Gougou — Il met les navires dans sa poche !
Saint Georges eut à lutter contre le dragon, bête hideuse qui lançait des flammes. Le Nouveau-Monde, si nous en croyons les dires de Champlain, serait l’habitacle d’animaux mystérieux. Il y aurait un monstre des plus épouvantables, qui vivrait dans la région de la baie des Chaleurs. Les Micmacs ont prénommé l’animal Gougou. Quel doux nom!
Aucun Français n’a vu la bête, mais le sieur Prévert, de Saint – Malo, affirme que, lors de son voyage en Nouvelle – France, en 1603, il entendit souffler le monstre !
D’après les Indiens, Gougou aurait la forme d’une femme, ce qui était à prévoir d’ailleurs ! Il demeurerait sur une île et son occupation habituelle serait de dévorer les sauvages. Il est si grand que les navires actuels passeraient avec facilité entre ses jambes. Le bout des mâts du vaisseau de Champlain ne lui viendrait pas à la ceinture. À la manière de certains animaux, il a une poche si grande qu’il pourrait y mettre non seulement un navire, mais aussi quelques douzaines de sauvages.
Il va sans dire que les Indiens ont une peur morbide de ce monstre. Ils n’osent pas s’aventurer dans ces régions. Le simple fait de prononcer le nom de Gougou devant eux les fait trembler.
Tout ceci peut nous paraître invraisemblable, mais Champlain semble prêter foi aux affirmations des sauvages, même s’il croit que c’est plutôt la présence de quelque diable qui les tourmente de cette façon. Le savant avocat Marc Lescarbot se moque, devant qui veut l’entendre, de la crédulité de Champlain.
Source du texte : Le Boréal Express, Journal d’histoire du Canada.
La légende de Gougou
La légende mi’kmaq de la Gougou parle d’une ogresse géante et terrifiante qui hanterait la région de la baie des Chaleurs, notamment l’île Miscou, Percé et l’île Bonaventure. Selon les récits recueillis auprès des Mi’kmaq dès le début du 17ᵉ siècle, cette créature monstrueuse vivait près du rivage ou dans des grottes au bord de la mer, où elle guettait les canots qui passaient.
On la décrit comme une géante au corps difforme, parfois couverte de poils, dotée de bras immenses et d’une bouche capable d’engloutir des hommes entiers, voire des canots complets. Les Mi’kmaq disaient qu’elle poussait des sifflements ou des cris effrayants qui se faisaient entendre au large, et que quiconque s’approchait trop près de son repaire risquait d’être capturé, enfermé dans un énorme sac ou un panier, puis dévoré.
Lorsque Samuel de Champlain voyage dans la région au début des années 1600, les Mi’kmaq le mettent en garde contre cette créature. Dans son récit de voyage, il rapporte qu’« une étrange chose digne de réciter » lui a été décrite : près de la baie des Chaleurs se trouvait un lieu redouté où vivait un monstre féminin gigantesque qui mangeait les hommes, et que plusieurs Autochtones affirmaient l’avoir vue.
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Au fil du temps, la légende a été reprise et amplifiée dans les traditions orales acadiennes et gaspésiennes. Certains contes plus tardifs mettent en scène, par exemple, un jeune matelot qui parvient à blesser ou à vaincre la Gougou, ce qui expliquerait que l’ogresse se manifeste moins souvent, tout en restant une présence menaçante dans l’imaginaire local.
Aujourd’hui, la Gougou demeure une figure marquante du folklore de la région : on en parle encore à Miscou, Percé ou Bonaventure, dans les activités scolaires, les visites guidées, les contes et même des créations artistiques qui réinventent son apparence, puisque « personne ne l’a vraiment vue » et que chaque génération se l’approprie à sa manière.
Voir aussi :
Gougou. Illustration : Gemini.