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Demain les chiens par Simak

Demain les chiens par Simak

Demain les chiens par Clifford D. Simak

La Cité

Un parc, dit Grand-Père, en désignant d’un grand geste le désert qui avait été jadis le quartier résidentiel. Un parc qui rappellera aux gens comment vivaient leurs ancêtres.

Ils étaient tous les trois au sommet de Tower Hill; au-dessus d’eux se dressait la silhouette du château d’eau, dont les pieds massifs s’enfonçaient dans une mer de hautes herbes.

Par exactement un parc, explica Henry Adams, Un mémorial plutôt. Un monument commémoratif d’une époque de vie communautaire qu’on aura oubliée dans cent ans d’ici. On y conservera certains types de constructions qui avaient été conçues pour répondre à certaines conditions de vie, et aux goûts de chaque propriétaire. En ce temps-là, on n’était pas l’esclave de conceptions architecturales, on faisait effort pour réussir à mieux vivre. Dans cent ans d’ici, des hommes visiteront ces maisons avec le même sentiment de respect, de vénération qu’ils éprouvent aujourd’hui dans les musées. Ce sera pour eux comme un vestige d’une époque primitive, une étape sur la route d’une vie meilleure, plus remplie. Des artistes passeront leur vie à transposer sur leurs toiles l’image de ces vieilles demeures. Les auteurs de romans historiques viendront chercher ici un souffle d’authenticité.

Mais vous disiez que vous aviez l’intention de restaurer toutes les maisons et de rendre aux pelouses et aux jardins exactement l’apparence qu’ils avaient autrefois, dit Webster. Cela va coûter une fortune. Sans compter les frais d’entretien.

J’ai trop d’argent, dit Adams. Beaucoup trop d’argent. N’oubliez pas que mon grand-père et mon père ont été parmi les premiers à se lancer dans l’industrie atomique.

C’était le meilleur joueur de crap que j’aie connu, votre grand-père, dit le vieux. À chaque fin de mois, au moment de la paie, il me lessivait.

Autrefois, dit Adamas, quand un homme avait trop d’argent, il avait un tas de moyens de le dépenser. Il y avait les œuvres de charité, par exemple. Ou la recherche médicale ou d’autres choses encore. Mais il n’existe plus d’oeuvres de charité, aujourd’hui. Elles n’auraient pas assez de travail. Et depuis que le Comité Mondial est rodé, l’argent ne manque pas pour la recherche médicale ou scientifique, ou pour toute recherche qu’il prendrait à quelqu’un l’envie d’entreprendre.

Je ne pensais pas à tout cela quand je suis revenu voir la vieille maison de mon grand-père. Je voulais simplement la voir. Il m’en avait tant parlé. Comment il avait planté l’arbre sur la grande pelouse. Et la roseraie qu’il y avait installée.

Demain les chiens – La tannière

Webster, debout sur la large rampe du spaçodrome, suivait des yeux la forme qui s’amenuisait dans le ciel, projetant derrière elle une série de petits points rouges.

La forme avait disparu depuis de longues minutes et il restait là, les mains cramponnées à la balustrade devant lui, le regard toujours perdu dans le ciel.

Ses lèvres remuèrent et dirent : « Adieu, fils »; mais aucun son ne sortit de sa bouche.

Peu à peu, il reprit conscience de ce qui l’entourait. Il se rendit compte que des gens circulaient autour de la rampe. Il vit le champ d’atterrissage qui semblait s’étendre interminablement jusqu’à l’horizon, semé çà et là de silhouettes trapues qui étaient des appareils attendant l’heure du départ. Des tracteurs étaient à l’ouvrage près d’un hangar, déblayant les dernières traces de neige de la nuit précédente.

Webster frissonna et s’en étonna car le soleil de midi était chaud. Il frissonna encore.

Lentement il s’éloigna de la rampe pour se diriger vers le bâtiment de l’administration. L’espace d’un instant, il éprouva une peur soudaine et qui tortura son cerveau : une peur irraisonnée et déconcertante en face de ruban de béton qu’était la rampe. Une peur qui le laissa moralement tremblant tandis qu’il se dirigeait vers la porte.

Un homme s’approcha de lui, une serviette en cuir sous le bras, et Webster, en l’apercevant, souhaita apremment que l’autre ne lui adressât pas la parole.

L’homme ne lui parla pas, et le dépassa sans presque lui jeter un coup d’oeil; Webster se sentit soulagé.

Si j’étais à la maison, se dit-il, j’aurais fini de déjeuner et serais prêt maintenant à aller faire ma sieste. Le feu brillerait dans l’âtre et les flammes se refléteraient dans les chenets. Jenkins m’apporterait une liqueur et me dirait un mot ou deux… me ferait un brin de causette.

Il se hâta de gagner la porte, précipitant le pas dans son désir d’avoir déjà quitté l’étendue glacée et dénuée de la rampe.

Curieux, l’effet que lui avait produit le départ de Thomas. Il était normal, évidemment, que le départ de son fils lui fit de la peine. Mais il était absolument anormal que, depuis quelques minutes, il sentit montrer en lui pareille impression d’horreur. Une horreur de ce voyage dans l’espace, horreur du sol étranger de Mars, bien que Mars ne renfermât plus guère de secrets. Depuis plus d’un siècle, les Terriens connaissaient Mars, avaient lutté contre son climat, s’en étaient accommodés ; certains même en étaient venus à aimer la vie là-bas.

Mais seul un immense effort de volonté avait empêché Webster, dans ces dernières secondes qui avaient précédé le départ de l’appareil, de se précipiter pour hurler à Thomas de revenir, de renoncer à son voyage.

C’était une attitude inconcevable. Cela aurait été humiliant, déshonorant. Un Webster ne pouvait s’exhiber de cette façon.

Après tout, se dit-il, un voyage vers Mars n’était pas une grande aventure; plus maintenant. Autrefois, c’en était une mais ces jours-là étaient passés. Lui-même, dans son jeune âge, avait fait le voyage jusqu’à Mars où il avait passé cinq longues années. C’était – cette pensée lui fit presque perdre le souffle – c’était près de trente ans auparavant.

Demain les chiens – Le recensement

… Car quelque part, un jour, en étudiant des feuilles semblables à celles-ci, un savant découvrirait ce qu’il cherchait; la clef d’une forme de vie qui n’était pas tout à fait celle des hommes. Quelque bizarrerie qui n’était pas tout à fait celle des hommes. Quelque bizarreries de comportement révélatrice distinguerait l’une de ces existences de toutes les autres.

Les mutations humaines n’étaient pas des phénomènes tellement rares. On en connaissait de nombreux exemples, chez des hommes qui occupaient une situation en vue. La plupart des membres du Comité Mondial étaient des mutants, mais les qualités et les facultés que leur avait conférées leur mutation avaient été modifiées par la vie sociale, par l’influence qui, à leur insu, donnait à leurs pensées et à leurs réactions un aspect plus conforme à l’attitude de la majorité.

Il avait toujours existé des mutants, sinon la race n’aurait pas progressé. Mais jusqu’au siècle dernier environ, on ne les avait pas reconnus pour tels. Jusqu’alors, les mutants ne se distinguaient qu’en ce qu’ils devenaient de grands hommes d’affaires, ou de grands savants, ou de grands escrocs. Ou au contraire des excentriques qui ne rencontraient que mépris ou pitié auprès d’une race qui ne tolérait pas qu’on s’éloignat de la norme.

Ceux qui avaient réussi s’étaient adaptés au monde qui les entourait, avaient utilisé leurs facultés mentales supérieures dans des voies qui ne choquaient personne. Mais en se pliant à des limitation fixées pour des gens moins extraordinaires qu’eux, ils avaient émoussé leurs possibilités, ils n’avaient pas utilisé à plein rendement leurs facultés.

Et aujourd’hui, encore, les possibilités du mutant avéré se trouvaient limitées, inconsciemment, par la redoutable routine de la logique.

Mais il existait de par le monde des dizaines, et sans doute des centaines d’autres humains qui étaient un peu plus qu’humains : des gens dont l’existence était demeurée à l’abri de la rigidité de la vie en groupe. Des gens dont rien ne venait limiter les possibilités, qui ignoraient la routine de la logique.

De sa serviette, Grant tira une liasse pitoyablement mince de papiers agrafés ensemble et lut le titre avec un sentiment presque de vénération :

« – Esquisse inachevée et notes sur la philosophie de Juwain. »

Il aurait fallu un esprit ignorant de la routine de la logique, un esprit que quatre mille ans de pensée humaine auraient laissé intact pour reprendre le flambeau que la main du philosophe martien avait un instant soulevé. Un flambeau qui éclairait la route d’une conception nouvelle de la vie, une voie plus facile, plus directe. Une philosophie qui en deux générations ferait avancer l’espèce humaine de cent mille ans.

Juwain était mort et dans cette maison même un homme était prévenu au terme de ses années d’obsession, la voix de son ami mort résonnant encore à ses oreilles et aussi le blâme d’une race frustrée.

Demain les chiens – les Déserteurs

Allen ne révint pas.

Les tracteurs fouillant les parages de la coupole no trouvèrent pas trace de lui, à moins que la créature dont un des conducteurs signala la présence dans un repli de terrain n’eût été le Terrien disparu métamorphosé en Dromeur.

Quand Fowler laissa entendre que les données des biologistes étaient peut-être fausses, ceux-ci émirent de doctes ricanements. Les données, soutinrent-ils, étaient exactes. Quand on plaçait un homme dans un covertisseur et qu’on mettait le courant, l’homme devenait un Dromeur. Il sortait de la machine et s’éloignait pour disparaître dans la lourde atmosphère de Jupiter.

Il ne s’agissait peut-être que d’un petit détail, avait suggéré Fowler; une différence infime avec le véritable Drommeur. Dans ce cas, avaient répliqué les biologistes, il faudrait des années pour s’en apercevoir.

Et Fawler savait qu’ils avaient raison.

La liste des disparus comptait cinq noms maintenant au lieu de quatre et Harold Allen était parti pour rien. Sa disparition ne leur avait rien appris et c’était en fait comme s’il n’était jamais parti.

Flowler prit sur son bureau le dossier du personnel, une mince liasse de feuilles bien attachées. Il regarda les noms, le cœur lourd. Il fallait bien découvrir d’une façon ou d’une autre la raison de ces disparitions. Et le seul moyen, c’était d’envoyer d’autres hommes.

Un moment il prêta l’oreille au hurlement du vent au-dessus de la coupole, à l’éternelle bourrasque qui balayait la planète de ses tourbillons rageurs.

Existait-il au-dehors quelque menace inconnue? Quelque danger dont ils ignoraient tout? Quelque chose qui guettait les Dromeurs pour les dévorer, sans faire de distinction entre les Dromeurs bon teint et ceux qui n’étaient que des hommes métamorphosés?

Ou bien avait-on commis une erreur à la base en choisissant les Dromeurs comme le type de créature vivante le mieux adapté aux conditions d’existence sur la planète? Il savait que l’intelligence dont témoignent manifestement des Dromeurs avait été un des facteurs déterminants de ce choix. Car si la créature que devenait l’Homme n’était pas douée d’intelligence, l’Homme ne pouvait pas garder longtemps sa propre intelligence sous sa nouvelle forme.

Les biologistes avaient-ils donné trop d’importance à un facteur pour corriger les efforts nuisibles, voire désastreux, d’un autre facteur? C’était peu vraisemblable. Pour pontifiants qu’ils étaient, les biologistes connaissaient leur affaire.

Ou bien l’entreprise elle-même était-elle impossible et vouée dès l’abord à l’échec? On avait réussi sur d’autres planètes à faire prendre à l’homme d’autres formes de vie, mais cela ne voulait pas nécessairement dire que c’était chose possible sur Jupiter. Peut-être l’intelligence humaine ne pouvait-elle fonctionner normalement sous l’enveloppe sensorielle jovienne. Peut-être les Dromeurs étaient-ils des être si différents qu’il n’existait pas de terrain de rencontre entre la connaissance humaine et la conception jovienne de l’existence.

Ou peut-être la faute en revenait-elle à l’homme, était-elle inhérente à la race humaine. Peut-^tre quelque aberration mentale dont les effets s’ajoutaient à ce qu’ils découvraient dehors empêchait-elle les hommes de revenir. Peut-être l’Homme avait-il une constitution mentale qu’on tenait pour parfaitement normale sur la Terre mais qui était incapable de résister aux conditions de vie joviennes.

Ils s'écraseront pour passer leurs vacances dans une bonne vieille ferme comme autrefois. Photo de Megan Jorgensen.
Ils s’écraseront pour passer leurs vacances dans une bonne vieille ferme comme autrefois. Photo de Megan Jorgensen.

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