La guerre et le Québec

Le carillon de Louvain, une ville martyre, à Montréal

Le carillon de Louvain, une ville martyre, à Montréal

Tragique anniversaire –  Une date fatidique : le 25 août 1914

Comment sont retrouvés les restes du carillon de la Collégiale Saint-Pierre – Trois jours d’agonie – L’Allemagne frappée de stupeur – Dante n’avait rien vu

Les conflits succèdent aux conflits. Une nouvelle guerre semble imminente et déjà un voile s’étend sur les horreurs de celle de 1914. Ça semble bien loin. Mais si la mémoire fait défaut, des preuves matérielles nous restent pour nous forcer à réfléchir et nous donner un sérieux avertissement. Les débris du carillon de la Collégiale Saint-Pierre de Louvain que nous retrouvons à Montréal nous rappellent un épisode tragique que nous n’avons pas le droit d’oublier. Épisode non seulement tragique mais horrifiant de la Grande Guerre: le massacre de Louvain, la ville martyre.

L’enfer déchaine

Le 25 août 1914, sans aucune provocation de la part des habitants, les hordes teutonnes commencent systématiquement leur œuvre de destruction dans Louvain : une des plus grandes villes universitaires de Belgique.

La Collégiale Saint-Pierre entre autres ne devait pas échapper à la destruction. Ce chefs-d’œuvre d’architecture construit au XVe siècle, avec son magnifique clocher et ses arcs-boutants qui faisaient de cette cathédrale un splendide spécimen du style gothique, il n’en devait plus sien rester que les murs.

Pastilles incendiaires

Aussitôt que les soldats allemands reçurent ordre de brûler la Collégiale ils arrosèrent copieusement l’intérieur de benzine et autres matières inflammables. Quelques minutes après d’autres s’en venaient et jetaient dans le temple des pastilles incendiaires. En quelques secondes le feu se propage et le monument – joyau sorti de la main des hommes – devient un immense brasier.

Ce ne fut qu’après un jour et toute une nuit qu’on put s’approcher du lieu de l’horrible forfait et que quelques habitants courageux, au risque de leur vie, réussirent à prendre dans un amoncellement de ruines et de cendre quelques débris épais qui m’ont été donnés par le suite et qui ne sont que les scories du célèbre carillon de la cathédrale. Cet amas informe et tordu restera pour toujours la marque d’une infamie et d’un sacrilège qui est Ia honte d’un pays soi-disant civilisé.

Les cloches sont fondues

La photo qui illustre cet article montre beaucoup mieux que je ne pourrais le faire les résultats de cet acte criminel. Les carillons sont faits d’un alliage de cuivre et d’étain. Le cuivre y entre pour 78% et l’étain pour 22%. Le point de fusion de ce métal n’est atteint qu’à un degré de chaleur de 1620 degrés Fahrenheit. Or les restes du carillon que je possède sont les seuls qu’on ait pu retrouver. Imaginez la chaleur qui s’est dégagée du brasier et voyez comme le feu a curieusement travaillé cette masse solide transformée en dentelle. L’espèce de grand crampon que vous pouvez voir sur la même photo est le clou qui soutenait le Christ au-dessus de l’autel.

Les sons pieux que les cloches jetaient aux quatre coins du ciel se sont transformés en une longue plainte d’horreur et de souffrance mais ils ont une âme et se souviendront éternellement.

Massacre et vandalisme

La bibliothèque de l’Université catholique a été également détruite de fond en comble par le feu. Les Allemands se sont particulièrement acharnés sur les livres qui étalent plus ou moins immunisés contre la flamme de par leur masse compacte, 130.000 volumes ont été anéantis et plus de 300 incunables. Durant le même temps les Halles Universitaires et le théâtre municipal flambaient comme des torches et pour la première fois de leur vie les Louvainistes virent aussi clair en pleine nuit que durant le jour.

Tandis que les Allemands portaient le feu de maison en maison, de rue en rue, de quartier au quartier, d’autres fusillaient les habitants qui cherchaient à fuir ou abattaient ceux qui restaient sur le seuil de leur logis. Ce cauchemar dura trois longs jours pendant lesquels des centaines de pauvres gens furent assassinée et des milliers déportés en Allemagne.

Pas d’excuse

On à supposé que les Allemands avaient, principalement par l’incendie de Louvain, voulu avertir les Bruxellois qu’un semblable sort les attendait en cas de rébellion, hypothèse confirmée par la menace faite à Creil et Senlis par des officiers allemands: « Nous brûlerons Senlis entièrement, pour donner un avertissement aux Parisiens ». Et vraiment à Senlis non plus il n’y pas eu de motif au bombardement de la cathédrale et à l’incendie de deux ou trois rues.

Pas d’expiation possible

Le crime suprême c’est Louvain. L’Allemagne intellectuelle elle-même, malgré sa robuste confiance dans le militarisme prussien, est comme frappée de stupeur devant le fait accompli de la destruction de Louvain. Voilà ce que les soldats du Kaiser accomplirent dans une vieille cité sans défense dont le passé glorieux aurait dû leur imposer le respect.

Au crime allemand de Louvain il n’y a pas d’expiation possible.

Jacques Antoons, correspondant du Petit Journal, 23 août 1937.

Une photographie exclusive de la plaque de marbre portant les scories du carillon de la Collégiale Saint-Pierre à Louvain. Mercredi prochain, 25 août 1937, est le tragique anniversaire du massacre de cette vieille cité. Photo « Le Petit Journal ».

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