Les seins perdus de la belle fiancée

Conteuse sénégalaise Dieynaba Guèye

« Baol-baol » de Bambey, Diéo est née Foulacounda à  Kolda il y a plusieurs hivernages.

Elle fit ses études à :

– l’école I de Kolda,

– Bassam Goumba de Dakar ;

– CEMG de Dieppeul à Dakar ;

-Gambetta à Kaolack.

Puis elle suivit une formation professionnelle en secrétariat à la Chambre de Commerce de Kaolack et à celle de Ziguinchor.

De l’IFP (Institut de Formation Professionnelle) de Dakar à L’École Supérieure de Commerce (Sup Déco), elle se perfectionna et accéda au niveau d’Assistante de Direction qui lui confère aujourd’hui le niveau de la licence.

Elle a eu à donner des cours de secrétariat à la Chambre de Commerce de Kolda et est actuellement à la Direction Générale de la SODEFITEX à Dakar.

Elle adore la lecture, les voyages conteurs et les promenades sous le soleil couchant au bord de l’eau ou à travers les champs fleuris.

mme guèye
Danielle Guèye.

Le sort de la femme la préoccupe au plus haut niveau. C’est pour ça qu’elle a créé et aidé un GIE de 100 femmes à Kolda : le TEESITOO. Pour expliquer cette préoccupation pour la femme, elle martèle : « du sort de la femme, dépend celui de l’enfant ». L’enfant ; la prunelle de la plume de Dieynaba.

Elle conte à travers les écoles, les festivals, les médias et le monde pour les enfants et pour les grands qui, forcément,  ont pu garder en eux, une part d’enfance.

LES SEINS PERDUS DE LA BELLE FIANCÉE

Il était une fois, une jeune fille si belle qu’on ne pouvait pas la dépasser sans se retourner.

Son père l’appela un jour pour lui dire :

– Ma fille, je veux donner ta main à mon neveu. Tu ne le connais certes pas, mais il fera pour toi un très bon époux.

La fille sortit de la case de son père, très fâchée.

– Pourquoi veut-il me choisir un mari ? Jamais je ne me marierais à ce garçon que je ne connais même pas. D’ailleurs, jamais je ne poserai le regard sur lui.

fiancée sénégal

Dans le village, une fois par semaine, toutes les jeunes filles se rendaient à la rivière pour laver le linge de la famille. Elles frottaient les habits contre de grosses pierres. Elles les trempaient ensuite dans de l’eau claire et les mettaient à sécher sur l’herbe, sur des troncs d’arbres ou sur les buissons. Quand tout le linge est étalé sous le soleil, elles se déshabillaient pour se baigner.

Après s’être déshabillées, elles enlevaient leurs seins. Elles les lavaient proprement à l’aide d’un savon parfumé et d’une éponge délicate. Elles les enduisaient d’huile de beurre de karité aux mille senteurs et les déposaient sur un morceau  satiné. Ensuite, elles plongeaient dans l’eau avec des éclats de rire. Elles s’amusaient beaucoup avant de remonter sur le rivage.

Elles remettaient leurs seins à leur place et se rhabillaient. Elles pliaient alors les habits qu’elles entassaient dans les bassines. Ces récipients en équilibre sur leur tête, elles s’engageaient à la queue leu-leu sur le sentier qui mène à leurs cases.

Un jour, tout le monde a pu remettre ses seins après la baignade sauf la fiancée rebelle. Elle chercha partout, mais ne trouva rien. Elle se rhabilla et courut vers sa mère. Elle lui chanta une question :

– Mère où sont mes seins ? Mère, où sont mes seins ? Je les ai lavés, je les ai enduits et je les ai posés. Mes seins seraient-ils noyés ? Mère où sont mes seins ?

Malgré les larmes de sa fille, la mère sourit et dit :

– Je n’ai pas vu tes seins ! Va voir ton père.

Elle répéta la chanson à son père qui, comme la mère, lui demanda d’aller voir sa tante qui l’envoya à son tour chez son oncle. Elle fit ainsi le tour de la famille et, finalement, sa sœur lui conseilla d’aller voir du côté de sa meilleure amie.

– Va voir ce garçon, ton cousin que tu ne veux même pas voir.

– Ah, non ! J’ai juré de ne jamais poser le regard sur lui.

– Tu iras car si non, que feras-tu sans tes seins ? Te marieras-tu un jour ? Et comment feras-tu pour allaiter tes enfants ? Vas-y et pour le reste, on verra après.

Elle se dirigea sans entrain vers le village du garçon.

Devant la maison de ce dernier, elle s’arrêta et chanta timidement en appelant le garçon par Houn.

Ce dernier qui l’attendait lui dit doucement, du fond de sa case.

– Je ne comprends pas ce que tu veux dire ! Tu es trop loin.

– Houn, où sont mes seins ?…

– Ah, non ! Il faut que tu t’approches un peu plus ! Et puis, que signifie houn ?

Elle finit par entrer dans la case. Les yeux baissés, elle réitéra sa chanson, mais le fiancé vint l’aider à s’asseoir sur le lit, à lever la tête et à poser son beau regard sur lui.

Mais quand elle le vit, elle se frotta les yeux et se pinça la cuisse en se disant : je rêve !

C’était le plus beau garçon de la contrée. Son teint nacré, ses bras musclés, son allure fière, son sourire, oh, son sourire…

Elle se reprocha de n’avoir pas pris la peine de le voir avant de le rejeter de la sorte. Émerveillée par tant de beauté, elle bégaya sa chanson en appelant son bien-aimé : « NKEE », mon époux, chéri !

seins perdus d'une fiancée

Le garçon posa ses doigts fins, malgré leur vigueur, sur les lèvres de sa bien-aimée et l’attira à lui.

Il lui enleva avec douceur sa camisole et remis les beaux seins luisants à leur place.

Il lui demanda la permission d’aller voir son père pour fixer la date du mariage et la fille fit oui de la tête qu’elle lova dans le creux de l’épaule du plus beau des garçons.

Ils vécurent de très longues années de bonheur avec des enfants beaux et valeureux.

Pour joindre l’auteure : gueyna2001@yahoo.fr

Membre de l’Association des Écrivains du Sénégal, cette jeune femme si douce et si discrète est pétrie de talents cachés : conteuse, chanteuse, poète… assistante de Direction !…

Sur scène, elle mime, chante, raconte les mythes et les traditions de la Mère Afrique comme une offrande faite avec une générosité peu commune.

À son auditoire, elle offre un répertoire de plus de quarante contes traditionnels illustrés par des chansons, revisités dans un souci pédagogique et traduits en plusieurs langues nationales. 

En outre, elle a eu à participer à l’animation d’émissions enfantines à la télévision et, elle a animé une émission de conte et poésie à la radio communautaire AFIA FM.

Elle intervient dans les écoles pour des weeks end culturels, dans les centres culturels, les festivals, foires et fêtes du conte ou du livre, à travers sa voix, on entend l’Afrique profonde, la Sagesse ancestrale…

Les seins perdus de la belle fiancée

« Il était une fois, une jeune fille très belle… ».

dieynaba

Au début de l’histoire, on se croirait dans la dynamique de ces histoires tristes de mariages forcés, relatés souvent dans les journaux et qui, hélas, se terminent de manière tragique. « Il était une fois, une jeune fille très belle… Cette fille, on ne pouvait pas la croiser sans se retourner. Elle ne laissait personne indifférente. Un jour, son père lui dit : ma fille, je sais que nombreux sont les garçons de ce village à te vouloir pour épouse. Mais moi, je vais donner ta main à mon neveu, le fils de ma sœur. Tu ne le connais certes pas, … Je suis sûr qu’il sera un très bon mari pour toi ».

Combien de fois avons-nous vécu des scènes pareilles qui, malheureusement se terminent mal ! Mais Dieynaba maintient le suspens, le suspens qui fait que son auditoire  boit ses paroles.

Cela continue comme ça et finalement, cette fille qui refusait même de poser le regard sur le garçon qu’elle n’aimait pas, finit par le découvrir. Il était plus beau que les Dieux. Très fort et très courageux, le garçon était d’une douceur insoupçonnée.

Le blog de Marie-Louise

dieynaba gueye

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