Immigration au Québec

Immigrer au Québec en 1952

Immigrer au Québec en 1952

Histoire de l’immigration

La belle époque du Klondike est révolue depuis bien longtemps déjà. L’argent ne se ramasse pas au coin des rues. Pour réussir, il faut d’abord apprendre à connaître le pays et sa population, renoncer à quelques visions simplistes dans le style « image d’Épinal » pour Maria Chapdelaine. Il faut s’adapter. L’émigrant doit renoncer au style de vie qu’il a connu chez lui. De plus. Il doit être robuste, car si dans l’ensemble le climat est sain, il est aussi rigoureux. Il doit encore faire preuve de persévérance pendant des mois peut-être même pendant des années.

Comme un grand nombre de pays, le Canada a besoin de bras plus que de cerveaux. Les agriculteurs, s’ils n’y font pas toujours fortune, sont assurés d’y vivre décemment. Cela est également vrai pour un certain nombre d’artisans (coiffeurs, tailleurs, menuisiers). Pour beaucoup d’ouvriers qualifiés et de techniciens (métallurgie, aéronautique, électricité). Mais encore faut-il savoir que nos diplômes sont rarement pris en considération, que les méthodes de travail et d’outillage diffèrent des nôtres, et que l’ouvrier doit rapprendre en partie son métier.

Les chances des émigrants de formation intellectuelle sont très faibles, à l’exception des ingénieurs dont la spécialité est liée à une industrie en plein développement : mines, chimie, pâtes et papiers, par exemple. Toutefois, ils doivent bien connaître la langue anglaise ; l’émigrant qui ne pratique que le français risque fort en effet de végéter ou d’être contraint d’accepter un emploi dérisoire. Les employés de bureau, de commerce, les jeunes diplômés, se retrouvent trop souvent dockers, balayeurs ou laveurs d’autos. Aussi doivent-ils être fortement mis en garde. Doivent l’être encore ceux qui pratiquent une profession libérale quelconque ; le médecin, l’avocat, entre autres, ne sont admis dans leurs ordre professionnel respectif qu’après naturalisation (cinq ans de séjour) et examen. Le journaliste et l’artiste doivent être admis par le syndicat local, qui afin de se protéger contre les étrangers est souvent assez strict.

En dehors des agriculteurs, le Canada ne s’engage pas à placer les immigrants. Ceux-ci reçoivent une lettre d’introduction pour le bureau d’immigration de la ville où ils se rendent ; ce bureau, qui possède un service de placement, essaie de trouver du travail pour le nouvel arrivant. Il y arrive souvent, mais pas toujours en période de grosse affluence. En tout cas, il ne garantit aucun travail.

Il convient encore de détruire l’illusion que font naître des salaires exprimés en dollars. Car les prix montent au Canada comme partout ailleurs, et les impôts sont lourds. Il est très difficile de trouver des appartements, sauf meublés et logements chers. Les salaires dans l’industrie étaient en moyenne au 1er juin dernier (1951), de 48,40 dollars. Là-dessus il faut défalquer 20 à 25% pour le logement. Il est inexact d’affirmer qu’un salarié qui gagne à Partis 30,000 francs par mois aura un pouvoir d’achat triple à Montréal avec 275 dollars (à peu près 90,000 francs). Le minimum vital pour une personne seule en ville est actuellement de 30 à 35 dollars par semaine.

Pour une charte de l’émigrant

Diverses mesures s’imposent pour réduire les désillusions de ceux qui partent sans connaissance précise des difficultés qui les attendent.

Du côté français, il faudrait que les préfectures, qui délivrent les passeports, informent objectivement les candidats à l’émigration sur les possibilités qui leur sont ouvertes au Canada. À Paris et dans les grandes villes la création de centres d’information sur le Canada s’impose. Il serait souhaitable que le gouvernement de la province de Québec installât à Paris un bureau analogue à l’Ontario House créé à Londres par le gouvernement provincial de l’Ontario. Car si les déconvenues sont pratiquement nulles chez les immigrants britannique, c’est surtout parce que leurs services d’information sont mieux organisés. La province de Québec, qui préfère accueillir des immigrants de langue française et de religion catholique, faciliterait ainsi leur établissement chez elle. La création d’un tel bureau jouerait donc dans l’intérêt de la province de Québec autant que dans celui des Français.

Il faudrait également augmenter les sommes d’argent que les immigrants sont autorisés à emporter. L’office des changes, en accord avec les banques et le contrôle des changes canadiens, pourrait par exemple mettre sur pied un système permettant aux immigrants de percevoir au Canada des fonds garantis par leurs avoirs en France. Bien des échecs personnels seraient ainsi évités.

Mais tout cela exigerait la préparation, conjointement par les autorités françaises et canadiennes, d’une sorte de « charte de l’émigration au Canada », qui serait remise à ceux qui désirent partir.

Divers organismes privés se sont créés au Canada pour essayer de résoudre les difficultés que nous avons signalées. Citons en particulier le conseil canadien de la citoyenneté, la Société d’assistance aux immigrants, le Comité des Néo-Canadiens et l’Accueil franco-canadiens, créé l’an dernier.

C’est tout le problème de la politique canadienne d’immigration qui est posé. Des efforts considérables ont été accomplis. L’émigrant, qui le plus souvent abandonne tout en s’exilant, tant sur le plan moral que matériel, ne devrait-il pas bénéficier de certaines assurances ? Un système de garantie de travail a été appliqué d’une façon satisfaisante à plus de cent mille personnes déplacées. Le Canada ne court-il pas le risque avec les déconvenues actuelles, de rendre son recrutement plus difficile en France?

(Tiré du journal Le Canada, texte paru le lundi, 4 févier 1952.)

Place du Marché
Place du Marché au coeur du Vieux-Montréal. Photographie de GrandQuebec.com.

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