Le Noël de Charles

Le Noël de Charles. Un conte de Noël

Par Mme Claude Bernier

Le matin de Noël, comme tous les matins, Charles s’est éveillé de bonne heure, a mis ses petons roses hors du lit et est venu se glisser quelques instants entre papa et maman. Puis, hop! Hors du lit. Ses grands yeux bruns foncés inspectent les parents qui dorment profondément. Cela semble de bon augure pour le lutin qui commence l’exploration des bureaux, des chaises, à la recherche de quelque trésor à lui. Il découvre les boucles d’oreilles en or et le collier qu’il dépose dans son camion et vide dans un coin. Vient ensuite un chargement de cigarettes, billots miniatures que notre grave contremaître roulera sans bruits dans les souliers de papa. Maman a poussé un premier soupir. Rien à craindre encore; d’ici au réveil, il s’écoulera un temps précieux engagé en stratégies mystérieuses sur le tapis et en excursions dans les tiroirs.

Les petits pieds vont et viennent un peu gauches dans les pantoufles mises à envers. Un moment, L’enfant s’est arrêté, conscient d’une odeur étrange et douce venant du couloir. Ses jeux continuent, mais à la fin, sa curiosité en éveil le pousse vers la porte du living-room, qu’il ouvre et il s’arrête, les yeux pleins d’étoiles.

L’arbre est là, le sapin dont sa maman lui a tant parlé! Les belles boules bleues, rouges, vertes et dorées, les clochettes d’argent, les cannes de bonbon derrière de minuscules girafes, les animaux givrés qui semblent prendre leur élan d’une branche à l’autre, les guirlandes scintillantes sous la grande étoile des Mages, tout cela, illuminé par un rayon de soleil matinal, transfigure la pièce et la frimousse de Charles extasié.

Il avance sur la pointe des pieds de peur qu’un souffle ne fasse disparaître cette merveille, tout comme ses belles bulles de savon.

De chaque côté, sous les branches, il a vu les paquets multicolores enrubannées, et au centre, la Crèche. Il reconnaît les personnages de la Belle Histoire que maman lui a racontée; il les a vus souvent dans les vitrines des magasins.

Le marmot s’est accroupi devant l’étable, sa tête en broussaille s’aventure sous les branches. Il regarde comme seuls les enfants savent regarder : Marie à genoux sur la neige, l’angelot timide près de Joseph prosterné, le bœuf et l’âne au repos et surtout, le frais Bébé Jésus couché dans ses langes. Comme il est beau! Charles veux le prendre dans ses bras et de fait, il le prend avec d’infinies précautions pour examiner de plus près les yeux bleus brillants, la mignonne bouche entr’ouverte. Il est encore plus beau que son petit frère au réveil.

Le bambin le couvre de baisers. Il demandera à maman de le lui prêter pour sa chambre. Peut-être pourra-t-il le coucher avec lui et le réchauffer dans sa douillette.

Cette idée enchante notre Charles qui s’apprête à replacer l’Enfant divin lorsqu’une menotte de cire s’accroche dans sa poche de pyjama. Il tire pour la dégager, mais ses efforts sont maladroits et malheur! Le petit Jésus tombe sur le parquet et se brise en trois. La tête a roulé jusqu’au premier mouton, le bras gauche est venu aux pieds de Marie et le tronc gît à l’entrée de la Crèche. Le garçonnet, tout déconfit, essaie en vain de recoller la tête et le membre. Qu’est-ce qu’il a fait là? Brisé! Le bon Jésus arrivé cette nuit pour lui, pour le récompenser. Il a tellement de peine que l’arbre et les paquets prometteurs sont oubliés.

Désespéré et craignant d’être puni, il veut regagner son lit au plus vite, mais en passant devant la chambre de ses parents, il entend : « Joyeux Noël, mon Charlot. Viens m’embrasser. Qu’est-ce que tu trottes ce matin? » C’est maman, bien éveillée et joyeuse qui le serre dans ses bras. Papa s’étire : « Joyeux Noël, mon petit homme! : Dans l’autre chambre, le bébé babille! Il est huit heures. Charles se laisse cajoler mollement en silence. Maman a remarqué les yeux humides. « Qu’est-ce que ne va pas, mon chéri? Es tu malade?» Réponse négative. « As-tu fait un mauvais coup? » – « Oui .» – « dis à maman, je ne te gronderais pas. » « J’ai… cassé… le petit Jésus. » réponde Charles en sanglotant. – « Qu’est-ce qu’il dit? », demande papa. « Il a cassé le petit Jésus? » – « Oui… en bas de… l’arbre de Noël. » Papa et maman se regardent sans un mot. Ils craignent le pire et voient déjà leur belle Crèche en pièces.

Prenant leur garçonnet par la main, ils l’entraînent vers le vivoir. Leur premier regard anxieux est pour la Crèche : tous les personnages y sont pourtant et l’Enfant-Jésus paraît plus touchant que jamais dans ses langes. Qu’est-ce que cela veut dire? Ils sont troublés.

Piteux, Charles s’est caché le front contre la fenêtre, attendant les reproches qui tardent à venir. Le silence : l’intrigue. Il se retourne enfin et aperçoit ses parents se tenant la main, immobiles. Le garçonnet s’avance alors, contemple l’Enfant-Dieu dont une Main invisible a rassemblé les morceaux. Des fossettes se sont creusées sur les joues divines et les bras potelés tendus vers l’enfant de la terre semblent l’inviter à partager un mystérieux secret. Une joie immense s’empare de Charles qui murmure tout bas : « Merci, petit Jésus! »

Comme la journée de Noël s’annonce belle! Avec ses parents, ils s’affaire dans les cadeaux; il est comblé. Patins, gouret, tracteur, un « banneau », tout ce qu’il avait souhaité. Jésus est bien bon de ne pas s’être fâché, pense-t-il.

Bienheureux les cœurs purs!

Fleurs d’hiver. Photo de Grandquebec.com.

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