La guerre et le Québec

Canada en guerre

Canada en guerre

Le Canada en guerre et les résultats acquis

Dans la dernière livraison du magazine « Liberty », le rédacteur-en-chef de l’Ottawa Journal, M. Grattan O’Leary, passe en revue les différents aspects de la politique militaire du Canada. De cet examen rapide, il ressort que l’auteur ne manifeste aucun enthousiasme pour le travail qui a été accompli jusqu’ici ; il conserve cependant une impartialité suffisante pour reconnaître qu’en de multiples domaines, le gouvernement a agi conformément aux meilleurs intérêts du pays.

Monsieur O’Leary n’hésite pas à admettre que la race des profiteurs de guerre est complètement disparue et que l’honnêteté la plus scrupuleuse préside à l’octroi des contrats et à la marche générale de tous les services. Le patronage est inexistant ; ce seul fait démontré le chemin parcours depuis vingt-cinq ans. Les éternels mécontents qui recherchent constamment la petite bête noire et reprochent amèrement à M. King et à ses collègues de ne pas céder la place à un cabinet d’union devront retenir l’aveu extrêmement significatif de M. O’Leary : « Il n’y a pas de listes de patronage dans le département des munitions et des approvisionnements. Les conservateurs ont obtenu quelques-unes des nominations les plus importantes et quelques-unes des plus grosses commandes de guerre. » Cette constatation causera des embarras sérieux à ceux qui prétendent sans cesse que le premier-ministre fait une guerre libérale.

On voit qu’au contraire, il fait appel à toutes les compétences, quelles que soient leurs affiliations politiques, et qu’il confie des commandes à toutes les entreprises qui sont en mesure d’assurer une fabrication adéquate aux exigences techniques.

L’essor magnifique de l’aviation canadienne oblige le collaborateur occasionnel du Liberty à reconnaître que le plan d’entraînement du Commonwealth a été intelligemment conçu et qu’il est présentement mené à bonne fin. Ce sera sans aucun doute l’une des œuvres les plus méritoires de l’administration King. Elle démontre que très tôt les autorités ont compris le caractère particulier du conflit actuel et qu’elles ne sont pas aveuglément fiées à l’expérience de 1914-1918. Cette prévision porte aujourd’hui ses fruits. Notre pays entraîne des milliers de jeunes gens venus de toutes les parties du Commonwealth et qui depuis plusieurs semaines déjà participent héroïquement à la défense des Îles Britanniques et aux attaques au-dessus des centres industriels de l’Allemagne.

Monsieur O’Leary se plaint de ce qu’il appelle un défaut de coordination et des retards et des improvisations qui s’ensuivraient. Il oublie toutefois que la perfection est impossible et que le Canada, aux débuts des hostilités, n’était nullement préparé à assumer les énormes responsabilités qui sont maintenant les siennes. Quant à blâmer le gouvernement de ce manque de préparation, cela est aussi vain que de reprocher à la France et à l’Angleterre d’avoir cru si longtemps à la politique de désarmement et de sécurité sanctionnée à Genève. Pendant les mois où la France se croyait à l’abri de toute invasion parce qu’elle se retranchait derrière les bastions de la ligne Maginot et que la Grande-Bretagne comptait venir à bout de tout agresseur éventuel par l’efficacité de son blocus maritime, il n’est nullement étonnant que le Canada, pays d’Amérique, éloigné du centre des disputes européennes, n’ait pas songé à organiser sa défense. Cependant, après l’arrivée au pouvoir des libéraux en 1935, le ministère King s’employa aussitôt à augmenter les crédits de la défense nationale. Pouvait-on raisonnablement lui demander davantage ? Le pays était-il psychologiquement prêt à accepter un effort plus étendu et plus dispendieux ?

Le discours que prononçait dimanche soir dernier le premier ministre doit ouvrir les yeux à ceux qui s’imaginent que le gouvernement cherche à perdre du temps et à tromper la population sur l’ampleur de son effort de guerre. Il a donné des précisions qui forcent à réfléchir. Pour l’armée, pour la marine, pour l’aviation, pour l’industrie, il a exposé des projets qui eussent paru ambitieux et irréalisables il y a un an. Nous savons maintenant qu’ils sont possibles et qu’ils s’accompliront.

Tous ces résultats, le cabinet de M. Mackenzie King les a obtenus sans créer de dissentiments profonds au sein des différentes classes de la population. C’est qu’il a su nous faire éprouver, à chacun d’entre nous, la nécessité d’un immense labeur collectif. Personne ne se demande plus présentement si l’unité nationale n’est qu’une façade qui abrite des divisions intérieures et des semences de guerre civile. Tous éprouvent le sentiment qu’ils participent à une entreprise indispensable, dirigée dans les meilleurs intérêts du pays. Cette conviction étouffe toutes les velléités de résistance. C’est le rendement de la discipline dans la liberté.

(C’est arrivé le 7 février 1941).

« L’habitude nous réconcilie avec tout. » (Edmund Burke, philosophe irlandais, né en 1729 et mort en 1797). Photographie : Megan Jorgensen.
« L’habitude nous réconcilie avec tout. » (Edmund Burke, philosophe irlandais, né en 1729 et mort en 1797). Photographie : Megan Jorgensen.

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