La guerre et le Québec

Effort de guerre canadien lors de la Première guerre mondiale

Effort de guerre canadien lors de la Première guerre mondiale

L’effort de guerre canadien lors de la Première guerre mondiale, la participation des Canadiens

En dépit d’un temps maussade et des rafales de pluie qui s’abattirent ce jour-là sur Québec, la journée du 24 septembre 1914 fut pour les Canadiens français et anglais un motif incomparable d’allégresse. Salué par les cris « Vivent l’Angleterre et la France! », un premier contingent de 33 000 jeunes hommes, tous volontaires, s’embarquait pour l’Europe afin de participer à la grande guerre de libération. Heureux de voir enfin s’unir leur mère patrie actuelle et ancienne, pour la plus noble des causes, les Canadiens sentaient qu’en cette mémorable journée ils rendaient à l’une comme à l’autre des deux grandes nations l’hommage de reconnaissance et d’affection respectives qui leur est dû.

Il convient d’insister sur le caractère volontaire de cet hommage. On sait que, suivant l’heureuse expression de son Premier ministre, sir Robert Laird Borden, « le Canada travaille comme une nation autonome dans le reste de l’empire britannique ». En effet, l’Angleterre n’abusa jamais de la haute autorité morale à l’égard du Dominion. Si les intérêts canadiens arrivent aujourd’hui à ne plus se dissocier des intérêts anglais, c’est l’œuvre d’une administration bienveillante qui, connaissant bien l’esprit d’indépendance des fils de cette race vigoureuse, s’efforça de ne le jamais contrarier. La liberté canadienne consiste à offrir à l’État, non pas une soumission aveugle et irraisonnée, mais une coopération énergique qui ne s’établit durable qu’après une enquête pleine et complète. De ce libre chois naît une action qui aboutit à de grandioses réalisations.

Aujourd’hui, parmi les troupes de la seconde divisio canadienne qui combat sur notre front, se trouve le 22eme bataillon, recruté dans la province de Québec, sous l’égide de la fière devise : « Je me souviens » et composé exclusivement, tant en hommes qu’en officiers de Canadiens français. Leurs exploits sont inscrits sur le sol de France et des Flandres, à Ypres, à Mons, à la Bassée, à Bazentin. La feuille d’érable canadienne a consacré ici ses lettres de noblesse; elle est digne de nos lauriers et de nos chênes. Le correspondant d’un journal anglais qui put voir récemment ces soldats à Courtrai, écrivit : « Les Canadiens se battent comme des démons! » C’est de la tradition. Admirable citoyen en temps de paix, le Canadien a toujours été, en temps de guerre, un admirable combattant. Le vieux maréchal de Noailles avait eu l’occasion de le constater déjà en 1777. « Je ne suis pas surpris si les Canadiens ont tant de valeur », disait il, « La plupart descendent d’officiers et de soldats qui sortent des plus beaux régiments de France. » Et il ajoutait : « De l’extraction militaire du Canada vient en partie le courage de ses habitants. » La seconde strophe de l’hymne national canadien exprime les mêmes sentiments :

Nos pères, sortis de France,
Étaient l’élite des guerriers,
Et leurs enfants, de leur vaillance,
Ne flétriront pas les lauriers.

Du mois d’août 1914 au 1er juin 1916, 400 000 hommes se sont présentés pour servir outre-mer. Le Canada comptant un peu moins de huit millions d’habitants, la proportion des combattants atteint donc le chiffre de 5%. Sur ce nombre, 160 000 sont en France ou attende, en Angleterre, le moment d’être acheminés vers le front français. Le coût d’entretien, d’équipement et de transport est entièrement défrayé par le gouvernement canadien sans la moindre contribution pécuniaire de l’Angleterre. Le projet de loi initial, soumis au Parlement, autorisait l’enrôlement de 250 000 volontaires; en janvier 1916, Sir Robert Laird Borden soumit un nouveau texte portant le chiffre des engagements à 500 000 et reçut la sanction unanime de l’assemblée. De plus, en raison de nombreuses tentatives criminelles d’origine allemande, 20 000 hommes de la milice furent employés à la garde des voies ferrées, des ouvrages d’art et des camps de concentration où l’on interna les sujets des pays ennemis.

Si l’on considère que le Canada, avant la guerre, ne comptait pas plus de 8 000 hommes d’armée régulière : infanteries, cavalerie et artillerie, et environ 30 000 miliciens qui suivaient, l’été, une période d’instruction de quinze jours, on se rendra compte de l’effort militaire fourni par le Canada dans la participation à a défense de la cause commune. Le recrutement, l’équipement, l’entraînement de ces forces se développent parallèlement à une production intense de munitions. À la demande du gouvernement britannique, le gouvernement du Canada organisa durant l’automne de 1914 l’industrie métallurgique du pays de manière à lui faire donner le rendement le plus considérable en munitions et en matériel de guerre. Il n’existait auparavant qu’une seule fabrique, la manufacture Ross, à Québec, qui fabrique le fusil Ross dont se sert l’armée canadienne et qui opère sous le contrôle de l’État. Depuis, une commission ministérielle a été instituée, qui est chargée de la distribution des commandes entre les diverses usines dont l’outillage a été modifié de manière à pouvoir permettre la fabrication suivant l’importance de l’entreprise. La production du matériel de guerre est, de ce fait, devenue très élevée et a permis à l’industrie nationale, non seulement de subvenir aux besoins de l’armée canadienne, mais encore d’exécuter de grosses commandes pour le compte de la Grande-Bretagne et de la Russie.

(Article paru dans L’Illustration française, le 5 août 1916).

Souvenir de la guerre
Souvenir de la guerre. Photographie de GrandQuebec.com.

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