La guerre et le Québec

Comment nous arrivent les nouvelles de guerre ?

Comment nous arrivent les nouvelles de guerre ?

Causerie de M. Louis Francoeur sur l’actualité, mardi, 19 décembre 1939

La censure

Monsieur Louis Francoeur, journaliste bien connu et commentateur des nouvelles étrangères à Radio-Canada, inaugurait dimanche une série de conférence qui seront données sous les auspices du Club Canadien. Il avait choisi le sujet suivant qu’il était en mesure de traiter mieux qu’aucun autre : « Comment nous arrivent les nouvelles de guerre. » Voici un résumé substantiel de cette causerie.

Tout le monde suit de plus ou moins près les nouvelles de guerre, mais tout le monde ne sait pas comment elles nous arrivent, d’où elles partent, comment elles sont filtrées et comment il se fait que nos journaux et ceux des États-Unis impriment des choses qui n’ont pas été publiées en France ou en Angleterre.

Les Français et les Britanniques n’ont pas les mêmes méthodes de renseigner le public. En France, le premier et le principal moyen est le communiqué officiel qui est ordinairement une merveille de rédaction. Tous les adjectifs et les noms y ont une valeur bien précise. Ainsi, dans le style de ces communiqués, un « engagement » signifie tout simplement qu’on s’est battu ; une « bataille » est un grand combat auquel ont pris par 10 ou 20 mille soldats ; « il y a eu contact » explique qu’on a échangé quelques coups de feu ; « un long combat » est un combat d’environ six heures ; « un combat prolongé » est un combat qui a duré au moins vingt-quatre heures.

Ces communiqués sont faits au Grand Quartier Général qui se déplace durant la campagne. Si, par exemple, le Grand Quartier Général se trouve à Nancy, le communiqué va de Nancy au ministère de la guerre qui, à son tour, le transmet aux journaux et aux postes de radio. Une fois par jour, ils ont aussi, ce qu’ils appellent là-bas, une déclaration digne de foi et qui commence toujours par ces mots : « une personnalité autorisée nous a déclaré… ». C’est qu’on a donné la permission à un officier de lire aux représentants des journaux, un texte sévèrement censuré. En France, l’information publique se borne à cela.

Du côté britannique, on procède autrement. Toutes les nouvelles viennent du Ministry of Information, ou ministère des renseignements. C’est une création nouvelle qui compte à peu près 400 fonctionnaires dont environ 300 sont des ronds-de-cuire et le reste des journalistes ou des narrateurs. Tous les renseignements se rapportent à la flotte, aux bases navales, aux armées de terre, à l’aviation, à la protection des civils, sont centralisés au ministère des renseignements et y sont filtrés. Les consignes sont très sévères ; aucun renseignement susceptible de renseigner l’ennemi d’une façon directe ou indirecte n’est publié. On garde un silence complet sur les déplacements de la marine marchande ou de tout moyen de transport. On ne souffle mot des accidents d’aviation, des tamponnements et des réparations de navire. Ici, la censure est beaucoup plus large.

Les grands journaux Américains ont des correspondants européens qui ont le droit de leur faire parvenir certaines nouvelles pourvu qu’elles ne soient pas divulguées aux journaux du pays même. C’est ce qui explique que New York Time publie des nouvelles d’Angleterre qui ne sont pas dans les journaux d’Angleterre. Ainsi, cet incident du « Graf Spee » à propos duquel le New York Time a publié les noms des unités.alliées qui venaient pour le capturer, 24 heures avant les journaux de Londres. Les nouvelles destinées aux pays neutres sont beaucoup moins sévèrement censurées, parce qu’un renseignement venant d’un pays neutre est beaucoup moins important aux yeux de l’ennemi qu’une nouvelle venant d’un pays belligérant. La censure canadienne est très large, et elle se borne à donner des avis, tandis qu’en France un coupe les textes. Nous sommes mieux renseignés au Canada que ne le sont les Français ou les Anglais.

Grâce aux merveilleux développements de la science, nous sommes beaucoup mieux renseignés qu’en 1914, alors que les renseignements étaient très minces.

En avant Canada ! Dans l'air,  sur mer, sur terre il faut tenir. Affiche pour les obligations de la victoire de l'époque. Image libre des droits.
En avant Canada ! Dans l’air, sur mer, sur terre il faut tenir. Affiche pour les obligations de la victoire de l’époque. Image libre des droits.

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