La guerre et le Québec

L’exploitation des préjugés

L’exploitation des préjugés

L’exploitation des préjugés et la formule du volontariat pour le service militaire

Après avoir employé tous les moyens possibles pour obliger le gouvernement de M. Mackenzie King à modifier sa formule du volontariat pour le service militaire, les impérialistes accusent le premier ministre du Canada d’avoir sorti de son placard d’épouvantail, de la conscription afin d’exciter le sentiment antibritannique au Canada français. C’est dans un article du « Globe and Mail », édition du 10 août, que l’on trouve cette absurdité. Quel est donc l’objet de cette attaque oblique des éléments les plus dangereux du pays? C’est évidemment d’augmenter la confusion politique au profit des ploutocrates qui veulent intimider les gouvernants ou leur enlever le pouvoir.

Ainsi donc, en dépit de tout ce qu’il a fait pour l’effort de guerre du Canada, pour l’aide canadienne à l’Angleterre, pour le rapprochement des races anglo-saxonnes, M. Mackenzie King ne serait qu’un félon personnage dont l’arrière-pensée tendrait à briser l’unité nationale et à rompre le lien britannique à la première occasion. On voit à quoi tend l’équivoque qu’on veut créer : représenter le premier ministre à l’électorat anglo-canadien comme un nationaliste sournois, pendant que la députation canadienne-française se détache de son chef parce qu’il a fait une concession trop dangereuse aux éléments ultra-impérialistes de l’Ontario.

À la faveur de cette confusion, le parti tory espère embrouiller tellement la situation électorale de la province de Québec qu’il lui sot possible, à l’aide de quelques dupes ou de quelques valets, d’enlever quelques comtés au « bloc solide » en train de se fractionner inutilement. De fait, le « Globe and Mail » conseille aux conservateurs de se présenter au Canada français comme les champions fermes mais dignes de l’unité britannique. Cette nouvelle intrigue ne devrait tromper personne dans cette partie du pays.

Notons que des contingents additionnels de troupes américaines sont arrivés en Grande-Bretagne en ces derniers temps afin de renforcer celles qui s’y trouvent déjà et qui participeront, un jour, à l’ouverture d’un deuxième front en Europe.

Les dates des arrivées des contingents sont gardées secrètes pendant un certain temps mais il est permis de dire que les forces américaines en Grande-Bretagne n’accroissent considérablement.

Il y a vingt-trois ans aujourd’hui même, monsieur Mackenzie King était élu chef du parti libéral à Ottawa. On se rappelle que le vote unanime des délégués canadiens français à la convention fit pencher la balance en faveur du chois de l’homme qui était considéré le plus fidèle disciple du regretté Wilfrid Laurier.

Le nouveau chef était allé à bonne école et il s’est montré digne du maître. Le Canada, à cause des éléments multiples qui le composent, est un pays difficile à gouverneur. Les gens qui savent raisonner le comprennent. Aussi usent-ils d’indulgence à l’égard des leaders à qui incombent les responsabilités de l’exercice du pouvoir.

Chaque groupe ethnique a son caractère propre, ses attaches ataviques, ses propensions naturelles. À la gouverne de notre Dominion immense, membre du Commonwealth des nations britanniques, il faut des hommes d’État de haute classe, qui comprennent les légitimes aspirations des divers éléments du pays et qui sachent pratiquer la politique de juste milieu. Monsieur King est de ceux-là. Avec une ferme douceur il sait administrer la chose publique. Nous pouvons parfois ne pas partager son opinion, mais nous ne pouvons contester qu’elle s’appuie toujours sur de nobles motifs. Voilà pourquoi monsieur King continue de jouir de la confiance de ses compatriotes. Et cet anniversaire qui évoque l’une des principales étapes de sa fructueuse carrière, nous prions le premier ministre du Canada d’agréer l’hommage de nos cordiales félicitations et de nos meilleurs vœux.

(Journal Le Soleil, 11-12 août 1942).

Tulipes
Tulipes au Canada. Photo de GrandQuebec.com.

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