luxe où elle rencontrait journellement des femmes en vue, la haute société, le Tout-Paris.

*

Un autre passage lui rappelait le calme de Xavier Marton, l’entretien du Quai des Orfèvres, la logique apparente de l’exposé qu’il avait fait de son cas.

*

Ensuite, en attendant midi, je suis allé jeter un coup d’œil rue Saint-Honoré, sans y entrer. Le magasin n’est pas loin de la place Vendôme.

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Ensuite, en attendant midi, je suis allé jeter un coup d’œil rue Saint-Honoré, sans y entrer. Le magasin n’est pas loin de la place Vendôme.

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Non. Sa femme, je venais de l’apercevoir rue Saint-Honoré et je vous en reparlerai.

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Il a tourné à gauche dans la rue Coquillière, où il n’a parcouru qu’une centaine de mètres avant d’entrer dans un petit restaurant qui s’appelle le Trou Normand.

*

Je suis sorti derrière elle et, sans se presser, elle est allée prendre l’autobus de la porte d’Orléans. J’ai supposé qu’elle rentrait avenue de Châtillon et je ne l’ai pas suivie.

*

Maigret regardait Lapointe avec une bienveillance un peu paternelle, car il l’avait pris sous sa protection quand, deux ans plus tôt, le jeune homme était entré au Quai des Orfèvres, où il avait fait des progrès surprenants.
« Le M. Harris, ou Schwob, est un homme comme on en rencontre beaucoup dans les environs de la place Vendôme et des Champs-Élysées, et il pourrait aussi bien s’occuper de cinéma que d’exportation, de tableaux ou d’antiquités.

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Tu ne peux plus aller rue Saint-Honoré, ni avenue de Châtillon, à présent que les deux femmes l’ont vu…

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Si elle l’abordait dans la rue, ne la suivrait-il pas avenue de Châtillon ?

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Au magasin, la discipline est stricte. J’avais obtenu l’autorisation de m’absenter une heure pour me rendre chez mon dentiste, qui habite rue Saint-Roch, à deux pas du Louvre.

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Avait-il épié celle-ci à son tour? Savait-il qu’elle était venue Quai des Orfèvres et espérait-il apprendre ce qu’elle avait dit?

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Elle l’a suivi jusqu’au quai des Orfèvres et elle y est toujours, à une centaine de mètres de l’entrée

*

Si vous avez envoyé quelqu’un m’épier au magasin, vous avez dû envoyer aussi un de vos hommes avenue de Châtillon.

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Avant de connaître ma belle-sœur, qui vivait en Amérique avec son mari, je n’étais pas toujours heureux en ménage, mais je me disais que je l’étais autant qu’on peut l’être.

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Ces hommes l

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– Vous avez dit tout à l’heure que c’est depuis que voter belle-sœur vit avec vous avenue de Châtillon que vous avez compris.
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Ils vivaient dans le New Jersey, non loin de New York, dans une jolie maison de campagne.

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Alors, ne sachant plus que faire, elle est rentrée en Europe et nous l’avons recueillie.

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Et il y a quand même dix millions à la clé, qui lui permettraient d’être à part égale, dans le commerce de la rue Saint-Honoré, avec ce Schwob qui se fait appeler Harris.

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Il n’y avait aucune raison de suivre le couple jusqu’à l’avenue de Châtillon.

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Il l’a d’abord cherché du côté du Pont-Neuf, mais elle se tenait dans la direction opposée.

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C’est elle qui lui a glissé la main sous le bras, en lui désignant le factionnaire, et qui l’a entraîné vers le pont Saint-Michel…

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– Arrivés au pont Saint-Michel ils ont hésité puis, traversant la file de voitures, en se tenant toujours par la taille, ils sont entrés dans le bar du coin.

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Ils allaient dans la direction de la porte d’Orléans et j’ai cru qu’il valait mieux que je vienne vous rendre compte.

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Je prendrai un sandwich dans un bar, en face de l’église de Montrouge.

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Puis, dans la voiture qui contournait la place de la République, une pensée lui vint, qui le rasséréna quelque peu.

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Une heure plus, ils se dirigeaient à pied vers la République et le boulevard Bonne-Nouvelle, et Mme Maigret avait accroché sa main au bras de son mari.

*

Nous nous sommes dirigés vers les Grands Boulevard, où la Taverne Pousset existait encore.

*

Comme la voiture s’arrêtait en face de chez eux, boulevard Richard-Lenoir, il murmura : – Cela t’ennuierait beaucoup que je ne rentre que d’ici une heure ?

*

Celle-ci ferait-elle part de la nouvelle à son amant de la rue Saint-Honoré?

*

Il ne voyait ni Lucas ni Lapointe, et il commençait à s’en inquiéter quand, vers le milieu de l’avenue, un peu après la rue Antoine-Chantin, il entendit près de lui une voix qui disait : – Ici, patron…

*

Dans un passage de ce genre, boulevard Saint-Martin, on avait trouvé une fois un homme assassiné à cinq heures de l’après-midi, à quelques mètres de la foule qui défilait sur le trottoir.

*

Quand Maigret arriva à Saint-Pierre de Montrouge, les grilles du métro étaient fermées et aucun taxi n’était en vue. Il hésita entre se diriger vers le Lion de Belfort et prendre l’avenue du Maine en direction de la gare Montparnasse. Il choisit l’avenue du Maine, à cause de la gare, et, en effet, il héla bientôt un taxi qui en revenait à vide.

– Boulevard Richard-Lenoir.

*

C’était l’heure où d’autres fenêtres s’éclairaient boulevard Richard-Lenoir et dans tous quartiers de Paris, l’heure aussi à laquelle résonnaient sur les trottoirs les pas des matineux.

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– De vous rendre tout de suite avenue de Châtillon… Attendez ! j’ai noté le numéro…

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Il faillit demander à Joffre de téléphoner de sa part au commissariat du XIVe arrondissement afin qu’on envoie quelqu’un avenue de Châtillon.

*

Avenue de Châtillon.

*

Maigret s’était fait déposer au coin de l’avenue de Châtillon et, comme dans son quartier, les trottoirs étaient déserts sous la pluie ; comme boulevard Richard-Lenoir aussi, il y avait quelques lumières aux fenêtres, trois ou quatre par maison ; le temps de parcourir cent mètres.

*

Dans cette partie-là du Palais de Justice, la vie ne commençait pas d’aussi bonne heure qu’au Quai des Orfèvres et Maigret n’avait pas envie d’avoir trop tôt ces messieurs dans les jambes.

*

Un manteau de tweed portait la marque d’une maison de New York. Beaucoup moins de chaussures, quatre paires seulement, dont deux provenaient aussi d’Amérique.

*

Quand on atteignit les quais, les réverbères n’avaient déjà presque plus d’éclat et les tours de Notre-Dame se détachaient sur le ciel.

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Non, je suis au Quai des Orfèvres… J’ai laissé un inspecteur avenue de Châtillon, Lapointe…

*

Après la fermeture du magasin, j’ai pris l’apéritif dans un bar de la rue Castiglione.

*

Depuis les États-Unis, elle prend tous les soirs une tasse d’anis étoilé et mon mari a voulu essayer, puis moi.

*

En fin de compte, ce fut Maigret qui rompit le contact et alla se camper devant la fenêtre où, en regardant la Seine couler sous la pluie, il bourra une nouvelle pipe.

*

Le front contre la vitre froide, comme quand il était petit et qu’il l’y maintenait jusqu’à ce que la peau devienne blanche, et qu’il sente des aiguilles dans sa tête, Maigret, sans le savoir, suivait des yeux les mouvements de deux ouvriers qui, de l’autre côté de la Seine, travaillaient sur un échafaudage.

*

Il est marié, à une femme plus âgée que lui, qui a de la fortune et grâce à qui il a pu monter l’affaire de la rue Saint-Honoré.

*

Lorsque ma sœur est arrivée des États-Unis, en grand deuil, jouant les veuves inconsolables, il a commencé par la bouder.

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La vie, dans le pavillon de L’avenue de Châtillon, se passait bien dans l’atmosphère que Mme Marin décrivait en quelques phrases et il pouvait imaginer les soirées quasi silencieuses au cours desquelles chacun restait enfermé dans sa haine.

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– Qu’on m’appelle le 17, avenue de Châtillon… La loge de la concierge…

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Boulevard Richard-Lenoir aussi, il y avait un plateau, pas en bois, mais en plaqué argent, qui était un cadeau de noces.

Noland (Vaud), le 16 décembre 1957.

Nouvelles sur Maigret

Monsieur Lundi

Maigret resta un moment immobile devant la grille noire qui le séparait du jardin et dont la plaque d’émail portait le numéro 47 bis. Il était cinq heures du soir et l’obscurité était complète. Derrière lui coulait un bras maussade de la Seine où s’étirait l’île déserte de Puteaux, avec ses terrains vagues, ses taillis et ses grands peupliers.

Devant lui, par contre, au-delà de la grille, c’était un petit hôtel moderne de Neuilly, c’était le quartier du bois de Boulogne, avec son élégance, son confort et, présentement, son tapis de feuilles d’automne.

Le 47 bis faisait l’angle du boulevard de la Seine et de la rue Maxime-Baès.

Alors, Maigret agrandit peu à peu le cercle de ses pérégrinations, alla jusqu’à l’avenue de Neuilly où il repéra deux pâtisseries. La première, étroite et sombre, à la façade peinte d’un vilain jaune, se serait assez bien harmonisée avec cette sinistre histoire de gâteaux de la mort… L’autre était la pâtisserie élégante du quartier, avec deux ou trois guéridons de marbre où l’on pouvait prendre le thé : Pâtisserie Bigoreau.

Rue Pigalle

Dans les restaurants de Pigalle, on commence rarement de bonne heure. Le ménage n’était pas fait. Des verres sales traînaient encore et dans la cuisine, dont la porte était ouverte, on pouvait voir la patronne, Marina en personne, plus sale et plus déjetée encore que sa bonniche…

Cinq minutes plus tard, Maigret savait, par le central, que le coup de téléphone venait d’un « tabac » de la rue Notre-Dame-de-Lorette. Un quart d’heure après il descendait de taxi au coin de la rue Pigalle au moment où, le long des trottoirs, les ruisseaux chariaient leur maximum de résidus.

Les larmes de bougie

À cent kilomètres de Paris à peine, à Vitry-aux-Loges, déjà il descendait d’un petit train saugrenu comme on n’en voit plus que sur les images d’Epinal et quand il parla de taxi on le regarda sévèrement, en croyant qu’il plaisantait. Il faillit faire le reste de la route dans la carriole du boulanger mais, à la dernière minute, il put décider le boucher à le conduire dans sa camionnette.

Maigret était pourtant né à quarante kilomètres de là, sur les bords de la Loire…

Peine de mort

Ce matin-là, Lucas lui avait téléphoné du boulevard des Batignolles : – Les oiseaux m’ont l’air de vouloir s’envoler… la femme de chambre vient de me dire qu’ils bouclent leurs valises.

A huit heurs, Maigret était en faction dans un taxi, non loin de l’Hôtel Beauséjour, une valise à ses pieds.

Il pleuvait. C’était dimanche. A huit heures un quart, le couple sortait de l’hôtel avec trois valises et hélait un taxi. A huit heures et demie, celui-ci s’arrêtait devant une brasserie de la gare du Nord, face à la grosse horloge. Maigret descendait, lui aussi, de sa voiture et, sans se cacher le moins du monde, s’asseyait, à la terrasse, au guéridon voisin de ces oiseaux.

Vous n’ignorez pas que votre oncle, le comte Adalbert d’Ouimont – on a, dans votre familles, le goût des prénoms originaux – … vous n’ignorez pas, dis-je, qu’il descendait chaque mois à Paris pour quelques jours, à l »Hôtel du Louvre…… Votre oncle, viel habitué de l’hôtel, réservait toujours le même appartement , le 318… chaque matin, il montait à cheval, au Bois, déjeunait ensuite dans un cabaret à la mode puis s’enfermait dans son appartement.

La fenêtre ouverte

Il était midi moins cinq quand les trois hommes se retrouvèrent en face du 116 bis rue Montmartre, presque à l’angle de la rue des Jeûneurs. Ils burent l’apéritif au comptoir voisin, puis, le col du pardessus relevé, les mains dans les poches, car il faisait froid, ils pénétrèrent dans la cour de l’immeuble, cherchèrent l’escalier C, le trouvèrent enfin et gravirent deux étages. Sur chaque porte de cette vielle maison compliquée, il y avait des plaques d’émail ou de cuivre annonçant aussi bien un fabricant de fleurs artificielles qu’une société de cinéma.

… on téléphona que des Algériens venaient d’échanger des coups de couteau du côté de la porte de l’Italie.

À certain moment, il y a eu jusqu’à soixante employés, et les bureaux occupaient trois étages d’un immeuble moderne, rue Beaubourg. Laget éditait des journaux corporatifs, Le Journal Boucherie, Le Bulletin des Mandataires, Le Moniteur des cuirs et Peaux, d’autres encore…

L’Affaire du boulevard Beaumarchais

Le dimanche précédent, boulevard Beaumarchais, dans un immeuble dont le rez-de-chaussée est occupé par un fabricant de pipes, au quatrième étage, Louise Voivin, vingt-six ans, décédait brusquement en donnant tous les signes d’un empoisonnement.

La péniche aux deux pendus

L’intérêt n’était pas à l’écluse de Coudray où la péniche était venue s’échouer, mais à l’autre bout de bief, à huit kilomètres en amont, à l’écluse de la Citanguette.

Le même décor qu’en bas, en somme. Les villages de Morsang et de Seine-Port étaient sur l’autre rive, assez loin. Si bien qu’on ne voyait que l’eau paisible bordée de taillis avec, parfois, la crevasse d’une ancienne carrière de sable.

Mais, à la Citanguette, il y avait un bistrot, si bien que les bateaux faisaient l’impossible pour y coucher. Un vrai bistrot pour mariniers, où l’on vendait du pain, des conserves, du saucisson, de cordages et d’avoine pour les chevaux.

Les pierres. Photo de Megan Jorgensen.

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