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Un entracte à sa vie

Un entracte à sa vie

Un entracte à sa vie

Par Elaine Brisson

… Une chose est sûre, quand tu te réveilles en pleine forêt sans trop comprendre ce que tu fais là, le petit hamster dans ton cerveau devient hyperactif. Puis, lorsque tu essaies de trouver l’origine du phénomène et que tu te rends compte qu’en fait, tu n’arrives pas du tout à répondre à de simples questions telles que : “J’ai pas un nom, moi ?”, le niveau de stress monte jusqu’à la stratosphère.

Personne ne sait qui il est, personne ne semble à sa recherche. À l’exception de son amnésie, il est en parfaite santé. Qui sait si sa mémoire reviendra, et quand ? Il n’a pas de raison de rester hospitalisé. Heureusement, sa psychologue lui propose un plan pour gagner sa vie et s’occuper, en attendant que sa mémoire revienne.

Elaine Brisson s’est lancée dans l’écriture en 2010. Un entracte à sa vie est son premier roman à être édité après plusieurs années à peaufiner son style. Elle aime explorer différentes facettes de ses personnages, les faire évoluer psychologiquement et les exposer au moyen de récits accrocheurs, révélant peu à peu les fils d’un mystère de longue haleine.

Extrait :

Je ne connaissais le psychiatre de Kevin qu’avec le nom affectueux qu’il lui donnait : schtroumphGrognon. Ça ne devait pas être dans l’annuaire. Par contre, je pouvais bien m’imaginer de quoi il avait l’air. Je me suis rendue à l’accueil de l’hôpital et j’ai demandé à rencontrer le psychiatre qui travaillait avec Joan sur un cas d’aménsique. Le malade était une connaissance et je voulais lui apporter des informations complémentaires.

Après tout, je ne pouvais pas simplement lui dire que j’avais des questions à lui poser sur une personne dont j’étais si éloignée que même son nom de famille me manquait. Par contre, l’histoire de mon ami devait être si notoire que je doutais que même elle ne sache pas de qui je parlais. Si Joan pouvait se permettre de le sortir de l’hôpital et ensuite agir à sa guise avec lui, malgré la confidentialité du cas, les potins devaient courir.

Avec beaucoup d’insistance, la femme devant moi a enfin accepté de téléphoner au psychiatre. Elle avait pris le combiné et composé un poste. Elle me jeta un regard de biais, songeant sûrement qu’elle devait éviter de trahir la moindre information à mes oreille attentives.

Bonjour, Docteur Magnan, j’ai une femme devant moi qui demanderait une entrevue pour parler d’un de vos patients, qui serait amnésique, Kevin, qu’elle dit.

Elle écouta la réponse de son interlocuteur, puis raccrocha le combiné. Et déclara :

Il n’est pas disponible, mais il accepterait de vous parler quelques minutes à 17 heures ce soir, à la condition que vous ne soyez pas en retard, autrement il partira chez lui.

D’après ce que ‘avais entendu sur le psychiatre, je ne pouvais pas être surprise de la réponse. Par contre, je m’autorisais la déception que je ressentais de ne pas avoir le moindrement piqué sa curiosité. Je pris néanmoins le soin de noter son nom.

Elle a reporté les yeux aux documents qu’elle lisait avant mon arrivée, sans rien dire de plus. Je n’étais pas très réjouie à l’idée de passer mon après-midi à tuer le temps jusqu’au rendez-vous, mais je n’avais pas besoin de m’essayer pour comprendre qu’insister serait inutile. Cependant, je restais plantée là, attendant qu’elle daigne lever le regard à nouveau vers moi.

Autre chose ?

Je voudrais bien patienter jusqu’à 17 heures et ne pas arriver en retard au rendez-vous, dis je d’un ton patient, mais le rencontre où ?

La femme a poussé un long soupir, repris le téléphone et au bout de quelques minutes m’a indiqué une salle d’entrevue pour les visiteurs où nous pourrions discuter tranquillement. Je suis sorte et j’a marché. J’avais intérêt à convaincre le docteur que ce rendez-vous en valait la peine.

De retour à l’hôpital, je n’avais pas trouvé grand-chose à lui dire. Je n’avais que les quelques semaines où je le voyais souvent et ce que nous avions échangé lors de notre dernière rencontre. J’avais beau fouiller, je ne pouvais quand même pas lui apprendre qu’il avait une relation avec sa pshycologue, il ne devait pas avoir manqué de réaliser cela.

Trois minutes avant l’heure convenue, j’étais assise dans la petite salle d’entrevue désignée par une employée du secteur. Il a fait son entrée et a choisi la chaise me faisant face. Se gardant bien de me saluer, il a résumé le but qu’il avait choisi de donner à l’entretien.

Je suis le psychiatre de Kevin, j’ai accepté de vous voir parce que vous avez dit avoir des informations pour moi. Si vous n’êtes ici que par curiosité, je vous avertis que je n’ai pas le droit de vous dire que ce soit sur son état, nous perdons alors tous les deux notre temps.

(Par Elaine Brisson, Les Éditions de l’Apothéose, 2018. Lanoraie, Québec.)

Une chose est sûre quand tu te réveilles en pleine forêt... Photographie par Megan Jorgensen.
Une chose est sûre quand tu te réveilles en pleine forêt… Photographie par Megan Jorgensen.

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