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Cinq romans policiers

Cinq romans policiers

Cinq romans policiers de Georges Simenon sur le commissaire Maigret et le commissaire Labbe

La tête d’un homme

La chute

C’était en janvier. Il gelait. Les dix hommes présents avaient le col du pardessus relevé, les mains enfouies dans les poches.

La plupart échangeaient des phrases décousues tout en battant la semelle et en lançant des regards furtifs d’un même côté.

Seul Maigret se tenait à l’écart, le cou rentré dans les épaules, si hargneux que personne n’avait osé lui adresser la parole.

On apercevait, dans les immeubles voisins, quelques fenêtres qui s’éclairaient, car l’aube se levait à peine. Quelque part, un tintamarre sonnaillant de tramways.

Enfin le roulement d’une voiture, le claquement d’une portière, le bruit de gros souliers et quelques ordres lancés à mis-voix.

Un journaliste prenait des notes, mal à l’aise. Un homme détournait la tête.

Radek sortit vivement de la voiture cellulaire et regarda autour de lui de ses prunelles claires qui, dans la grisaille, avaient des reflets infinis d’océan.
On le tenait, des deux côtés. Mais il ne s’en inquiétait pas et il se mit à marcher à grands pas dans la direction de l’échafaud.

C’est alors qu’il glissa soudain sur le verglas. Il tomba. Et ses gardiens, croyant à une tentative de révolte, se précipitèrent pour le maintenir.

Cela ne dura que quelques secondes. Mais peut-être cette chute fut-elle plus pénible que tout le reste, pénible surtout le visage honteux du condamné quand il se redressa, ayant perdu tout prestige, toute l’assurance qu’il s’était donnée.

Son regard tomba sur Maigret, qu’il avait prié d’assister à l’exécution.

Le commissaire voulut détourner les yeux.

Vous êtes venu…

Des gens s’impatientaient. Les nerfs étaient tendus dans une même hâte douloureuse d’abréger la scène.

Alors Radek se retourna vers la plaque de verglas, avec un sourire sarcastique, puis désigna l’échafaud, ricana.

Raté!…

Il y eut une hésitation de la part de ceux qui avaient pour mission de mettre fin à la vie d’un homme.

Quelqu’un parla. Une trompe d’auto résonna dans une rue proche.

Ce fut Radek qui se mit en marche, le premier, sans regarder personne.

Commissaire…

Encore une minute, peut-être, et ce serait tout. La voix avait un drôle de son.

Vous allez retrouver votre femme, n’est-ce pas ?… Et elle vous a préparé du café…

Maigret ne vit rien d’autre, n’entendit plus rien ! C’était vrai ! Sa femme l’attendait, dans la salle à manger tiède où le petit déjeuner était servi.

Sans savoir pourquoi, il n’osa pas y aller. Il rentra directement au Quai des Orfèvres, chargea le poêle de son bureau jusqu’à la gueule, tisonna à en casser la grille.

Le Charretier de la Providence

Le commissaire Maigret, de la Première Brigade Mobile, était en train de récapituler ces faits en les plaçant dans leur cadre,

C’était le lundi soir. Le matin même, le Parquet d’Epernay avait fait, sur les lieux, la descente légale et, après la visite de l’Identité Judiciaire et des médecins légistes, le corps avait été transporté à la morgue.

Il pleuvait toujours, une pluie fine, serrée et froide qui n’avait pas cessé de tomber de la nuit et de toute la journée.

Des silhouette allaient et venaient sur les portes de l’écluse où un bateau s’élevait insensiblement.

Depuis une heure qu’il était là, le commissaire n’avait songé qu’à se familiariser avec un monde qu’i découvrait soudain et sur lequel il n’avait en arrivant que des notions fausses ou confuses.

L’éclusier lui avait dit :

– Il n’y avait presque rien dans le bief : deux moteurs avalants, un moteur montant, qui a éclusé l’après-midi, une vidange et deux panamas. Puis le chaudron est arrivé avec ses quatre bateaux…

Et Maigret apprenait qu’un chaudron est un remorqueur, qu’un panama est un bateau qui n’a ni moteur ni chevaux à bord et qui loue un charretier avec ses bêtes pour un parcours déterminé, ce qui constitue de la navigation au long jour.

En arrivant à Dizy, il n’avait vu qu’un canal étroit, à trois kilomètres de Dizy.

Et là il avait trouvé la maison de l’éclusier, en pierres grises, avec son écriteau: Bureau de Déclaration.

Et il avait pénétré au Café de la Marine, qui était la seule autre construction de l’endroit.

A gauche, une salle de café pauvre, avec de la toile cirée brune sur les tables, des murs peints moitié en brun, moitié en jaune sale.

Mais il y régnait une odeur caractéristique qui suffisait à marquer la différence avec un café de campagne. Cela sentait l’écurie, le harnais, le goudron et l’épicerie, le pétrole et le gasoil.

La porte de droite était munie d’une petite sonnette et des réclames transparentes étaient collées aux vitres.

Là, c’était bourré de marchandises : des cirés, des sabots, des vêtements de toile, des sacs de pommes de terre, des barils d’huile alimentaire et des caisses de sucre, de pois, de haricots, pêle-mêle avec des légumes et de la faïence.

On ne voyait pas un client. A l’écurie, il n’y avait plus que le cheval que le propriétaire attelait pour aller au marché, une grande bête grise aussi familière qu’un chien, qui n’était pas attachée et qui se promenait de temps en temps dans la cour, parmi les poules.

Tout ruisselait de l’eau du ciel. C’était la note dominante. Et les gens qui passaient étaient noirs et luisants, penchés en avant.

A cent mètres, un petit train Decauville allait et venait dans un chantier, et son conducteur, à l’arrière de la locomotive en miniature, avait fixé un parapluie sous lequel il se tenait frileux, les épaules rentrées.

Une péniche se détachait du bord, s’en allait à la gaffe jusqu’à l’écluse d’où une autre sortait.

Comment la femme était-elle venue là ? Pourquoi ? C’était la question que la police d’Epernay, le Parquet, les médecins, les techniciens de l’Identité Judiciaire s’étaient posée avec ahurissement et que Maigret tournait et retournait dans sa lourde tête.

Un crime en Hollande

Première édition : Fayard, 1931

Quand Maigret arriva à Delfzijl, une après-midi de mai, il n’avait sur l’affaire qui l’appelait dans cette petite ville plantée à l’extrême nord de la Hollande que des notions élémentaires.

*

Un certain Jean Duclos, professeur à l’université de Nancy, faisait une tournée de conférences dans les pays du Nord. A Delfzijl, il était l’hôte d’un professeur à l’École navale, M. Popinga.

*

Jean Duclos avait alerté l’université de Nancy, qui avait obtenu qu’un membre de la Police Judiciaire fût envoyé en mission à Delfzijl.

*

Conrad Popinga, la victime, 42 ans, ancien capitaine au long cours, professeur à l’École navale de Delfzijl.

Any Van Elst, sœur cadette de Liesbeth Popinga, en séjour de quelques semaines à Delfzijl.

Liesbeth Popinga, sa femme, fille d’un directeur de lycée d’Amsterdam.

Beetje Liewens, 18 ans, fille d’un fermier spécialisé dans l’exportation des vaches de race pure. Deux séjours à Paris.

C’était sans éloquence. Des noms qui n’évoquent rien, du moins pour Maigret qui arrivait de Paris après une nuit et une demi-journée de chemin de fer.

Delfzijl le dérouta dès la première prise de contact. Au petit jour, il avait traversé la Hollande traditionnelle des tulipes, puis Amsterdam qu’il connaissait. La Drenthe, véritable désert de bruyères aux horizons de trente kilomètres sillonnés de canaux, l’avait surpris.

*

Au-delà, l’embouchure de l’Ems. La mer du Nord.

*

Mon père est allé à Groningen…

*

Des rayonnages sombres et des livres encore, une poupée achetée à Paris, toute froufrotante.

*

N’est-ce pas comme à Paris?

*

Jeudi dernier, c’était le professeur Duclos, de Nancy.

*

La police est venue de Groningen pour aider la gendarmerie.

*

On a transporté son corps à Groningen…

*

Vous n’allez pas à Delfzijl?

*

Canal à peu près désaffecté, d’ailleurs, depuis la création d’un canal beaucoup plus large et profond, l’Ems-Canal, reliant Delfzijl à Groningen.

*

– Vous-êtes de Nancy?
– C’est-à-dire que j’occupe une chaire de sociologie à l’université…
– Mais vous n’êtes pas né en France!

Cela s’engageait comme une petite guerre.

– En Suisse romande. Je suis naturalisé Français. J’ai fait toutes mes études à Paris et à Montpellier…

*

Vous connaissez l’embouchure de l’Ems?

*

Il y a un bateau à moteur, avec lequel il va et vient de son île à Delfzijl…
*

Vous savez que Delfzijl reçoit surtout des bois de Finlande et de Riga…

*

Ce sont quelques tonnes de bois qui vont à la mer et que la marée transporte sur le sable de Workum…

*

Il est vrai que vous avez passé toute l’après-midi à Delfzijl…

*

Le Club des Rats de Quai : Il savait qu’à Delfzijl on appelle ironiquement cette réunion le Club des Rats de Quai…

*

C’était le sien et, de cette place-là, on pouvait voir ensuite l’Ems large de vingt kilomètres, un miroitement lointain qui était celui de la mer du Nord avec, quelque part, une bande de sable roux qui était l’île de Workum, le domaine d’Oosting.

*

Au mur, des photos représentant Conrad Popinga en Asie, en Afrique, en tenue de premier lieutenant ou de capitaine.

*

En la vie commencerait sur un grand vapeur : les heures de quart, les escales, java-Rotterdam, Rotterdam-Java, deux jours ici, cinq ou six heures là…

*

On aperçut la large surface de l’Ems-Canal.

*

– Goed avond! – grommela pourtant l’homme de Workum.

*

C’était son odeur qui régnait là comme dans tous les cafés hollandais et qui rendait l’atmosphère si différente de celle d’un café de France.

*

Mais quelqu’un entra, qui déploya un journal, para des derniers cours du fret à la Bourse d’Amsterdam.

*

Plus loin, un autre groupe, une poignée d’hommes : le Club des Rats de Quai.

*

Ils étaient montés sur le pont du bateau d’Oosting et celui-ci avait jailli de l’écoutille, car, quand il était à Delfzijl, il couchait toujours à son bord.

*

Son père, à Amsterdam, fait figure de farouche conservateur.

*

Il l’imaginait à cette frontière, regardant le bateau d’Oosting, le cinq-mâts dont l’équipage avait écumé tous les ports d’Amérique du Sud, les paquebots hollandais au-devant desquels, en China, venaient des jonques pleines de femmes menues et jolies comme de bibelots d’étagère.

*

Le compas du bord a appartenu à un bateau d’Helsingfors.

*

On sentait que cela lui tait pénible d’accuser un homme important, élevant des vaches expédiées ensuite jusqu’en Amérique.

*

On voyait le bateau-pilote de Delfzijl, un beau vapeur de cinq cents tonneaux, décrire une courbe sur l’Ems avant d’entrer dans le port.

*

C’est assez pour aller en Amérique, car j’ai regardé dans le journal le tarif des bateaux.

*

Il me semble que les gens de Delfzijl me regardent avec réprobation…

*

Il faut absolument partir avant les vacances, car para veut que j’aille passer un mois en Suisse et je ne veux pas.

*

Conrad n’était pas là et jamais Maigret ne l’avait senti aussi vivant qu’à cet instant, avec son visage bon enfant, sa gourmandise, son appétit de vie plutôt, sa timidité, sa peur de heurter quelqu’un de front et cette T.S.F. dont il tournait les boutons des heures durant pour accrocher un air de jazz à Paris, les tziganes de Budapest, l’opérette de Vienne, voire les appels lointains de bateau à bateau…

*

Parce qu’il travaillait beaucoup et que Delfzijl était triste pour lui… L’an dernier, elle a failli venir à Paris avec nous…

*

Enfin il y avait trois verres par convive, ce qui, en Hollande, n’est de mise que pour une véritable cérémonie.

*

J’aimerais vous recevoir chez moi, mais j’habite Groningen et je suis célibataire…

*

– Comme en France, n’est-ce pas?

*

Il avait parlé de la beauté du port, de l’importance du trafic sur l’Ems, de l’université de Groningen où les plus grands savants du monde viennent donner des conférences.

*

Il restait à manger un chef-d’œuvre, un gâteau garni de trois sortes de crème sur lequel, par surcroît, le nom de Delfzijl s’inscrivait en chocolat.

*

A moins qu’il soit en train de naviguer dans la Baltique! Répliqua Pijpekamp.

*

Vous avez encore un papa, n’est-ce pas? Là-bas, aux Indes…

*

Je vais téléphoner à Groningen, dit-il enfin et en guettant l’expression de ses interlocuteurs.

*

Et vous lui avait dit qu’en France, les gens comme moi, on les a avec un bon déjeuner, voire avec un pourboire…

*

Votre grand objectif dans la vie est de quitter Delfzijl en compagnie d’un homme quelconque…

*

A Delfzijl, vous passez les hommes en revue et vous en découvrez un qui paraît plus audacieux que les autres…

*

Elle voudrait que je fasse toute la journée des vêtements pour les indigènes de l’Océanie, ou que je tricote pour les pauvres…

*

– En tout cas pas à Delfzijl…

*

L’autre jour, dans les lumières, avec tout Delfzijl derrière elle, elle devait être rose d’orgueil et de plaisir.

*

– Ce n’est pas à l’intelligente population de Delfzijl que je ferai l’injure de …

*
A quelle heure y a-t-il un train pour la France?

*

Et le fait est qu’à cinq heures du matin le commissaire, tout seul, prenait le train à la petite gare de Delfzijl.

*

Ce ne fut que deux ans plus tard que le commissaire rencontra à Paris Beetje, qui était devenue la femme d’un dépositaire de lampes électriques hollandaises et qui avait engraissé.

*

Et elle ajouta : – Vous viendrez nous voir… Avenue Victor-Hugo, au 28… Ne tardez pas trop, car nous partons la semaine prochaine aux sports d’hiver, en Suisse.

Pietr le Letton

Première édition : Fayard, 1931

Commission Internationale de Police Criminelle à Sûreté Générale, Paris : Police Cracovie signale passage et départ pour Brême de Pietr Le Letton. La Commission Internationale de Police Criminelle (C.I .P.C.) siège à Vienne et dirige, en somme, la lutte contre le banditisme européen, se chargeant plus particulièrement de la liaison entre les diverses polices nationales.

*

Policzei-proesidium de Brême à Sûreté de Paris : Pietr le Letton signalé en direction Amsterdam et Bruxelles.

Un troisième télégramme, émanant de la Dederlandsche Centrale in Zake Internationale Misdadigers, le G.Q.G. de la police néerlandaise, annonçait : Pietr le Letton embarqué compartiment G. 263 voiture 5, à 11 heures matin dans l’Étoile du Nord, à destination Paris.

La dernière dépêche en polcod venait de Bruxelles et disait : Vérifié passage Pietr le Letton 2 heures Étoile du Nord à Bruxelles compartiment désigné par Amsterdam.

*

Son regard alla du point qui figurait Cracovie à cet autre point désignant le port de Brême, puis de là à Amsterdam et à Bruxelles.

*

L’Étoile du Nord devait rouler à cent dix à l’heure entre Saint-Quentin et Compiègne.

*

Par la fenêtre, il aperçut un bras de la Seine, la place Saint-Michel, un bateau-lavoir, le tout dans une ombre bleue qu’étoilaient les uns après les autres les becs de gaz.

Il ouvrit un tiroir, parcourut des yeux une dépêche du Bureau International de’Identification de Copenhague.

*

Devant un guichet, des voyageurs lisaient un avis peu rassurant : Tempête sur la Manche.

Et une femme, dont le fils s’embarquait pour Folkestone, montrait un visage bouleversé, des yeux rouges.

*

Maigret était debout près du quai 11 où la foule attendait l’Étoile du Nord. Tous les grands hôtels, sans compter l’Agence Cook, étaient présentés.

*

Le représentant d’un palace des Champs-Élysées lui frayait obséquieusement un passage.

*

Les Champs-Élysées étaient transformés en une piste quasi déserte.

*

Nul doute, aussi qu’il eût déjà rencontré les Mortimer-Levingston ailleurs, à Berlin, à Varsovie, à Londres ou à New York. N’était-il à Paris que pour les rencontrer et pour réaliser une des escroqueries colossales dans lesquelles il était spécialisé?

*

« Cette bande a été repérée successivement à Paris, à Amsetrdam (affaire Van Heuvel), à Berne (affaire des Armateurs Réunis), à Varsovie (affaire Lipmann) et dans diverses villes européennes où ses procédés ont été moins nettement identifiés.

*

Un de ceux qui ont été vus le plus souvent avec lui, et qui a été reconnu pour avoir présenté le chèque falsifié à la Banque Fédérale de Berne, a été tué lors de son arrestation. Il se faisait passer pour un certain major Howard, de l’American Legion, mais on a pu établir que c’était un ancien bootlegger de New York, connu aux Etats-Unis sous le sobriquet de Gros Fred.

Pietr le Letton a été arrêté deux fois. La première, à Wiesbaden, pour escroquerie d’un demi-million de marks au préjudice d’un négociant de Munich, la seconde à Madrid, pour une affaire similaire dont la victime était un haut personnage de la cour d’Espagne.

*

« Accointances probables avec la bande Maronnetti (fausse monnaie et fausses pièces officielles) et avec la bande de Cologne (dite des perceurs de murailles).

*

Il menait d’ailleurs une vie éreintante, trouvant le moyen de se montrer à Deauville, à Miami, au Lido, à Paris, à Cannes et à Berlin, de rejoindre son yacht quelque part, de traiter une affaire dans une capitale européenne et d’arbitrer les plus grands matchs de boxe à New York ou en Californie.

*

– Combien de sorties?
– Trois… Celle des Champs-Élysées… Celle des Arcades et enfin la porte de service, rue de Ponthieu…

*

Il était près de minuit quand Maigret arriva au Quai des Orfèvres.

*

On suppose qu’il est monté à Bruxelles, à contre-voie.

*

Le Letton a pris le thé entre Bruxelles et la frontière en feuilletant un paquet de journaux anglais et français, parmi lesquels plusieurs feuilles financières. Entre Maubeuge et Saint-Quentin, il s’est dirigé vers le lavabo.

*

C’est en arrivant à Paris qu’un employé est parvenu à la forcer et a découvert que le mécanisme avait été enrayé avec de la limaille.

*

Puis il regarda la carte. Son doigt dessina une ligne Cracovie-Brême-Amsterdam-Bruxelles-Paris.

Aux environs de Saint-Quentin, un temps d’arrêt : un mort.

À Paris, arrêt brusque de la ligne. Deux hommes disparaissent, en pleins Champs-Élysées.

*

Pourquoi, de Cracovie, remonter jusqu’à Brême, avant de redescendre à Paris.

*

Le portrait était signé – Léon Moutet, photographie d’art, quai des Belges, Fécamp.

*

Il y a un train pour Fécamp à cinq heures et demi.

*

La gare de La Bréauté où, à sept heures et demie du matin, le commissaire Maigret quitta la grande ligne Paris-Le Havre, lui donna un avant-goût de Fécamp.

*

– Le quai des Belges?

C’était tout droit. Il suffisait de marcher dans les flaques visqueuses où scintillaient des écailles de poissons et où pourrissaient leurs viscères.

*

C’est une orpheline, d’un petit pays des environs… Les Loges… Vous connaissez?

*

– M. Swaan n’habite pas Fécamp?

*

M. Swaan n’est presque jamais à Fécamp.

*

On était en train de réorganiser la pêche à Terre-Neuve, qu’on avait dû délaisser pendant cinq ans…

*

Les pêcheurs qui font le hareng et qui vont parfois jusqu’en Norvège disent qu’il y a là-bas beaucoup de gens qui s’appellent ainsi…

*

– Monsieur ne reviendra pas avant plusieurs semaines. Il est à Brême.

*

D’autres font la pêche à Terre-Neuve et dans la mer du Nord.

*

– Mon mari n’a pas voulu signer un contrat pour le Pacifique, où il y a davantage à faire, car il n’aurait pu revenir en Europe que tous les deux ans…

*

Et précisément, si Olaf est venu à Fécamp, c’était pour s’assurer qu’il n’y avait pas icid d’autres goélettes à vendre…

Vous comprenez, maintenant, il s’agissait de faire la contrebande de l’alcool aux États-Unis…

De grosses sociétés se sont fondées, avec des capitaux américains. Elles ont leur siège en France, en Hollande ou en Allemagne.

C’est pour une de ces sociétés que mon mari travaille en réalité. Le Seeteufel fait ce qu’ils appellent l’Avenue du Rhum. Il n’a donc rien à voir avec l’Allemagne.

*

A l’heure qu’il est, il doit être à Brême, ou bien près d’y arriver…
– Vous êtes déjà allée en Norvège?
– Jamais! Je n’ai pour ainsi dire pas quitté la Normandie. A peine deux ou trois fois, pour de courts séjours à Paris.

*

L’ensemble répondait à un type que Maigret connaissait bien, type de vagabond européen, venu de l’Est presque toujours, qui gîte dans les plus mauvais meublés de Paris, couche parfois dans les gares, se risque rarement en province, voyage en troisième classe ou, en fraude, sur les marchepieds et dans les trains de marchandises.

*

Un russe d’Arkhangelsk… Il était à bord d’un trois-mâts suédois qui a dû relâcher au port à cause de la tempête…

*

Une heure plus tard, ils étaient installés dans le même compartiment, en compagnie d’un marchand de bestiaux d’Yvetot qui entreprit de raconter à Maigret de bonnes histoires en patois normand et qui lui donnait de temps en temps des coups de coude pour attirer son attention sur leur voisin.

*

A partir de la Bréauté, où il se réveilla, le Russe ne dormit plus. Il est vrai que l’express Le Havre-Paris était bondé.

*

A la gare Saint-Lazare, il n’essaya pas davantage de profiter de la cohue pour lui échapper.

*

De Saint-Lazare à l’Hôtel de Ville, il y a loin.

*

Il prit la route la plus courte, par la rue du 4-Septembre et à travers les Halles, ce qui prouvait qu’il avait l’habitude de ce chemin.

Il atteignit le ghetto de Paris, dont le noyau est constitué par la rue des Rosiers, frôla des boutiques aux inscriptions en yiddish, des boucheries cachères, des étalages de pain azyme.

*

Enfin, il échoua dans la rue du Roi-de-Sicile, irrégulière, bordée d’impasses, de ruelles, de cours grouillantes, mi-quartier juif, mi-colonie polonaise déjà, et après deux cents mètres il fonça dans le corridor d’un hôtel.

*

Fédor Yourovitch, 28 ans, né à Vilna, maneovure, et Anna Gorskine, 25 ans, née à Odessa, sans profession.

*

A moins de cent mètres, la rue de Rivoli et la rue Saint-Antoine, larges, claires, avec leurs tramways, leurs étalages, leurs sergents de ville…

*

– Va me chercher un agent de police, place Saint-Paul…

*

– Voici cent sous… Va porter ce billet au flic de la place Saint-Paul…

*

Un quart d’heure plus tard, il arrivait au Quai des Orfèvres, expédiait un collègue à Dufour et se penchait sur son poêle en pestant contre jean qui n’était pas parvenu à faire rougir la fonte.

*

Il a expédié des câblogrammes chiffrés à sa banque de New York et à son secrétaire, qui est à Londres depuis quelques jours…

*

L’auto s’était dirigée vers la porte Saint-Martin.

*

Les Boulevards avaient leur aspect débraillé de onze heures du soir.

*

Il était minuit et demi. La rue La Fayette. Les colonnes blanchâtres de la Trinité cernées d’échafaudages. La rue de Clichy.

La limousine s’arrêta, rue Fontaine, en face du Pickwick’s Bar.

*

Quand le commissaire put enfin sortir, la voiture des Américains tournait l’angle de la rue Notre-Dame-de-Lorette.

*

Au Majestic… Vous me déposerez à la porte de service, rue de Ponthieu…

*

A mesure que l’on avançait vers le cœur de Paris, ses traits exprimaient moins de douleur et plus d’inquiétude.

*

Le même crime, exactement, avait été commis à Hambourg, six mois plus tôt.

*

Pepitto Moretto, Hôtel Beauséjour, 3, rue des Batignolles. Entré le…

*

Il était à deux pas de la rue Lepic. Mais le 71 est assez haut dans la rue en pente.

*

Place Blanche, il accosta un agent, lui donna des instructions, et le sergent de ville alla se camper à proximité du 71.

*

Quelques minutes plus tard, il pénétrait chez le Dr. Lecourbe, rue Monsieur-le-Prince.

*

Rue du Roi-de-Sicile! Je vous arrêterai…

*

La preuve en était fournie par ce chapelet de télégrammes qui suivait étroitement sa piste, de Cracovie à Brême, de Brême à Amsterdam, d’Amsterdam à Bruxelles et à Paris,

*

On l’envoyait à Berlin ! C’était un traitement de faveur !

*

Grâce au soleil qui baignait toute une moitié des Champs-Élysées, il faisait assez doux.

*

Au coin de la rue de Berry, il entendit un léger sifflement à quelques pas de lui, n’y prit pas garde.

*

L’inspecteur se tenait dans la rue de Berry, feignait d’être plongé dans la contemplation de la vitrine d’une pharmacie, si bien que ses gestes semblaient s’adresser à une tête de femme en cire dont une joue était soigneusement couverte d’eczéma.

*

Pietr parcourut deux fois le chemin de l’Étoile au Rond-Point et à la fin Maigret connaissait sa silhouette dans ses moindres détails, en avait saisi à fond le caractère.

*

Et ceux qu’il avait fréquentés, au Quartier Latin, lors d’études de médecine inachevées, avaient dérouté le Latin qu’il était.

*

Il ne connaissait rien de Paris, ni des femmes, ni du caractère français. Mais ses études étaient à peinte terminées qu’on lui offrait une chaire importante à Varsovie. Cinq ans plus tard, Maigret le voyait revenir à Paris, aussi sec, aussi froid, parmi une délégation de savants étrangers, et il dînait à l’Élysée.

*

Comme ce professeur d’une université belge connaissant tous les dialectes d’Extrême-Orient (une quarantaine) mais n’ayant jamais mis les pieds en Asie et ne s’intéressant d’ailleurs pas aux peoples dont il disséquait le langage en dilettante.

*

Le lendemain matin, Magret le retrouvait à Fécamp sous les traits de Fédor Yourovitch.

Il rentrait rue du Roi-de-Sicile.

*

Aucune faute lorsque, par exemple, il s’accoudait au comptoir dans le bouge de Fécamp.

*

Pas une paille, par, contre, dans le personnage du Letton qui, lui, était un intellectuel racé des pieds à la tête, dans la façon dont il demandait du feu à un chasseur ou portait son feutre gris de première marque anglaise, dans la désinvolture qu’il apportait à humer l’air ensoleillé des Champs-Élysées et à regarder un étalage.

*

Or il se ravisa, reprit sa marche le long du trottoir et brusquement, pressant le pas, s’engagea dans la rue Washington.

*

Le café sordide de Fécamp se glissait derrière le décor actuel.

*

Il avait en poche le portrait de Mme Swaan, qu’il avait retiré de l’album du photographe de Fécamp.

*

Le Letton prit le café dans le hall, se fit apporter un léger manteau, descendit les Champs-Élysées et pénétra, un peu après deux heures, dans un cinéma du quartier.

*

Rue de la Paix, Place Vendôme, Faubourg Saint-Honoré.

*

Elle a tout simplement traversé l’immeuble, qui a une sortie rue de Berry…

*

Un paquet d’une chemiserie des Grands Boulevards…

*

Le nom de l’opérateur se lisait en creux : K. Akel, à Pskov.

*

Corporation Ugala Tartu.

*

Les photos étaient signées d’un commerçant de Vilna.

*

Epraïm Gorskine
Fourrures en gros
Spécialiste de peaux royales de Sibérie Vilna-Varsovie

*

Veux-tu te renseigner sur M. Levassor, 65, rue d’Hauteville, qui me fait commande de peaux, mais qui ne me donne pas de références bancaires?

*

Le fils de Goldstein, qui est arrivé voilà quinze jours, dit que tu n’es pas inscrite à l’Université de Paris.

*

Puis le récit fait par un étudiant juif, rentré à Vilna, de la vie de la jeune fille à Paris.

*

Le revolver était inconnu des armuriers de Paris.

*

Mrs. Mortimer arrivée par avion, descendue Hôtel Modern, Berlin, où elle a trouvé dépêche Paris en rentrant du théâtre.

*

Au moment du crime, il était à Londres depuis huit jours.

*

A noter que, quand la police anglaise s’est présentée au Victoria, la mort de Mortimer n’était pas connue en Angleterre, sinon dans les rédactions de journaux.

*

L’ambassade des États-Unis vous demandera des preuves…

*

Tenez, le Premier ministre de Tchécoslovaquie… Cochet lui a enlevé un rein…

*

Je crois que je ferais mieux de filer à Fécamp moi-même!

*

Pas loin de la Baltique! Il y a plusieurs petits pays : l’Estonie, la Latvie, la Lithuanie… Puis, les enserrant, la Pologne et la Russie.

*

Mortimer, fit-il d’une autre voix, est né dans une ferme d’Ohio et a débuté en vendant des lacets à San Francisco. Anna Gorskine, originaire d’Odessa, a passé sa jeunesse à Vilna. Mrs Mortimer, enfin, est une Écossaise émigrée en Floride dès son enfance.

Tout cela se retrouve à l’ombre de Notre-Dame de Paris, et mon père, à moi, était garde-chasse d’un des plus vieux domaines de la Loire.

*

Dufour portait des guêtres noires, un petit pardessus à martingale et une casquette de marin comme tout le monde en arbore à Fécamo et qu’il devait avoir achetée dès son arrivée.

*

S’il est arrivé avant moi à Fécamp et s’il a pénétré dans la villa, il y est toujours.

*

Quelques instants plus tard, seulement, il ralentit le pas en arrivant dans la rue d’Étretat.

*

Il connaissait un des hôtels du port, Chez Léon, et il avait remarqué une entrée qui ne serait que l’été, aux quelques baigneurs qui passent la saison à Fécamp.

*

Les deux frères de Pskov… Deux jumeaux, je suppose?

*

– Vous étiez ensemble à l’Université de Tartu… reprit Maigret…

*

Avec un chèque de dix marks, je fabriquais un effet de dix mille marks que Pietr écoulait en Suisse, en Hollande et même, une fois, en Espagne.

*

A la suite du chèque raté, il nous a fallu gagner la France, où j’ai d’abord habité rue de l’École-de-Médecine…

*

Un jour, il m’a annoncé qu’il partait en Amérique, pour une affaire colossale, qui en ferait l’égal d’un milliardaire. Il m’a ordonné de m’installer en province, parce que, à Paris, la police des étrangers m’avait déjà interpellé à plusieurs reprises.

*

J’ai gagné Le Havre.

*

Il a épousé Berthe, un peu plus tard, alors qu’elle avait changé de place et qu’elle travaillait à Fécamp…

*

– De temps en temps, je m’enfuyais, j’allais à Fécamp, je rôdais autour de la villa où Berthe était installée…

*

Comme mon frère me l’annonçait quand je n’étais qu’étudiant à Tartu, j’étais un raté…

*

Je suis allé l’attendre à Bruxelles.

*

Puis, j’ai pris une auto et je me suis fait conduire à Fécamp…

*

Le … novembre 19… à dix heures de relevée, le nommé Hans Johannson, né à Pskov, Russie, sujet estonien, sans profession, domicilié à Paris, rue du Roi-de-Sicile, après s’être reconnu coupable du meurtre de son frère Pietr Johannson, commis dans le trois dit Étoile du Nord, le … novembre de la même année, s’est suicidé d’une balle dans la bouche peu après son arrestation, à Fécamp, par le commissaire Maigret, de la première Brigade Mobile.

*

Les infirmiers partirent, non sans que Mme Maigret les eût régalés d’un verre de prunelle qu’elle préparait elle-même lorsque, l’été, elle passait les vacances dans le village d’Alsace dont elle était originaire.

*

Une femme de la rue du Roi-de-Sicile, qui prétend qu’elle aimait Mortimer et qu’elle l’a tué par jalousie…

*

Avant son opération, il était allé voir deux fois Anna à Saint-Lazare.

*

La seconde, elle lui avait donné des indications permettant d’arrêter, le lendemain, Pepito Moretto, l’assassin de Torrence et de José Latourie, dans un meublé de Bagnolet.

*

A Pskov, une vieille dame au bonnet national rabattu sur les joues devait se diriger vers l’église, dans son traîneau qui glissait sur la neige et dont le cocher ivre fouettait le poney articulé comme un jouet.

La Prison

(Tout Simenon. Omnibus, janvier 2003. Oeuvre romanesque, tome 14).

Penché en avant, il roulait lentement le long du boulevard de Courcelles, avec les grilles noirs du parc Monceau à sa droite; puis il s’engageait dans la rue de Prony pour gagner la rue Fortuny où il habitait. La rue est courte, bordée d’immeubles cossus.

*

Ils devaient dîner ensemble, en compagnie d’une douzaine d’amis et amies, dans un nouveau restaurant de l’avenue de Suffren.

*

C’était une arme banale, qui aurait fait rire les truands, un petit 6.35 fabriqué à Herstal.

*

Nous avons un appartement, plutôt un pied-à terre à Paris, car nous sortons souvent le soir. Dès vendredi après-midi, nous rentrons dans notre vrai chez-nous, à Saint-Illiers-la-Ville, dans la forêt de Rosny.

*

Sa soeur et elle ont longtemps vécu ensemble dans une chambre de Saint-Germain-des-Prés.


L’hiver. Photo : ElenaB.


*

… Nous habitions l’hôtel, à Saint-Germain-des-Prés.

*

Jacqueline ne reviendra pas diner. Elle est occupée à interviewer un écrivain américain au George-V.

*

Leur maison de campagne est à l’opposé de la nôtre, dans la forêt d’Orléans.

*

– Votre nom, prénoms, âge, qualités…
– Alain Poitaud, né à Paris, place Clichy, 32 ans, directeur du magazine Toi…
– Marié?
– Marié, oui. Père de famille, adresse à Paris : 17 bis, rue Fortuny. Adresse principale : Les Nonnettes à Saint-Illiers-la-Ville.

*

Toujours penché en avant pour voir malgré tout à travers le parebrise, il remonta les Champs-Élysées, sans essayer de mettre de l’ordre dans ses idées.

*

Cela ne se passait pas comme le policier s’imaginait. Il était à son bureau, rue de Marignan, ou à l’imprimerie.

*

– Je te retrouve ?
– Mettons huit heures, au Clocheton. Un bar en face de ses bureaux. Il y avait ainsi dans Paris un certain nombre de bars où ils se donnaient rendez-vous.

*
Quai de l’Horloge. Une lumière trouble au-dessus du portail de pierre. Un couloir très large, très long, comme un souterrain, au bout duquel un agent en uniforme était assis derrière un bureau.

*
Rue de l’Université ? Chez son beau-frère ? Quelle tête avait pu faire son digne et important beau-frère en apprenant que sa femme venait être tuée d’une balle…

*

Il en avait assez. Il aurait voulu faire quelque chose, parler à quelqu’un, sans toujours savoir à qui. Rue de Rivoli il entra dans un bar qu’il connaissait.

*
Ma femme est au Dépôt.

Le mot n’évoqua aucune image chez le barman.

– Tu ne connais pas le Dépôt, quai de l’Horloge

*

Son père était professeur de lettres à la Faculté d’Aix-en-Provence. La famille possédait une petite villa à Bandol, où elle se retrouvait chaque été.

Il n’avait pas osé se rendre à Bandol, car il aurait été trop visible.

*

Si tu tiens à te créer des images, tant pis pour toi. Dans un studio meublé de la rue de Longchamp.

– C’est sordide.

– Je ne pouvais quand même pas la conduire rue de la Vrillère.

La rue de la Vrillière, où Blanchet travaillait dans le somptueux hôtel de la Banque de France.

*

D’habitude, on voyait tout le panorama de Notre-Dame à la tour Eiffel. Le panorama se bornait à quelques toits, à quelques fenêtres éclairées, alors qu’il était huit heures du matin.

*

Il finit par s’asseoir près du téléphone, demanda la communication avec Saint-Illiers-la-Ville.

*

Les autres jours il se rendait directement rue de Marignan où il aimait arriver un des premiers afin de dépouiller le courrier.

*

Il vivait seul dans un logement de la rue des Écoles, entouré d’un fouillis invraisemblable, ce que ne l’empêchait pas d’être un des civilistes les plus redoutés.

*

Il dût chercher le numéro de téléphone de Philippe Rabut, qui habitait boulevard Saint-Germain. Il l’avait souvent rencontré à des générales, à des cocktails, à des soupers.

L’appartement, boulevard Saint-Germain, était vaste.

*

Je suis rentré très tard de Bordeaux où j’ai plaidé.

Il vivait en banlieue du côté de Villeneuve-Saint-Georges, avec sa femme et quatre ou cinq enfants.

*

Ils n’habitaient pas loin place Clichy, depuis près de cinquante ans, mais il se rendait rarement chez eux. Il faillit sortir, se souvint à temps que Rabut devait lui téléphoner. Alors, il appela la place Clichy.

*

Il pensait au Palais de Justice, au Quai des Orfèvres, au Dépôt, à toute la machinerie qui allait se mettre en marche mais qui, pour le moment, le laissait en plan.

*

L’auto se trouvait-il toujours à la porte des Blanchet, rue de l’Université? Sans raison précise cela le gêna que la voiture reste ainsi dehors, abandonnée. Il passa sur la rive gauche, s’engagea dans la rue de l’Université.

*

Il se dirigea dans la rue de Marignan, s’engouffra dans l’immeuble que ses bureaux avaient grignoté presqu’en entier après n’en avoir occupé que dernier étage.

*

Il décrochait le téléphone. – Passait moi mon garage, mon lapin, celui de la rue Cardinet. Oui.

*

Votre femme, dès demain, sera transférée à la Petite Roquette.

*

A cette heure-ci, il était assis à son bureau, ;a la place occupée par Boris, puis il était parti par l’imprimerie, avenue de Châtillon, et rien n’était plus important à ces yeux que le numéro de Toi qui allait sortir.

*

Le père d’Adrienne est arrivé à Paris, il est descendu ;a l’Hôtel Lutétia.

*

Il passa un quart d’heure accoudé au bar, s’installa une fois de plus dans sa voiture et remonta les Champs-Élysées sous un ciel qui, en effet, s’éclaircissait, devenant d’un vilain jaune, un jaune furoncle.

*

Il prit l’avenue Wagram, le boulevard de Courcelles. Il ne tourna pas à gauche pour rentrer chez lui et gara l’auto tout en haut du boulevard des Batignoles.

Les enseignes lumineuses venaient de s’allumer. Il connaissait la place Clichy sous tous ses aspects, noire de passants qui s’engouffraient ou sortaient des bouches de métro, ou déserte à six heures du matin, livrée aux balayeurs et aux clochards, sous le soleil, sous la neige, sous la pluie, en hiver, en été, en n’importe quoi.

*

Cela devait être Chez Germaine, rue de Ponthieu, Paris…

*

Il descendit l’escalier en sautant trois ou quatre marches à la fois et, au coin de la rue, arrêta un taxi. – Boulevard Saint-Germain. Je crois que c’est le 116.

*

Rue Notre-Dame-de-Lorette! Lança-t-il au chauffeur en claquant la porte du taxi.

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Il gagna la rue de Marignan et entra sa voiture dans la cour.

*

Ils avaient trouvé, du côté de la place Saint-Augustin, un restaurant où on ne les connaissait pas, un faux bistrot, avec nappes et rideaux, à carreaux rouges, quantité de cuivres en guise de garniture.

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Vous saviez qu’Alain Poitaud avait une liaison avec sa belle-sœur? – Oui. C’était moi qui téléphonait rue de Longchamp.

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Ils ont installé une chapelle ardente rue de l’Université. Je me demande si je dois y passer. – Tu dois mieux le savoir que moi.

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Elle était à la Petite Roquette, accusée d’homicide.

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Il fut sur le point… Non, pas maintenant. Il devait se rendre rue de la Roquette.

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Tout à l’heure, il était passé devant le Père-Lachaise, où quelques feuilles décolorées pendaient encore aux arbres, et il s’était demandé si c’était ici qu’Adrienne serait enterrée le lendemain.

*

Il se retrouvait place de la Bastille et se dirigeait vers le pont Henri-IV pour longer la Seine. Vendredi. Vendredi dernier encore, comme presque tous les autres vendredis, ils étaient installés dans la Jaguar, sa femme et lui, et ils roulaient sur l’autoroute de l’Ouest. Les mini-voitures, s’était pour Paris. Pour la grande route, ils sortaient la Jaguar décapotable.

*

Sans compter que, le samedi, les bureaux de la rue de Marignan étaient fermés.

*

Il ne se passerait probablement pas longtemps avant qu’elle ne couche rue Fortuny.

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C’est-à-dire que ces relations ont cessé avant Noël dernier. Le tenancier du meublé de la rue de Longchamp est formel.

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D’habitude, le dernier coup de sonnette est le bon. Cette fois, le hasard a voulu que ce soit le premier, à l’adresse la plus proche, rue Montmartre.

Alain se demanda qui, dans ses bureaux, habitait la rue Montmartre.

-Julien Bour !

Le photographe à la tête de travers et au visage maladif. Celui qu’il avait rencontré la nuit précédente dans la boîte de la rue Notre-Dame-de-Lorette !

*

Il s’arrêta dans un bar inconnu, près de la porte Dauphine, ce fut pour ne pas trop changer ses habitudes… Il dîna seul, dans un restaurant qu’il ne connaissait pas, avenue des Ternes. C’était un restaurant d’habitués, avec des casiers de bois clair pour les serviettes.

*

In entra dans un cinéma des Champs-Élysées et se laissa conduire par l’ouvreuse. Il ne connaissait pas le titre du film. Il reconnut des acteurs américains, mais il ne suivait pas l’action.

*

Il se tenait sur le balcon de leur appartement, place Clichy, à regarder la vie nocturne qui commençait.

*

Il se leva pour regarder les toits, la silhouette de Notre-Dame se découpant sur un ciel assez clair, le dôme du Panthéon.

*

Il s’installa au volant et se dirigea vers Saint-Cloud, franchit le tunnel, déboucha sur l’autoroute de l’Ouest.

*

Pendant quelques minutes, il se perdait dans un dédale de rues qui se ressemblaient, trouvait enfin un panneau indiquant la route de Chartres. Pourquoi pas Chartres ?

*

Alain ne s’était jamais allé à Lugano. Zéro! Il avait le droit de se tromper aussi, non?

*

Tout à l’heure, en traversant Saint-Cloud, il s’arrêterait encore. Une grande boîte où on dansait le samedi soir. Il y était venu un samedi avec une des dactylos. C’était la fois que Chaton était allée à Amsterdam pour une interview. Un savant américain, s’il avait bonne mémoire. Ils avaient fait l’amour dans l’herbe, au bord de la Seine.

*

Il retrouvait un bout de l’autoroute de l’Ouest, atteignait Saint-Cloud, n’oubliait pas de s’arrêter devant le bastringue.

*

Les Champs-Élysées. Son regarde plongeait dans la rue de Marignan, s’arrêtait sur la façade de l’immeuble dont l’immense Toi s’illuminait chaque soir. Il parquait sa voiture place de la Bourse, s’arrêtait dans un bistrot du quartier des journaux.

*

Il entrait comme chez lui dans le vieil immeuble de la rue Montmartre et s’engageait dans l’escalier aux marches usées, couvertes de mégots.

*

Il suivait la rue du Faubourg-Montmartre, mais il ne voulait pas retourner place Clichy.

*

Compliqué de découvrir des bars où il était inconnu. Il en essaya un tout neuf, boulevard Haussmann.

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Il se trouvait quelque part derrière le Palais-Bourbon, non loin de chez son beau-frère.

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Il ne fallait pas que l’agent s’aperçoive qu’il était ivre. – Je vous demande pardon. Le bois de Boulogne, s’il vous plaît? – Vous lui tournez le dos. Prenez à droite, puis encore à droite jusqu’au pont Alexandre-III.

Épalinges (Vaud), le 12 novembre 1967.

Première édition : Presses de la Cité, 1968.

Mes parents – j’aime mieux le dire tout de suite, pour qu’on ne les accuse pas d’indifférence à mon égard – avaient établi une raffinerie de phosphore dans un appartement du cinquième étage… J.B. Marquis Argens Lettres Juives (Tome 4 et 5). Parc Kennedy à Laval, Québec. Photographie de Megan Jorgensen.
Mes parents – j’aime mieux le dire tout de suite, pour qu’on ne les accuse pas d’indifférence à mon égard – avaient établi une raffinerie de phosphore dans un appartement du cinquième étage… J.B. Marquis Argens Lettres Juives (Tome 4 et 5). Parc Kennedy à Laval, Québec. Photographie de Megan Jorgensen.

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