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Accelerando

Accelerando

Accelerando (extrait)

Par Charles Stross (traduit de l’anglais par Jean Bonnefoy. Incertain futur une collection des éditions Piranha)

Bienvenue au XXIIIe siècle, ou au XXIVe. À moins que ce soit le XXIIe, suite au décalage temporel et au vertige des caprices de l’animation suspendue et du voyage relativiste; peu importe, de nos jours. Ce qui reste d’humanité reconnaissable a essaimé sur une centaine d’années-lumière, vivant dans des astéroïdes évidés et des habitats cylindriques en rotation, répartis en colliers orbitaux autour d’étoiles naines brunes et de planètes orphelines à la dérive dans le vide interstellaire. Les mécanismes pillés à la base des routeurs extraterrestres ont été cannibalisés, simplifiés à un niveau presque accessible à de vulgaires superhumains, transformés en générateurs pour des trous de vers dont les terminaux appairés permettent des déplacements instantanés sur de vastes distances. D’autres mécanismes, ceux-là héritiers des nanotechnologies avancées, développées par l’épanouissement de la techgnose humaine au XXIe siècle, ont banalisé la réplication de matière inerte; cette société a perdu l’habitude de la pénurie.

Mais sous certains aspects, le Nouveau-Japon, l’Empire invisible et les autres polities de l’espace humain sont des entités attardées vivant sous le seuil de pauvreté. Elles ne jouent aucun rôle dans les économies d’ordre supérieur de la posthumanité. C’est à peine si elles peuvent appréhender le babil oisif des Vils Rejetons dont le budget masse/énergie (dérivé de leur complète restructuration en computronium de toute la matière disponible dans le Système solaire berceau de l’humanité) rend minuscule celui de la cinquantaine de systèmes de naines brunes occupés par des humains. Et ces derniers non encore qu’une connaissance bien précaire et lacunaire des débuts de l’histoire de l’intelligence dans cet univers, des origines du réseau de routiers qui tissent autour de tant de civilisations défuntes la toile d’un linceul de mort et de déclin, des lointains sursauts d’information à l’échelle galactique qui se déroulent à des distances posthumains par leur décalage vers le rouge, et même des posthumains libres qui pour ainsi dire vivent parmi eux, colocataires du même cône de lumière que ces reliques, fossiles vivants d’une humanité démodée.

Sirhan et Rita se sont installés dans ce charmant environnement arriéré mais convivial afin d’y élever une famille, étudier la xéno-archéologie et surtout éviter les orages et les turbulences qui ont caractérisé l’histoire de la famille au cours de deux dernières générations. Leur existence a été dans l’ensemble confortable et si le traitement d’un universitaire nucléo-familial n’a rien de faramineux, il leur suffit ici et maintenant à leur procurer tous les conforts nécessaires de la civilisation. Ce qui convient parfaitement à Sirhan (et Rita) ; l’existence agitée de leurs entrepreneurs d’ancêtres ayant abouti au chagrin, à l’angoisse et aux aventures, et autant Sirhan adore observer, une aventure reste pour lui un truc horrible qui arrive à quelqu’un d’autre.

Sauf que…

Aineko est de retour. Aineko qui, après avoir négocié l’établissement du tout premier habitat orbital de réfugiés autour de Hyundai +4904/-56, c’est évaporée dans le réseau de routeurs avec l’autre instance de Manfred – et les copies partielles de Sirhan et Rita qui avaient bifurqué à la recherche de l’aventure au lieu du confort domestique. Sirhan a signé un pacte du diable avec Aineko, il y a maintes gigasecondes, et il a maintenant le trouillomètre à zéro à l’idée que la chatte soit venue réclamer son dû.

L'impudeur est de l'infidélité.
L’impudeur est de l’infidélité. Photo de Megan Jorgensen.

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